À l’école avec Kéni Piperol

En pleine préparation de sa deuxième Route du Rhum - Destination Guadeloupe, Kéni Piperol a rencontré les élèves de quatre écoles. À Massabielle 2, aux Abymes, le skipper guadeloupéen a partagé son quotidien en mer, son parcours et les valeurs qui le portent.

© Lou Denim
© Lou Denim

À l’école avec Kéni Piperol

En pleine préparation de sa deuxième Route du Rhum - Destination Guadeloupe, Kéni Piperol a rencontré les élèves de quatre écoles. À Massabielle 2, aux Abymes, le skipper guadeloupéen a partagé son quotidien en mer, son parcours et les valeurs qui le portent.

Sarah Balay

« Dis-nous, Kéni… En pleine mer, sur ton bateau, comment tu fais tes besoins ? » La question a le mérite d’être directe et surtout de venir du cœur ! « Eh bien, je n’ai évidemment pas de toilettes à bord, répond le skipper, un peu décontenancé par cette entrée en matière. J’ai un seau prévu à cet effet et je jette ensuite le tout par-dessus bord. » La réaction à la fois indignée et amusée des élèves est presque aussi drôle que la question… Cette scène des plus cocasses se déroule jeudi 3 septembre 2026, dans la cour de l’école privée Massabielle 2, aux Abymes. En lice pour sa deuxième Route du Rhum – Destination Guadeloupe, dont le départ sera donné le 1er novembre, Kéni Piperol effectue, en cette semaine de rentrée, une tournée pédagogique dans quatre établissements de l’archipel. Avant de repartir dans l’Hexagone pour poursuivre sa préparation, le skipper guadeloupéen de 30 ans souhaite faire découvrir la voile de compétition et le sport de haut niveau aux plus jeunes, tout en valorisant la persévérance, les métiers de la mer et la fierté guadeloupéenne.

Une haie d’honneur en musique

Très attendu par les centaines d’élèves de Massabielle, Kéni Piperol reçoit, dès son arrivée, un accueil digne des plus grands champions. Sous un soleil accablant, les enfants, de la maternelle au CE1, vêtus de leur uniforme bleu marine et blanc, forment une haie d’honneur en musique et en chanson. Les plus grands l’attendent sous le préau, où son apparition déclenche des cris et des tonnerres d’applaudissements.

« Cela fait vraiment chaud au cœur de voir toute cette ferveur chez les jeunes, confie le navigateur. J’ai été sincèrement impressionné. C’est une excellente façon de faire le plein de force et de se motiver pour la compétition ». Pendant près d’une heure, le sportif se prête au jeu des questions-réponses. Une traversée de l’Atlantique en solitaire à bord d’un Class40 a de quoi impressionner, mais surtout intriguer : que mange-t-il en mer ? Comment fait-il sa toilette ? Peut-il dormir alors qu’il est seul aux commandes ? Que se passe-t-il en cas de tempête ou d’avarie ? Comment s’entraîne-t-il ? Captivés, les élèves écoutent attentivement chacune de ses réponses. À travers les aspects très concrets de la vie à bord (nourriture lyophilisée, rationnement de l’eau, micro sieste de 20 minutes maximum, etc.), ils découvrent les exigences de la navigation. Un échange riche et vivant, qui vaut certainement bien des cours théoriques.

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© Lou Denim

Une graine semée à l’âge de 8 ans

Pour Kéni Piperol, ces échanges sont aussi une manière de transmettre à son tour ce qu’il a reçu enfant. « C’est aujourd’hui que l’on construit la jeunesse qui pilotera la Guadeloupe dans quelques années. Il est donc important de lui inculquer certaines valeurs, de susciter sa curiosité et, à travers ce que je fais, de lui montrer un exemple concret ».

