Valentine Bonifacie, un parcours de Première

En 1977, Valentine Bonifacie a intégré le Centre spatial guyanais (CSG), devenant la première analyste programmeuse noire à faire carrière dans le spatial français. Depuis, elle forme les nouvelles générations avec les « Premières de Guyane », un incubateur pour entrepreneuses.

Valentine Bonifacie. ©Enzo Dubesset
Valentine Bonifacie. Valentine Bonifacie. ©Enzo Dubesset

Valentine Bonifacie, un parcours de Première

En 1977, Valentine Bonifacie a intégré le Centre spatial guyanais (CSG), devenant la première analyste programmeuse noire à faire carrière dans le spatial français. Depuis, elle forme les nouvelles générations avec les « Premières de Guyane », un incubateur pour entrepreneuses.

Enzo Dubesset

« Je sentais la pression sur mes épaules, je n’avais pas le droit à l’erreur »

Valentine Bonifacie

Quand elle naît en 1954 à Sinnamary, Valentine Farlo est déjà symboliquement la première fille d’une grande fratrie de neuf enfants, comme elle nous le raconte, tout sourire, en reprenant le fil de sa vie. Mais c’est surtout en 1977, alors qu’elle est devenue Valentine Bonifacie après son mariage, qu’elle endosse réellement son statut de « Première ». À 23 ans, elle devient en effet la première femme guyanaise à intégrer le service des « calculs » à la base spatiale. « Dans le service où je travaillais, c’était 35 hommes, tous des ingénieurs blancs de l’Hexagone. Je sentais la pression sur mes épaules, je n’avais pas le droit à l’erreur », se souvient-elle. Ce parcours exceptionnel qui l’a conduite à participer à la programmation en temps réel du premier vol Ariane, en 1979, a commencé quelques années plus tôt à Paris.

UNE PIONNIÈRE DE L’INFORMATIQUE

Après avoir travaillé dans un bureau d’expert-comptable de la capitale, Valentine Bonifacie découvre la mécanographie, l’art de traduire les programmes informatiques à l’écrit aux premiers temps du web, en créant des cartes perforées (le support sur lequel se transmet l’information). Une révélation qui attise sa curiosité. « J’ai toqué aux portes du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Ils m’ont fait passer des tests en mathématiques et en logique et j’ai pu intégrer les cours du soir pour devenir analyste programmeur. En même temps, j’élevais mes enfants », raconte-t-elle.

« Aujourd’hui, on accompagne près de 300 personnes, avec de très belles réussites entrepreneuriales. »

 

De retour sous l’équateur suite à une proposition d’embauche au CSG, Valentine Bonifacie gravit peu à peu les échelons dans l’univers très masculin du spatial français jusqu’à rejoindre l’équipe « Temps réels », qui s’occupe de suivre en direct la trajectoire des lanceurs, un poste qui n’avait jamais été confié à une femme. Mais l’informatique et le spatial sont loin d’être les seules activités de cette mère de six enfants. Au fil des années, elle s’est beaucoup engagée dans le tissu associatif kouroucien, et notamment auprès de l’antenne locale des Soroptimist, une organisation philanthropique internationale. C’est en leur sein qu’elle participe en 2013 à la fondation du réseau des « Premières de Guyane » (autrefois appelé les Pionnières), un incubateur pour entrepreneuses dont elle est devenue présidente. « On s’est rendu compte qu’il y avait très peu d’infrastructures pour aider les femmes à monter leurs projets, pour répondre aux contraintes particulières qu’on peut avoir en tant que femme. Aujourd’hui, on accompagne près de 300 personnes, avec de très belles réussites entrepreneuriales », se réjouit-elle.

En 2021, Valentine Bonifacie a quitté le CSG après 47 ans de service et plus de 300 lanceurs envoyés dans l’espace. Autant de temps libéré pour s’impliquer dans les Premières et former les nouvelles générations.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guyane de mars 2026