Yannick Cabrion : « L’hypertension a changé ma vie, pas mes rêves »
Chanteur à la voix d’or, musicien et professeur de chant, il célèbre aujourd’hui ses 30 ans de carrière. Et si l’hypertension a bouleversé son quotidien, elle n’a jamais éteint ses rêves. L’artiste a fait le choix d’une carrière guidée par l’équilibre, la santé et l’écoute de soi.
Yannick Cabrion, chanteur ©Aubane Nesty
Yannick Cabrion : « L’hypertension a changé ma vie, pas mes rêves »
Chanteur à la voix d’or, musicien et professeur de chant, il célèbre aujourd’hui ses 30 ans de carrière. Et si l’hypertension a bouleversé son quotidien, elle n’a jamais éteint ses rêves. L’artiste a fait le choix d’une carrière guidée par l’équilibre, la santé et l’écoute de soi.
Quand as-tu découvert que tu étais hypertendu ?
J’avais à peine 24 ans ! J’étais en vacances en Guadeloupe lorsque j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Je suis allé consulter. Quand le médecin a pris ma tension, il a été très surpris. Il s’est demandé si c’était ponctuel, lié au travail, aux tournées ou aux vacances. Puis il m’a dit : « Il va falloir approfondir. » De retour dans l’Hexagone, le diagnostic a été confirmé. Il faut dire que j’ai des antécédents familiaux : ma mère est hypertendue, ma grand-mère aussi. À l’époque, j’étais également en surpoids. À 24 ans, on ne s’attend pas à devoir prendre des médicaments. Je ne savais pas non plus qu’il n’était pas normal d’être hypertendu aussi jeune. Et ce n’est que récemment que j’ai appris qu’il s’agissait d’une hypertension secondaire (qui a une cause identifiée) liée à un problème cardiaque : mon cœur bat beaucoup trop vite et se fatigue. Aujourd’hui, je suis suivi par l’équipe du Dr Moussinga au CH de Basse-Terre (Guadeloupe), ainsi que par mon médecin traitant.
Comment as-tu vécu l’annonce du diagnostic, à seulement 24 ans ?
J’ai toujours été très à l’écoute de mon corps et je sentais qu’il y avait un dysfonctionnement. Là, je mettais enfin un mot sur mes maux : la fatigue, les migraines, les vaisseaux qui éclataient dans mes yeux. Je me suis surtout demandé comment j’allais vivre avec ça, comment continuer les tournées et la scène. J’en ai parlé à mon manager afin d’espacer les prestations. J’étais épuisé. Monter sur scène, s’exposer devant un public, c’est aussi énormément de stress. Et ce stress amplifiait mes symptômes. La tension est extrêmement dépendante des émotions.
En quoi le chant t’a-t-il aidé à mieux gérer l’hypertension ?
Chanter, c’est apprendre à gérer son souffle. Je me suis très vite rendu compte que mes séances de vocalises matinales faisaient redescendre ma tension. Le chant oblige à souffler lentement et aide donc à ralentir le rythme cardiaque. Il m’a appris à maîtriser ma respiration thoracique et abdominale, à mieux gérer mon stress et mes émotions. Je me suis aussi intéressé à la respiration alternée utilisée en yoga pour apprendre à m’apaiser. En plus du traitement médical, il y a donc beaucoup de choses que l’on peut mettre en place soi-même pour agir sur sa tension.
Le sport a-t-il aussi pris une place importante ?
Oui. Je me suis mis à la marche et je la pratique encore aujourd’hui. Je marche plusieurs fois par semaine, et lorsque je rentre trop tard, je fais du vélo d’appartement. Je viens aussi de découvrir l’aquabike. L’activité physique aide énormément : elle permet de perdre du poids, de mieux supporter les variations de tension et de reprendre le contrôle de son corps.
Ton alimentation a-t-elle dû changer ?
Oui, radicalement. J’ai supprimé le sel, le gras, et même le sucre qui excite trop. On découvre vite que certains aliments influencent directement la pression artérielle. Par exemple, le gingembre fait monter ma tension. À l’inverse, la christophine semble me faire du bien. Je bois même son eau de cuisson. Mais modifier mon régime alimentaire n’a pas été facile. Mes parents tenaient un restaurant et j’ai grandi avec une cuisine antillaise riche en saveurs… et en sel. Il a fallu renoncer au sandwich à la morue, au hareng, aux salaisons, à la queue de cochon dans les pois rouges… Chez nous, beaucoup de plats sont très salés. Même le riz qui accompagne les plats l’est. Il faut rééduquer son palais. Au début, cela paraît impossible. Mais avec le temps, on redécouvre les saveurs et on réalise que le sel les masquait.
« Le chant m’aide à reprendre le contrôle de ma tension. »
Quel est ton plat « santé » préféré ?
