Véronique Seremes, la mer comme ligne de vie

Dans une ancienne maison de commerce de Fort-de-France, désormais bureau des pilotes maritimes, la Guadeloupéenne Véronique Seremes raconte une vie guidée par la mer.

Véronique Seremes. ©Noémie Dutertre
Véronique Seremes. Véronique Seremes. ©Noémie Dutertre

Véronique Seremes, la mer comme ligne de vie

Dans une ancienne maison de commerce de Fort-de-France, désormais bureau des pilotes maritimes, la Guadeloupéenne Véronique Seremes raconte une vie guidée par la mer.

Noémie Dutertre

« C’est un métier chronophage, qui demande une grande disponibilité. »

Véronique Seremes

Sa petite chambre-bureau croule sous les coupes dathlétisme. Dans son sac, un livre de l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau. Entre deux manœuvres, il faut savoir cupérer: être pilote maritime, comme Véronique Seremes, cest être disponible sept jours sur sept. En Martinique, ils ne sont que quatre à se relayer. « C’est un métier chronophage, qui demande une grande disponibilité. On a un planning établi la veille, mais il peut changer très vite », explique- t-elle.

En haute saison, d’octobre à avril, « on peut faire dix à douze manœuvres par jour. À la fin de la semaine, on est épuisé ». De nuit comme de jour, la fine silhouette de Véronique grimpe à l’échelle de corde reliant la pilotine au navire à piloter. L’athlétisme, qu’elle pratique depuis longtemps, lui permet de maintenir la condition physique indispensable. « Je viens d’avoir cinquante ans », sourit-elle.

BERCÉE PAR LES VAGUES

Son lien à la mer remonte à l’enfance. « Mon grand-père était marin-pêcheur. Son hangar donnait sur la plage Caraïbe, à Pointe-Noire. On y passait les week-ends et les vacances scolaires. Le soir, j’écoutais la mer, je devinais son humeur. Dès les premières lueurs, je me ruais dehors pour vérifier qu’elle était toujours là. » Plus tard, interne au lycée de Baimbridge, aux Abymes, elle descendait près du port le mercredi, « juste pour voir les bateaux de croisière ».

« Quand l’opportunité s’est présentée, je me suis dit : c’est maintenant ou jamais. »

 

La Guadeloupéenne quitte son île en 1995 pour intégrer l’École de la marine marchande au Havre. Elle navigue ensuite quinze ans, notamment à la SNSM et sur les navires de l’Ifremer, gravissant tous les échelons jusqu’au commandement. En 2014, à 37 ans, elle réussit le concours très sélectif de pilote maritime en Martinique. « Quand l’opportunité s’est présentée, je me suis dit : c’est maintenant ou jamais. » Les postes étant rares, ils ne se libèrent souvent qu’au départ en retraite d’un titulaire.

Véronique assume aussi les sacrifices. « Avoir un enfant, c’est compliqué. Nous ne sommes que quatre à tourner, je ne peux pas abandonner mes collègues. Une grossesse, c’est neuf mois… C’est long. Les hommes arrivent à faire leur carrière… Pour nous, c’est moins facile… » Une réalité qui explique en partie la rareté des femmes dans la profession. Elles sont seulement trois à l’exercer en France.

UNE FEMME AUX COMMANDES

En tant que pilote, Véronique assiste le capitaine des navires de plus de cinquante mètres, apportant ainsi une expertise locale, notamment pour les mouillages et manœuvres réputés difficiles qu’elle connaît par cœur. Elle se souvient d’un moment marquant : « J’ai embarqué sur un petit pétrolier avec un équipage turc. Le commandant, surpris de voir une femme, ne m’a pas adressé la parole pendant toute la manœuvre. À quai, une fois le travail accompli, son attitude a complètement changé : il était impressionné et voulait tout savoir. » Puis il y a eu le bateau des nudistes : « C’était en pleine saison de croisières, pendant le carnaval. En montant à bord, j’ai découvert des croisiéristes entièrement nus, seulement avec un chapeau et une cravate dorée. Ils étaient chez eux, moi j’étais là pour travailler mais c’était une manœuvre pour le moins mémorable ! »

Même si venir travailler aux Antilles a rapproché Véronique des siens, parfois le goût du large et des voyages au long cours se fait encore sentir.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026