Valérie Mousseeff, liberté chérie

La première directrice de prison de Baie-Mahault, Valérie Mousseeff, vient de publier un ouvrage dans lequel elle se raconte.

Valérie Mousseeff. ©Cédrick-Isham Calvados
Valérie Mousseeff. Valérie Mousseeff. ©Cédrick-Isham Calvados

Valérie Mousseeff, liberté chérie

La première directrice de prison de Baie-Mahault, Valérie Mousseeff, vient de publier un ouvrage dans lequel elle se raconte.

Amandine Ascensio

« On me voyait bien suivre des études scientifiques pour devenir médecin. J’ai pris le contre-pied en m’inscrivant en lettres, avec du théâtre. »

Valérie Mousseeff

La liberté, c’est le mot par lequel Valérie la privation de liberté ? Pas vraiment selon elle. La prison, elle y est arrivée presque naturellement. Par rébellion d’abord. Contre le patriarcat, celui de sa famille en premier. « On me voyait bien suivre des études scientifiques pour devenir médecin. J’ai pris le contre-pied en m’inscrivant en lettres, avec du théâtre », sourit-elle. C’est cet art qu’elle a emmené en prison, une première rencontre avec les détenus. « Même plus jeune, j’étais fascinée par ceux qui ne respectaient pas les règles : je les trouvais libres, sans entraves, ils faisaient ce qu’ils voulaient sans se poser de questions. » Son approche se drape aussi dans une fibre sociale très ancrée ; la conscience précoce de l’inégalité des chances entre les gens venus d’horizons différents. Elle voulait aider, participer à remettre les choses et les gens dans des chemins moins escarpés, raconte-t-elle.

SON RÉCIT DE VIE

Après des études de droit, elle passe les concours de la pénitentiaire et entre en prison, comme cheffe de la détention, puis comme directrice des ressources humaines et enfin comme cheffe d’établissement. Elle est jeune sur son premier poste, une vingtaine à peine tassée, peu d’expérience. Elle est une femme aussi, cadre, dans un milieu très masculin, dont elle ne fera finalement qu’une bouchée, portée par son sens de la justice et du respect d’autrui. Le courant passe, avec les détenus, avec le personnel qu’elle apprend à connaître et sur qui elle compte.

« C’est parfois coûteux pour la vie familiale, cette mobilité permanente. »

 

Elle parcourt plusieurs régions françaises avant d’atterrir en Guadeloupe, peut-être pour son ultime poste en la matière. Lassée du milieu carcéral ? Pas vraiment. « En revanche, il y a un sentiment d’aboutissement, l’envie de porter mon regard vers autre chose », sourit Valérie.

Petite, presque fluette, il émane pourtant d’elle une énergie qui laisse très loin derrière elle l’austérité de sa fonction. Elle court tous les matins, accompagnée d’un husky à la fourrure fournie — elle aime la nature, la randonnée, les week-ends en famille — et qui la suit un peu partout. « C’est parfois coûteux pour la vie familiale, cette mobilité permanente. » Avec son mari et ses deux enfants, elle se passionne pour la découverte de nouveaux lieux. « J’ai un bar à voyage », rit-elle en montrant un guéridon, dans le salon, où s’étalent des livres de la région où elle se trouve. « Comme ça, je peux toujours trouver des nouvelles choses à découvrir. » Elle a aussi passé un diplôme d’astronomie, juste pour savoir et parce que c’est intéressant. « Cela permet aussi de relativiser quand on regarde du côté de l’infiniment grand : qu’est-ce qui est important, ou non ? »

Elle poursuivait aussi un rêve, un de plus. Celui d’écrire un livre. « J’ai fait une formation pour maîtriser les réseaux sociaux, notamment LinkedIn », raconte-t-elle. Un jour, elle poste un texte, un moment vécu dans son quotidien de cheffe d’établissement, qui cumule « près d’un demi-million de vues ». De quoi attirer l’œil d’un éditeur, pour qui elle accepte de se lancer dans l’écriture de son récit de vie. Depuis novembre, le défi est bouclé (1). Elle est prête désormais à se tourner vers le suivant.

(1) La Prison comme horizon – Une directrice de prison se confie, Mareuil Éditions, 280 pages.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026