Quelles personnalités pour 2026 ?

Quelles personnalités pour 2026 ?

Chaque année, les initiatives, les récompenses, les accomplissements des uns et des autres permettent de désigner « des personnalités de l’année », celles qui ont marqué plus fortement l’actualité et nos esprits. Partielle et même discutable, une telle liste a néanmoins le mérite d’attirer notre attention, de nourrir nos admirations comme notre esprit critique, et de dessiner in fine de nouvelles figures inspirantes. Aux premiers jours de janvier, nous avons voulu chercher quels profils mériteraient d’imprégner leur marque en 2026 ? Pour ce faire, nous sommes retournés voir 4 personnalités qui ont fait sensation en 2025, un réalisateur, une cheffe d’entreprise, un vidéaste et une écrivaine, et leur avons demandé qui mettraient-ils en avant pour son travail, ses engagements, ses performances ou ce qu’il représente. Autant de nouveaux noms, peu médiatisés, qui pourront peut-être marquer 2026, enrichir notre imaginaire et nos modèles collectifs.

Tom Menetrey
© ShotbySwelly

Tom Menetrey

Tom Menetrey est un réalisateur guyanais. En 2025, il réalise le clip du titre phare de Meryl et Kalipsxau, « À genoux », qui totalise plus de 9 millions de vues sur YouTube ; le début d’une fructueuse collaboration avec l’artiste Meryl.

« Andrélia pousse l’art du nail art à son paroxysme. C’est une artiste à part entière »

Tom Menetrey, Réalisateur guyanais
Andrlia Ringuet
© Aubane Nesty

Lala Cute Nails, l’ongle comme signature

En moins de deux ans, Andrélia Ringuet a imposé sa vision du nail art en Guyane, entre exigence créative et projets collectifs. De l’exposition Empreinte à la formation de femmes détenues, elle fait de sa passion un outil d’expression, d’émancipation et de partage.

« Briller, c’est bien, mais à plusieurs, c’est encore mieux. » C’est avec ces mots qu’Andrélia Ringuet, plus connue sous le nom de Lala Cute Nails, résume l’esprit de son tout premier événement dédié au nail art*. Dix-huit mois à peine après le lancement de son activité, la jeune prothésiste ongulaire est parvenue à fédérer des centaines de curieux autour d’Empreinte, sa première exposition organisée, en juillet 2025, dans la bibliothèque de Rémire-Montjoly, en Guyane. Pendant quatre jours, accompagnée de sa collaboratrice Lydiane Monrose, elle imagine une rencontre courte, mais intense, pensée comme une expérience artistique et collective. « Une première partie de l’exposition mettait en valeur les ongles à travers la photographie », explique-t-elle. Deux photographes, Mirtho Linguet et William Maila, se sont prêtés au jeu. Au-delà de son propre travail, Andrélia tient à ouvrir l’espace à d’autres talents : prothésistes ongulaires, créateurs de bijoux ou producteurs de rhum. « Je voulais un projet collaboratif. Ce que j’aime avant tout, c’est l’art sous toutes ses formes : photos, concerts, clips, etc. J’ai besoin de stimulation et de challenge. »

Unicité et authenticité

Un leitmotiv qui l’accompagne depuis ses débuts dans le nail art. Une passion née presque par surprise lors d’une année sabbatique, en Guyane, en 2021. « Je vivais dans l’Hexagone depuis la terminale. Après le bac, j’ai entamé une licence de biologie à Cergy- Pontoise, avec l’idée de travailler un jour sur la pharmacopée guyanaise. Mais je ne me sentais pas à ma place. J’ai eu besoin de changer d’air. » Ce retour au pays marque un tournant décisif. Andrélia se forme comme prothésiste ongulaire et ouvre son propre institut. Très vite, pourtant, les prestations classiques de manucure ne suffisent plus à son tempérament de feu et à sa fibre artistique. Elle s’oriente alors vers une pratique plus créative où l’ongle devient support d’expression. « Ce qui m’anime, c’est l’unicité, l’authenticité. Chaque femme doit pouvoir porter son identité sur ses mains, comme un bijou. » Longueur, formes, couleurs, strass ou transparence : Lala Cute Nails joue avec les codes. Tape à l’œil ou minimaliste, thématique ou occasionnel, régulière ou événementielle, chaque création s’adapte aux envies. Aujourd’hui, Andrélia souhaite inscrire son travail dans la transmission. Continuer à se former, mais aussi partager son savoir. En novembre 2025, elle a ainsi animé, pendant plus de trois semaines, une formation à Aruba auprès de femmes incarcérées, pensée comme un levier de réinsertion. Une expérience humaine forte qu’elle espère renouveler en Guyane, comme ailleurs. Elle ambitionne aussi de former des personnes en perfectionnement ou en reconversion professionnelle, convaincue que la création peut ouvrir de nouveaux chemins.