Le skipper conserve en mémoire une rencontre qui a profondément marqué son propre parcours. Il avait huit ans lorsque Claude Thélier, de retour de la Route du Rhum, avait lui aussi entrepris une tournée dans les écoles. Quelques élèves avaient alors été invités à monter à bord de son bateau. Kéni Piperol était de ceux-là. « J’ai eu la chance incroyable de tirer deux bords entre Port-Louis et Morne-à-l’Eau. Je m’en souviens comme si c’était hier. Depuis, Claude est devenu un ami, un conseiller et un mentor. Deux ou trois ans après cette rencontre, mon père m’a inscrit dans un club de voile. Cette expérience a planté une graine qui a germé et qui a contribué à faire de moi l’homme que je suis aujourd’hui. »

L’objectif de ces interventions n’est pas nécessairement de faire naître de futurs navigateurs, mais d’inciter chaque enfant à repérer et à cultiver ses propres aptitudes. « Chacun possède une passion ou un talent. Il doit apprendre à le développer et à être attentif aux signes que la vie place sur son chemin. Mais les jeunes doivent aussi comprendre que rien n’arrive facilement : il faut du travail, de la persévérance et des sacrifices. » Derrière le sportif médiatisé se cache en effet un homme qui travaille, réfléchit et cherche constamment à progresser. « Ce n’est pas un long fleuve tranquille. J’essaie chaque jour d’être la meilleure version de moi-même », souligne-t-il.

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Au départ de sa première Route du Rhum-Destination Guadeloupe, en 2022 © Vincent Olivaud - RDR 2022

Une aventure à suivre toute l’année

Organisée par l’association des parents d’élèves de l’école (APEL) et l’équipe éducative, cette rencontre donne le coup d’envoi d’une série d’actions prévues tout au long de l’année. « Nous allons travailler autour de plusieurs thématiques : le dépassement de soi, l’histoire, mais aussi la géographie, l’écologie, la mer et les espaces protégés, explique Aurélie Nuissier, trésorière de l’APEL. Nous prévoyons également de nous rendre au village d’arrivée de la course et d’emmener quelques élèves à Saint-Malo pour assister au départ. Nous avons choisi de soutenir Kéni parce qu’il est jeune et qu’il porte des valeurs auxquelles nous sommes également attachés. »

Durant la traversée, les élèves pourront suivre la progression du navigateur et entretenir une correspondance avec lui, grâce à des courriers, des dessins et des vidéos. Une manière de prolonger l’échange au-delà de cette seule rencontre et de vivre l’aventure à ses côtés, au fil de l’eau.

Bouquet de fleurs, dessins d’enfants, T-shirts, mug et quelques selfies avec les parents : Kéni Piperol repart de Massabielle les bras chargés de cadeaux et d’encouragements. « Nous avions apposé notre emblème, Notre-Dame de Lourdes, sur nos présents afin qu’elle porte chance à Kéni pendant la course », sourit la directrice, Céline Dartron-Ramlall.

Kéni Piperol vise le top 15

Kéni Piperol prendra le départ de sa 2e Route du Rhum – Destination Guadeloupe le 1er novembre 2026, à Saint-Malo, dans la catégorie des Class40, l’une des flottes les plus dynamiques de la course. Lors de sa première participation, une avarie l’avait contraint à faire escale en Espagne pour effectuer une réparation.
Il avait finalement terminé à la 37e place. Cette année, le skipper guadeloupéen ambitionne d’intégrer le top 15. Mis à l’eau en 2023, son bateau, le Class40 Maverick – DRÉPAVOILE arbore une création du street artiste guadeloupéen Pock. Via ce projet, Kéni Piperol met également son aventure au service de la lutte contre la drépanocytose, première maladie génétique en France et enjeu majeur de santé publique aux Antilles. Une façon d’affirmer son engagement et son ancrage territorial. À l’issue de la course, la voile du bateau sera recyclée par l’entreprise guadeloupéenne Wax Islands pour donner naissance à des objets originaux. Leur vente permettra de collecter des fonds au profit de l’APIPD (association pour l’information et la prévention de la drépanocytose).