UNE AMBITION TERRITORIALE ET SOCIÉTALE DURABLE

Lancé en 2022 par la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), plus qu’un programme sectoriel, « Guyane révélée » s’inscrit, plus de 30 ans après Elie Castor (CAIT, centres de santé territorialisés, …), comme une politique publique structurante, visant à transformer durablement les équilibres économiques, sociaux et territoriaux de la Guyane. Explications avec Karine Cresson-Ibris, 12e vice-présidente déléguée à l’emploi, à l’insertion et à la formation professionnelle.

UNE AMBITION TERRITORIALE ET SOCIÉTALE DURABLE

Lancé en 2022 par la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), plus qu’un programme sectoriel, « Guyane révélée » s’inscrit, plus de 30 ans après Elie Castor (CAIT, centres de santé territorialisés, …), comme une politique publique structurante, visant à transformer durablement les équilibres économiques, sociaux et territoriaux de la Guyane. Explications avec Karine Cresson-Ibris, 12e vice-présidente déléguée à l’emploi, à l’insertion et à la formation professionnelle.

Sandrine Chopot

 

La Guyane est confrontée à des défis majeurs en matière d’emploi et de compétences. Pourquoi avoir lancé le programme Guyane Révélée ? En Guyane, le taux de chômage reste élevé particulièrement chez les jeunes, les femmes et les personnes en situation de handicap. À cela s’ajoute un taux exceptionnel d’analphabétisme et d’illettrisme de la population, estimé à près de 40 %. Cette réalité appelle une réponse publique structurée et massive, à travers un plan d’urgence dédié à la formation aux savoirs de base. Consciente de ces enjeux, la CTG a lancé un programme ambitieux visant à transformer en profondeur sa politique publique d’emploi, d’insertion et de formation professionnelle.

 

Quelles sont les ambitions de ce programme ?

Il s’agit tout d’abord de traiter la dimension économique en s’attaquant à la question du chômage par la création d’emplois sur l’ensemble du territoire. C’est le socle d’une Guyane plus forte, plus inclusive et plus résiliente. L’accès à la formation par l’approche territorialisée constitue un pilier fondamental de ce programme. Il s’agit de construire un maillage d’équipements et de services permettant de désenclaver les territoires par la formation et de rapprocher les dispositifs des habitants. La CTG souhaite renforcer de manière significative les liens entre le monde économique et celui de la formation professionnelle afin de favoriser des parcours qualifiants débouchant sur des sorties positives en emploi. La formation aux métiers de demain est aussi une priorité absolue. En partenariat avec l’Université de Guyane, nous travaillons à structurer des filières stratégiques et à forte valeur ajoutée, capables de soutenir le développement économique du territoire sur la prochaine décennie. Enfin, l’internationalisation de la formation professionnelle est au cœur du programme, notamment à travers des partenariats avec des institutions étrangères, afin de bénéficier d’expertises internationales et des meilleures pratiques dans divers domaines.

 

Cela sous-entend-il une véritable transformation territoriale ?

Un diagnostic initial a permis d’identifier les freins à l’insertion et à la formation. Aujourd’hui, près d’un tiers des services publics et les trois quarts des organismes de formation sont concentrés à Cayenne. Les communes les plus isolées souffrent d’un enclavement poussant les habitants à converger vers la capitale. À cela s’ajoutent des freins périphériques (garde d’enfants, mobilité, hébergement) qui limitent le développement économique local. La territorialisation des politiques d’insertion et de formation constitue un levier majeur de rééquilibrage territorial, notamment par le développement de l’économie sociale et solidaire. La CTG dispose, dans le cadre de ses compétences, des outils nécessaires pour bâtir cet écosystème de manière durable, équilibrée et vertueuse. C’est bien une transformation du modèle d’action publique qui est engagée !

 

Les villages d’inclusion, une des réponses concrètes à cette ambition ?

En effet. Le programme Guyane Révélée se décline en cinq axes stratégiques : la communication, la création d’un réseau de tiers-lieux, le développement d’une politique partenariale adaptée, l’appui au SRDEII* et la performance interne. L’un des piliers majeurs de ce programme repose sur la création d’un réseau de tiers-lieux appelés « villages d’inclusion », dédiés à l’emploi, à l’orientation, à la formation, à la création d’entreprises et à l’accompagnement socioprofessionnel. Pour ce faire, nous avons sillonné le territoire avec les communes et les intercommunalités afin d’identifier les besoins et de valoriser les potentialités locales. Toutes partagent une même carence en équipements de proximité. Durant la première partie de mandature, la priorité porte sur la sécurisation du foncier, la mobilisation des collectivités locales et au montage des financements.

« Chaque commune accueillera en moyenne cinq entreprises d’insertion, soit environ 65 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire, avec une cible de 600 emplois directs »

Concrètement, Guyane Révélée déploiera un réseau de 13 villages d’inclusion, 12 publics et un privé, donc six en partenariat avec les Maison Familiales et Rurales de Guyane (MFR). Quelles seront leurs missions ?

Ces villages seront notamment orientés vers des formations contribuant aux objectifs de souveraineté alimentaire, dans les domaines de l’agriculture, de la pêche et de l’agro-transformation. Les communes concernées sont réparties par intercommunalités : CCEG (Camopi, Saint-Georges, Régina), CACL (Cayenne, Macouria, Montsinéry-Tonnegrande), CCDS (Sinnamary, Iracoubo) et CCOG (Mana, Saint-Laurent, Apatou, Papaïchton, Maripasoula). Ils fonctionneront en réseau, chaque commune développant ses spécificités tout en s’inscrivant dans une dynamique collective. En plus de stimuler une économie de proximité, ils permettront d’améliorer la qualité de vie des habitants, de mutualiser les échanges (sportifs, culturels, sanitaires, touristiques, gastronomiques…) et de renforcer la cohésion sociale. L’implantation de services de formation et d’emploi de proximité redonnera aux habitants les moyens de construire leur avenir professionnel sans nécessairement quitter leur commune d’origine. Pour permettre ce maillage territorial, la CTG investit près de 100 millions d’euros dans la construction de ces villages d’insertion.

 

C’est une vraie dynamique entrepreneuriale qui se met en place ?

Chaque commune accueillera en moyenne cinq entreprises d’insertion, soit environ 65 entreprises réparties sur tout le territoire, avec une cible de création de 600 emplois directs et 1 500 emplois indirects. C’est un véritable levier d’émancipation sociale et de valorisation des talents guyanais.

 

La souveraineté alimentaire, un enjeu prioritaire ?

50 % des villages d’inclusion seront des villages nourriciers, dédiés à cette thématique en partenariat avec les MFR. Des contrats d’objectifs emploi-formation avec les branches professionnelles viendront garantir l’adéquation entre les compétences formées et les besoins des filières agricoles et agroalimentaires. C’est un enjeu stratégique pour notre territoire, qui associe emploi, formation et autonomie alimentaire.

 

« Guyane Révélée » prépare la Guyane de demain ?

Ce projet de lutte contre le chômage qui ambitionne la construction d’un système de formation professionnelle performant et inclusif est effectivement appelé à préparer les jeunes aux métiers de demain et à contribuer au développement durable de la Guyane. Son ampleur et son ingénierie de déploiement en font une innovation économique et sociale qui n’a pas vocation à traiter uniquement les urgences d’aujourd’hui mais qui cherche surtout à créer, avec l’Université de Guyane comme locomotive, de nouvelles opportunités locales et à poser les fondations d’une Guyane à 10, 15 voire 20 ans.