*Nail art : art de décorer les ongles avec du vernis, du gel, de la résine, des paillettes, des strass, de la poudre, etc.

Shirley Billot
© Jean-Albert Coopmann

Shirley Billot

Shirley Billot est la créatrice de la marque de cosmétiques Kadalys. En 2025, elle est lauréate de l’appel à projet « Première Usine », porté par France 2030, pour sa startup SHB Biotech, pour laquelle elle reçoit une dotation de 4,3 millions d’euros. Une première pour une entreprise ultramarine. La construction de cette usine, en Martinique, spécialisée dans l’éco-extraction et la chimie verte sera dédiée à la transformation de produits agricoles et industriels.

« Je suis admirative de sa personnalité, rigoureuse, ultra engagée, ultra compétente. Je la trouve brillante, en fait »

Shirley Billot, Créatrice de la marque de cosmétiques Kadalys
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Aubane Nesty

Eldra Delannay L’excellence scientifique au service d’une innovation raisonnée

La trajectoire d’Eldra Delannay prend racine dans l’éducation que ses parents, tous deux enseignants, lui ont transmise : ne jamais cesser de chercher à comprendre. « J’ai compris très tôt qu’un titre ne suffit pas à avoir raison ; ce qui compte, c’est l’argumentation, la preuve et la capacité à contre-argumenter pour faire avancer la connaissance. C’est ce moteur intellectuel qui me pousse, encore aujourd’hui, à ne jamais m’arrêter tant qu’un sujet n’a pas livré ses secrets. »

La science comme pont entre les Antilles et le reste du monde

Docteur en sciences et pharmacognosie, Eldra a dédié vingt ans de carrière à transformer la rigueur scientifique en innovations industrielles concrètes. Son parcours est un fil conducteur tendu vers la valorisation du vivant. Tout commence en Guadeloupe, lors de sa maîtrise, où elle travaille sur le corossol pour élucider des liens avec la maladie de Parkinson. Cette révélation du potentiel thérapeutique du végétal scelle son destin. Major de promotion, elle choisit l’excellence en intégrant le Master de chimie organique de Paris XI, à Gif-sur-Yvette. Sa thèse, à l’interface entre pharmacie et cosmétologie, aboutit à un brevet et à la découverte de molécules clefs et potentiellement utiles pour le diagnostic des cancers de la peau. « Mon objectif a toujours été clair : transformer le savoir académique en solutions utiles et durables. »

La bio prospection : l’œil d’une insulaire sur le monde

Aujourd’hui, en tant que responsable du développement des actifs propriétaires chez Sisley, Eldra parcourt tous les continents pour identifier les filières de demain. Mais son identité d’ultramarine change absolument tout à sa vision du métier. « Là où d’autres voient une nature sauvage, je vois une biodiversité remarquable et des savoir-faire sous-exploités : une véritable mine d’or. » « Mon engagement est de revenir à une réalité éco circulaire. Mon expertise en ingénierie des procédés et en chimie analytique me permet d’extraire la fraction la plus intéressante d’une plante – comme un bourgeon spécifique – plutôt que de l’utiliser dans sa globalité. Je ne cherche pas la synthèse chimique systématique ; je cherche l’explication raisonnée. C’est cette science “raisonnable” qui permet de préserver nos écosystèmes tout en créant des produits bénéfiques, en particulier pour les populations ultramarines. »

Transmettre et bâtir

Le dialogue est au cœur de la vie d’Eldra. « Avec mon époux, chercheur en bio-informatique à l’université Paris Sorbonne, nous entretenons un challenge intellectuel permanent qui nous interdit de dormir sur nos lauriers. Cette soif de transmission m’anime également dans mon rôle de maître de stage et de directrice de thèse : je forme les jeunes pour qu’ils ramènent de la plus-value sur leurs territoires. Si j’avais une baguette magique, je créerais une plateforme collaborative entre nos trois régions d’Outre-mer. Je m’attelle déjà à lever les freins, notamment réglementaires, pour que nos produits locaux accèdent aux marchés mondiaux. En tant que femme noire et insulaire, j’ai dû prouver ma légitimité plus que d’autres. Aujourd’hui, ma fierté est de montrer que l’on peut être à la fois gardienne de nos traditions et leader de l’innovation mondiale. Je n’arrête jamais d’apprendre, car c’est dans le renouvellement permanent – celui de l’humain comme celui du végétal – que se trouve la clef de l’avenir. »

Nelson Foix
© Sneakers Landers

Nelson Foix

Nelson Foix est un réalisateur et scénariste guadeloupéen. Figure montante du cinéma caribéen, il s’est fait connaître avec son premier long-métrage Zion, sorti en salle en mars 2025 aux Antilles-Guyane et en avril 2025 dans l’Hexagone. Le film, tourné à Pointe-à-Pitre, propose un regard brut et réaliste sur la jeunesse et les réalités sociales de la Guadeloupe, loin des clichés. Avec un budget de 3 millions d’euros, le film a cumulé 470 000 entrées.

