Guadeloupéen de cœur, Thibaut Vauchel-Camus revient sur les circonstances de son chavirage à bord de son trimaran de 50 pieds Solidaires en Peloton – Arsep, le 12 novembre, alors qu’il pointait en tête de la Route du Rhum. Dans un récit glaçant, le skipper évoque la bascule de son Ocean Fifty et son sauvetage par le bateau Le Mérida, qui l’a ramené en sécurité aux Açores. “TVC” est attendu en Guadeloupe pour participer au Trophée des Saintoises, ce dimanche, à la base nautique de Sainte-Anne.

« Je sortais d’un front tonique de façon impeccable. Nous avions eu jusqu’à 35 à 38 nœuds en rafales. J’étais en tête de la course. Tout allait bien. Le vent avait un peu baissé et la mer était moins forte. J’évoluais avec un ris dans la grand-voile, sous trinquette et avec la dérive un peu relevée. A un moment donné, le bateau a gîté un peu plus vite par la combinaison d’une rafale et d’une vague qui a ralenti le bateau. J’ai immédiatement choqué le chariot de grand-voile… qui se bloque et ne choque pas. Je reprends alors la main sur la barre en arrêtant le pilote automatique pour lofer en grand mais le bateau est déjà trop haut et ne tourne pas. C’est le point de non retour.

« Le mat touche l’eau et le bateau part à l’envers. »

Le mat touche l’eau et le bateau part à l’envers. Je m’accroche solidement à la queue de malet proche de mon poste de barre. Le mât finit par casser, le bateau accélère sa bascule et je tombe dans l’eau de 2-3 mètres. Je n’y passe que quelques secondes, je me dégage et arrive à grimper rapidement de l’autre côté. Je m’engouffre dans la trappe de survie de la coque centrale. Je vais bien physiquement et je n’ai aucune blessure. Je suis en sécurité.

Je prends mon bidon de survie où il y a mon téléphone satellite et j’appelle la direction de course afin d’avertir de ma situation et rassurer tout le monde sur mon état physique et les conditions dans lesquelles je vais être pour les heures à venir. J’allume ma balise Yellowbrick afin d’avoir un pointage de ma position toutes les 30 minutes. J’ai aussi à l’esprit que le Mérida, le bateau de sauvetage d’Adrien Hardy n’est pas loin. Avec mon équipe à terre, l’opération d’assistance s’organise. J’accuse le coup ensuite dans un confort relatif mais je suis au sec et je peux m’alimenter. Le Mérida fait route sur ma position et j’échange régulièrement avec la direction de course et mon équipe à terre. Le bateau de secours arrive sur zone à l’aube dimanche et ce sont de véritables pros qui prennent les choses en main. Après sept heures d’opérations, avec un système de bouée gonflable et après avoir rempli l’un des flotteurs d’eau, ils parviennent à redresser Solidaires en peloton – Arsep. Magistral !

Nous faisons alors route vers les Açores, le trimaran en remorque et à l’endroit, dans des conditions maniables, avant que la météo ne se gâte à nouveau. Depuis notre arrivée mardi matin à Ponta Delgada, nous avons monté un gréement de fortune efficace et tenté de récupérer tout ce qui pouvait l’être, à un point tel que je me suis presque posé la question de terminer la course !”

« Je suis tombé à l’eau »

Thibaut Vauchel-Camus

Le bateau, sous gréement de fortune, devrait finalement être convoyé à Saint-Malo en fin d’année, avec l’objectif d’attaquer la saison 2023 pied au plancher. En attendant, il va falloir fabriquer un nouveau mât, remplacer et réparer les voiles, la bôme, refaire l’installation électrique et électronique. Rien que ça !

Ocean Fifty Solidaires
L’Ocean Fifty Solidaires en peloton – Arsep a été mis en sécurité aux Açores. Son skipper aussi.

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