Dr Devi Rita Rochemont, au cœur de la recherche
Responsable d’études scientifiques à l’Institut de santé des populations, Devi Rita Rochemont, docteure en santé publique, pilote des études, analyse des données et transforme la science en actions concrètes pour améliorer la santé des populations locales.
Dr Devi Rita Rochemont, docteure en santé publique et responsable d’études scientifiques à l’Institut de santé des populations. Ronan Lietar
Dr Devi Rita Rochemont, au cœur de la recherche
Responsable d’études scientifiques à l’Institut de santé des populations, Devi Rita Rochemont, docteure en santé publique, pilote des études, analyse des données et transforme la science en actions concrètes pour améliorer la santé des populations locales.
Racontez-nous votre parcours. Comment devient-on chercheuse ?
J’ai toujours été attirée par les sciences de manière générale. J’ai donc suivi des études en biologie. Très vite, au moment de m’orienter vers la recherche, j’ai dû choisir entre la recherche fondamentale et la recherche clinique. J’ai opté pour la seconde dès mon master 2, notamment à travers les essais thérapeutiques. Après mon stage, pour lequel j’avais le choix entre Londres et la Guyane, j’ai décidé de revenir en Guyane. À l’issue de ce stage, j’ai été embauchée, puis j’ai poursuivi avec une thèse en santé publique, recherche clinique.
Quelle est la différence entre recherche fondamentale et recherche clinique ?
La recherche fondamentale, c’est celle que l’on imagine le plus spontanément : le travail en laboratoire, sur des modèles expérimentaux. Par exemple, la dissection et des analyses sur des souris, très en amont des applications médicales. La recherche clinique, en revanche, est plus directement liée aux patients et aux pathologies. Elle inclut l’épidémiologie, l’étude des problématiques liées aux maladies, et aussi les essais thérapeutiques.
Concrètement, à quoi ressemble votre quotidien ?
Mon rôle est de piloter les projets de recherche : de la conception de l’étude jusqu’à l’analyse des données. Je suis responsable de l’aspect scientifique, notamment de l’écriture des protocoles et de la cohérence méthodologique. Ensuite, je travaille avec toute une équipe, des collègues chargés de la réglementation, de la coordination sur le terrain, de la collecte et de la saisie des données. Une fois les données disponibles, je les analyse et je les valorise à travers des articles scientifiques et des rapports, qui servent ensuite aux institutions pour orienter les décisions en matière de santé publique.
Lorsque nous menons des études sur le terrain, nous prenons le temps d’expliquer aux populations, avec des mots simples, pourquoi une étude est importante, quels sont les facteurs de risque des maladies et quelles peuvent être les conséquences sur la santé.
Vous travaillez aujourd’hui au sein de l’Institut de santé des populations d’Amazonie. Comment vos recherches contribuent-elles à la compréhension des maladies chroniques en Guyane ?
L’un de nos enjeux majeurs est la vulgarisation. Lorsque nous menons des études sur le terrain, nous prenons le temps d’expliquer aux populations, avec des mots simples, pourquoi une étude est importante, quels sont les facteurs de risque des maladies et quelles peuvent être les conséquences sur la santé. L’objectif est que chacun puisse se reconnaître et comprendre, malgré la complexité du territoire et des problématiques sanitaires.
Sur quoi travaillez-vous concrètement ?
Depuis que je suis en poste, je suis responsable du registre REIN (Réseau épidémiologie et information en néphrologie), un registre national centralisant les informations sur tous les patients atteints de maladies rénales chroniques. Je gère spécifiquement la partie région Guyane. Actuellement, je travaille aussi sur les données collectées lors de différents dépistages mis en place depuis 2023 dans le cadre du projet Depiprec, dédié au dépistage de l’hypertension artérielle dans les quartiers, dans le but de diminuer l’incidence des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Le travail de terrain est désormais terminé, je m’occupe maintenant de l’exploitation et de l’analyse des données récoltées.
Vous avez évoqué votre décision de revenir en Guyane plutôt que de partir à Londres. Pourquoi ce choix ?
Très honnêtement, la première raison était financière. À Londres, les stages ne sont pas rémunérés, et cela impliquait de dépendre encore de mes parents. Revenir en Guyane, c’était rentrer chez moi, travailler pour mon territoire et être rémunérée, même modestement. C’était donc un choix à la fois pragmatique et personnel.
Être une femme dans le milieu de la recherche, est-ce un obstacle ?
Je ne dirais pas que c’est une difficulté en soi. Contrairement aux idées reçues, nous sommes nombreuses, en tout cas dans mon service. En revanche, il existe toujours des enjeux de visibilité et de reconnaissance. À fonctions équivalentes, nous ne sommes pas toujours reconnues de la même manière. C’est là que se situe le vrai défi.
Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés pour mener des projets de recherche en Guyane ?
Le principal frein reste le financement. Les projets reposent sur des appels à projets et des subventions, souvent insuffisantes. À cela s’ajoutent les contraintes géographiques : l’isolement, l’accès difficile à certaines zones, les déplacements par voie fluviale, les autorisations nécessaires, la logistique et la main-d’œuvre. Tout cela a un coût important.
Malgré ces contraintes, le pôle recherche en Guyane se porte-t-il bien ?
Oui, clairement. Comparé à d’autres territoires, notre pôle n’a pas à rougir. Il y a beaucoup d’études en cours, une vraie dynamique, des publications régulières et des équipes investies. Le travail ne manque pas.
Après 14 ans de carrière, quels sont vos projets ou vos ambitions pour la suite ?
Comme j’ai choisi la recherche clinique pour son côté concret, j’aimerais aller encore plus loin. Au-delà de la recherche, je souhaiterais m’engager dans des actions encore plus directes, moins contraintes par le cadre très réglementé de la recherche, tout en m’appuyant sur les données scientifiques. L’idée serait de mêler recherche et actions de terrain plus opérationnelles.
Enfin, quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans la recherche ?
Je lui dirais d’être curieux. La curiosité est essentielle pour comprendre les enjeux de santé publique, questionner les inégalités, l’environnement, le contexte social et sanitaire, surtout en Guyane où les spécificités sont nombreuses. Il n’existe pas une seule façon d’être chercheur : les parcours ne sont pas linéaires. Il faut simplement trouver la voie qui nous correspond.