« Axel c’est typiquement une personne de l’ombre. Demain, il sera incontournable dans le cinéma caribéen »

Nelson Foix, Réalisateur et scénariste guadeloupéen
Axel Lafleur, producteur
© Lou Denim

Axel Lafleur Raconter un territoire et bâtir une industrie

Rester en Guadeloupe et faire rayonner ses histoires dans le monde : tel est le choix d’Axel Lafleur. Homme de terrain devenu producteur, il accompagne une nouvelle génération d’auteurs caribéens et défend un cinéma exigeant, ancré et pensé pour voyager.

À 39 ans, Axel Lafleur est droit dans ses bottes. En matière de cinéma, ce jeune producteur guadeloupéen sait ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. « Depuis le succès de Zion, on nous déroule le tapis rouge, confie-t-il. Mais, avec Nelson Foix, nous savons garder la tête froide et ne pas accepter n’importe quel projet. Nous maintenons notre ligne, restons intègres et authentiques ». Cet état d’esprit à toute épreuve, Axel le doit à un tempérament forgé dans l’action, l’expérience et les épreuves personnelles, loin des trajectoires balisées. Brillant, curieux et touche à tout, il exploite sur le tard son talent pour l’audiovisuel. À 22 ans, l’achat de sa première caméra agit comme un déclencheur.

Son parcours démarre en Guadeloupe, où il vit avec sa mère depuis l’âge de cinq ans. À l’époque, après une parenthèse fondatrice de plus de trois ans en Angleterre, il réalise des reportages dans la Caraïbe qu’il revend à la chaîne locale Canal 10 et lance l’émission What’s Up, consacrée aux entrepreneurs guadeloupéens. « C’est plus tard que j’ai compris que j’étais, quelque part, déjà producteur. » Le plateau devient ensuite son terrain d’apprentissage. Cadreur, régisseur, assistant réalisateur, il multiplie les casquettes, notamment sur la série franco-britannique à succès Death in paradise où son bilinguisme le place au cœur des équipes.

Son ambition ne naît pas de sa rencontre, en 2018, avec Nelson Foix, réalisateur et scénariste guadeloupéen. Nourrie par des choix assumés et des expériences fondatrices, celle-ci trouve alors un terrain d’expression commun. « Avec Nelson nous partageons le même niveau d’exigence… Pas besoin de nous parler pour nous comprendre… ». De cette complicité incroyable naît la société de production Black Moon Films, en 2021. Le court-métrage Ti Moun Aw, qui parcourt les festivals, devient alors Zion, avec succès phénoménal aux Antilles-Guyane et dans l’Hexagone (près de 500 000 entrées). Sur ce projet, coproduit par Jamel Debbouze, Axel Lafleur frôle la schizophrénie en assumant à la fois le rôle de premier assistant réalisateur et de producteur associé. Le film assume des choix clairs : une place accordée à la langue créole, un casting 100 % guadeloupéen et non professionnel et une exigence alignée sur les standards de l’industrie. « Il n’est pas question de bricoler. Cela demande du temps et de l’argent. Réaliser un film est un travail d’orfèvre. »

Aujourd’hui, Axel Lafleur poursuit une dynamique d’accompagnement amorcée depuis plusieurs années. Après avoir travaillé avec différents auteurs caribéens, il soutient actuellement Wilmarc Val, auteur réalisateur haïtien et Roy Jox, auteur réalisateur martiniquais. « Je veux développer des projets commercialement exploitables dans le monde entier. » Aux côtés de Nelson, un deuxième long-métrage est en cours de développement. Black Moon Films travaille également sur un projet de série destinée à un diffuseur ou une plateforme avec l’ambition de faire exister un cinéma caribéen reconnu à l’international. « La Guadeloupe n’est pas qu’un décor, c’est un territoire habité, qui mérite d’être raconté par les siens. »

portrait, studio, Gal Octavia
© Gallimard / Francesca Mantovani

Gaël Octavia

Gaël Octavia, écrivaine et dramaturge martiniquaise, a été lauréate du Goncourt de la nouvelle, en mai 2025, pour son ouvrage L’étrangeté de Mathilde T. et autres nouvelles.

