Virginie Pouppeville, force et sensibilité

Virginie Pouppeville transforme chaque gorgée de rhum en une histoire vivante. Maître de chai visionnaire, elle puise dans ses racines et ses épreuves pour trouver l’inspiration de cuvées uniques.

Virginie Pouppeville.

Virginie Pouppeville, force et sensibilité

Virginie Pouppeville transforme chaque gorgée de rhum en une histoire vivante. Maître de chai visionnaire, elle puise dans ses racines et ses épreuves pour trouver l’inspiration de cuvées uniques.

Noémie Dutertre

« J’ai toujours voulu aller plus loin que ce qui existait, créer des cuvées qui racontent une histoire. »

Virginie Pouppeville

« On me connaît parce que je suis franche. » Virginie Pouppeville est une de ces personnalités attachantes mais qui dit ce qu’elle pense. Biochimiste de formation, maintenant maître de chai, elle a tracé un parcours exigeant et original.

Fille d’une famille martiniquaise et corse, elle a grandi au Diamant et travaillé à Rivière-Pilote où elle a très tôt été fascinée par la fabrication des rhums : « La petite dame à la tèt maré qui est sur l’étiquette du rhum de Rivière-Pilote est, paraît- il, une de mes ancêtres », raconte-t-elle avec amusement. Et d’ajouter : « J’ai toujours voulu aller plus loin que ce qui existait, créer des cuvées qui racontent une histoire. »

PREMIÈRE CUVÉE PARCELLAIRE

Elle a su imposer sa vision dans un univers largement masculin, luttant pour obtenir reconnaissance et autonomie, tout en menant une vie de famille avec ses quatre filles. Virginie signe en 2012 la première cuvée parcellaire de Martinique. « Les cannes poussaient la tête au soleil, les pieds dans l’eau de mer. J’ai voulu révéler ce côté iodé », se souvient-elle avec émotion. Ce rhum, d’abord controversé par ses pairs, connaît aujourd’hui un succès international.

HYPERSENSIBLE

Confrontée à un plafond de verre car elle est une femme, elle quitte le métier à 40 ans pour créer sa propre entreprise, loin du rhum. Elle installe des ruches connectées dans certaines entreprises de l’île pour la bio-surveillance environnementale. Mais le monde du spiritueux la rattrape, presque malgré elle. Elle crée une distillerie de rhum « clé en main » au Japon. « Être hypersensible dans un milieu très masculin, c’est souvent perçu comme une faiblesse. Pour moi, c’est l’inverse : cette sensibilité nourrit mon intuition, ma créativité, ma capacité à ressentir les équilibres, les déséquilibres… », explique Virginie. Elle travaille à nouveau dans le rhum, à son compte et au sein de plusieurs distilleries, dont celle de Saint-Pierre.

« MON NEZ EST DEVENU MON OUTIL »

Son parcours a été marqué par des épreuves personnelles intenses. Peu après ses 40 ans, elle a perdu la vue de l’œil gauche pendant quatre ans. « Mon handicap m’a obligée à transformer ma façon de créer : mon nez est devenu mon outil principal, mes collaborateurs sont devenus mes mains. Ce n’est pas une limite, c’est une autre intelligence du travail, plus collective, plus sensorielle. Dans ma vie personnelle, j’ai continué d’élever mes filles et de conduire comme avant, je me suis adaptée », explique-t-elle.

CRÉATION ET INNOVATION

L’intensité et la générosité définissent le caractère de cette femme de 47 ans. « Je peux autant aimer passionnément, que me mettre dans une colère noire. Mais je ne suis pas rancunière, juste intense. Ma sensibilité et mes accidents de vie sont devenus des forces créatives. » Virginie transforme ce qu’elle traverse en goût, en émotion et en histoire.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Martinique de mars 2026