Un assortiment de poyo, avocat, patate douce, accompagné d’un blaff de poisson ! Un vrai régal ! J’aime aussi me préparer des crêpes à base de moussache de manioc. J’ajoute du fromage, un œuf, du thon, des oignons et une pointe de piment avant de les faire revenir à la poêle. C’est à la fois savoureux et croustillant ! Ce n’est pas cher, ça favorise le transit et les fibres du manioc sont excellentes pour le microbiote ! Il faut revenir aux fondamentaux.
L’hydratation joue-t-elle aussi un rôle important ?
Oui, énormément. Il faut toujours avoir une bouteille d’eau avec soi. Sinon, le sang devient plus épais, le cœur force davantage, et les vaisseaux s’abîment. Mon père a fait deux AVC. Ça a été un vrai signal d’alarme pour moi. Je bois aussi des boissons rafraîchissantes à base de cochlearia. Et mon petit secret, c’est un jus de groseille-pays et de betterave, sans sucre !
À 50 ans, as-tu le sentiment de mieux maîtriser ta maladie ?
Je vis avec l’hypertension depuis plus de 20 ans. J’ai acquis de l’expérience, mais à 50 ans, le corps change et de nouvelles pathologies apparaissent. Il faut donc faire encore plus attention : faire davantage de sport, et surveiller son alimentation. Pendant 20 ans, j’avais fait le choix de ne plus manger de viande, mais avec l’âge, je dois combler certaines carences en protéines. Mon travail a également évolué, je suis professeur de chant, donc plus sédentaire que quand j’étais constamment en tournée. J’interviens dans les écoles et les collèges, les écoles de musique, en IME pour les enfants en difficulté et auprès des publics empêchés (prisonniers).
As-tu déjà été dans le déni ?
Non, parce que mon corps m’envoyait trop de signaux. Un jour, après un voyage en avion pour signer un contrat important avec une grande maison d’édition musicale, j’ai fait une paralysie faciale. Là, j’ai compris qu’il fallait absolument ralentir. Je ne voulais plus enchaîner des concerts entre Miami, la Guadeloupe, Paris et Saint-Martin. J’ai levé le pied. J’ai vu trop d’artistes tomber malades, faire des malaises ou des crises cardiaques. Ça m’a poussé à faire des choix différents. J’ai eu des opportunités pour développer une carrière nationale, mais j’ai préféré une carrière à mon rythme, plus équilibrée. Et le public antillais me l’a bien rendu. Trente ans après, je suis toujours là, heureux de ce parcours.
Aujourd’hui, penses-tu quotidiennement à ton hypertension ?
Très honnêtement, non. Je prends ma tension régulièrement, tous les deux ou trois jours, mais c’est devenu un réflexe, comme regarder le nombre de pas effectués dans une journée. J’ai appris à écouter les alertes que m’envoie mon corps. Et d’ailleurs, je ne dis pas « ma maladie », parce que je refuse qu’elle définisse qui je suis. Je compose avec elle. Je sais qu’elle est là, alors je mets en place des outils et des stratégies physiques comme psychologiques pour vivre avec.
Quel message aimerais-tu transmettre aux personnes qui vivent avec l’hypertension ?
Soyez honnêtes avec vous-même. Pas seulement avec le médecin. Il y a des personnes qui tentent de masquer leur hypertension avec des remèdes maison sans véritable suivi médical. Le problème, c’est que la maladie revient ensuite comme un boomerang. Au-delà de la génétique, il y a aussi des habitudes culturelles qu’il faut parfois apprendre à modifier.
Pourquoi il a accepté de poser en couverture…
Parce que je me dis que si mon discours peut aider certaines personnes à mieux comprendre ce qu’elles vivent, alors il faut parler. Cette hypertension ne m’a pas empêché de faire ce que je voulais de ma vie. J’ai simplement dû m’adapter. La vie ne s’arrête pas. On peut continuer à avancer, à créer, à aimer son métier et à vivre pleinement malgré cette réalité. Et si certains ont peur quand on leur dit que l’hypertension est « un tueur silencieux », on dispose aussi de moyens pour prendre notre santé en main : des professionnels de santé, des traitements, du sport, la respiration, l’alimentation… Si je peux contribuer à faire passer ce message au plus grand nombre, alors je le fais !
Bio express
Figure du zouk et des musiques caribéennes, Yannick Cabrion est l’une de nos plus belles voix masculines. Ses influences mêlent biguine, gwo ka, jazz et R’n’B. Au fil de sa carrière, il a collaboré avec de grands noms de la musique antillaise comme Patrick Saint-Éloi, Shoubou, Jean-Michel Lesdel, Jacob Desvarieux et Joël Grédoire. Parmi ses chansons les plus connues, « Pé pa domi », « San vou », « Fet a soley » et le titre « My Song » (double prix Sacem 2004 de la meilleure composition et du meilleur interprète) ont marqué les amateurs de zouk love. Il fête aujourd’hui ses 30 ans de carrière.