« Le Kabarè Z, créé par Nadia Chonville et l’association Zanmi Martinique, est, pour moi, une ôde à la beauté et à la liberté : liberté d’être soi, beauté dans la diversité des corps et des identités de genre »

Gaël Octavia, Ecrivaine et dramaturge martiniquaise
Nadia Chonville
© Jean-Albert Coopmann

Nadia Chonville, Écrivaine, sociologue et femme politique martiniquaise

Diplômée de Sciences Po Grenoble, Nadia Chonville est docteure en sociologie et spécialiste des questions de genre dans les sociétés caribéennes afrodescendantes. Elle a fait du genre, de l’identité, de l’exil et du rapport à l’existence ses thèmes de prédilection, elle enseigne l’histoire et la géographie au Lycée Victor Schœlcher.

L’écriture pour raconter

« C’est mon engagement premier, celui de dire le monde à travers mon prisme, mon regard de femme caribéenne. » Nadia Chonville fera de son engagement le vecteur de ce qui deviendra une carrière plurielle, nourrie par sa sensibilité, ses convictions et ses expertises : « J’ai, depuis toute jeune, la certitude que je suis là pour agir et pas juste pour observer, subir. Devenir une écrivaine caribéenne majeure a toujours été mon rêve », souligne-t- elle. Elle tire d’ailleurs ses premiers élans des livres, de ceux qu’elle lit à ceux qu’elle écrira par la suite : « Petite, je ne lisais que des histoires de petits garçons blancs. C’est au collège que j’ai découvert Gisèle Pineau, Nicole Cage et Maryse Condé. Ce qui était un rêve d’enfant est alors devenu une ambition. C’est ainsi que j’ai publié mon premier roman à l’âge de 15 ans ».

La recherche pour comprendre et vulgariser

Nadia Chonville décide alors de partir pour se former, un choix stratégique : « En tant que scientifique, j’ai toujours eu à cœur que mon travail participe à l’évolution de la société. Le rôle des femmes dans la construction des grandes idées en Martinique a toujours été minimisé. Très tôt j’ai eu, peut-être ce toupet, de me revendiquer comme une intellectuelle. Puis je suis devenue professeure d’histoire-géographie. Sans doute parce que j’ai très vite compris qu’il y avait un enjeu politique fort à ce que les caribéens puissent dire leur propre pays ».

La politique pour acter le changement

Mais la frustration demeure. Le travail effectué peine à porter ses fruits : « À ce moment-là, je réfléchis à passer à la vitesse supérieure, bien que très prise par mes activités. Puis en 2021, je rencontre Béatrice Bellay qui me fait part de ses projets et évoque une possible collaboration. Compte tenu de mes engagements, il aurait été lâche de ma part de lui refuser mon aide », explique Nadia Chonville. « En 2024, j’étais sa suppléante et nous avons remporté les législatives. Nous avons marqué l’histoire de la politique, comme celle des femmes en Martinique : Béatrice Bellay est devenue la première femme députée à Fort-de-France. »

Le féminisme comme pensée, méthode et esthétique

Les travaux de Nadia Chonville ont toujours été irrigués par le féminisme : « Quand je ne peux ni expliquer, ni agir, j’écris. L’art devient alors mon refuge. Le Kabarè Z est une forme d’écriture. Porté par l’Association Zanmi, que j’ai créée avec Andréa Vildeuil, ce cabaret a vocation à donner une voix à des artistes féminines qui, de par leur expression et leur identité, contribuent à lutter contre le patriarcat. Je veux que ces artistes aient, dans cet espace, la liberté de la radicalité. C’est un lieu pour les marges, pour des identités qui sont stigmatisées à d’autres endroits. Et le public vient y chercher une expérience, beaucoup d’inconfort et de la magie. Ce qu’il y a de stimulant avec un cabaret, c’est qu’il n’est jamais fini. Il se refait chaque mois. » Un spectacle inédit mené par une troupe de 4 artistes (Danse : Rajah The Mpress – Madi ; Musique : Sarah Sabin – Jann Beaudry) sous la direction artistique de Nadia Chonville, entre danse, chant et drag, avec la participation d’invités surprises, à retrouver chaque premier week-end du mois à l’Arobase. « Ce qui suscite le mouvement chez moi, c’est l’indignation face aux injustices. Le Kabarè Z est la quintessence de tout ce que j’ai pu accomplir au cours de ces dix dernières années. » Lauréate de La Relève, un programme national de formation des dirigeants d’établissements culturels, Nadia Chonville est engagée dans la structuration de la filière du cabaret en Martinique avec, pour objectifs, la professionnalisation d’artistes émergents, la diversification des revenus d’intermittents du spectacle et la valorisation de talents caribéens sur leur propre territoire.