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François Piquet, piqué de rouille et d’écume
Karumag, Portraits

François Piquet, piqué de rouille et d’écume 

François Piquet est artiste plasticien. Arrivé il y a dix-neuf ans en Guadeloupe, c’est ici qu’a débuté sa création artistique.

Tout a commencé par le tressage de lames de fer, qui servaient autrefois au cerclage des tonneaux de rhum, sur le site de l’usine sucrière de Darboussier.  Toute une histoire…

Vous sculptez aussi bien le fer que le bois ou le corail… 

La matière transporte des choses que les mots ne peuvent pas dire, le corail par exemple c’est plus qu’une pierre, c’est un reliquat.

Je me plais à les combiner, cela me permet d’associer ce que transmettent ces différents matériaux dans une même composition.

à Saint-François

Vous réalisez des œuvres monumentales, pourquoi cette dimension ?

Dans ma pratique je suis particulièrement intéressé par le rapport à l’être humain.

J’ai donc tendance à travailler mes sculptures à échelle humaine, j’aime que le spectateur se retrouve en confrontation direct avec mes créations.

Vous animez de nombreux ateliers avec des publics scolaires…

En effet, car j’envisage l’art comme ayant une fonction sociale. Le fait d’animer des ateliers avec des enfants les¬ fait agir sur leur environnement et cela est une dimension naturelle du travail d’artiste.

J’ai mis en place de nombreux ateliers en Guadeloupe, mais aussi à Marseille, en République dominicaine…

À chaque fois que je pars en résidence j’essaie d’interagir avec les gens au travers de plusieurs supports (sculptures en papier mâché, en bois…) pour avoir différents types de médias.

à Morne à l’eau

Vos œuvres de Street Art sont présentes dans de nombreuses communes guadeloupéennes, traces nouvelles pour ces kazes abandonnées…

Cette série s’appelle « L’archipel du moi » car cela parle de l’« archipelisation » de l’identitaire, du fait que tout être humain dans sa nature est multiple.

J’ai apposé des personnages énigmatiques sur de vieilles kazes créoles. J’ai fait ce travail en Guadeloupe mais aussi en Martinique, à Saint-Martin, dans l’hexagone et au Sénégal.

Le travail sur ces maisons permet d’identifier une culture et applique un futur sur du passé. Ce qui était intéressant c’est qu’avant d’apposer mon dessin, je recherchais le propriétaire et cela permettait de diffuser un débat dans le tissu de la population du lieu.

Les photos qui restent de ce travail immortalisent de nombreuses maisons qui ont aujourd’hui ont été détruites, il y a donc aussi une partie d’archivage.

“Couple Mixte” 2014

Vous participez à l’exposition itinérante « Horizons Telluriques » de Concept’Art. Comment vous inscrivez-vous dans ce mouvement ?

Cela fait maintenant deux ans que je travaille avec Concept’Art.

L’exposition Horizons Telluriques est collective, déclinée sur toute la Guadeloupe, pour se rapprocher des populations qui ne vont pas fréquemment dans des lieux d’art.

Le dernier volet de cette expo aura lieu au Fort Fleur D’Epée début mai où il y aura un corpus d’œuvres un peu plus touffu de tous les artistes, que je vous encourage à venir visiter !

Sur quel projet êtes-vous en ce moment François Piquet ?

Dernièrement je suis très fier car deux de mes œuvres sont parties en Angleterre rejoindre l’exposition permanente du musée international de l’esclavage à Liverpool.

Actuellement je travaille sur le financement d’un dossier sélectionné pour la biennale de Venise, qui aura lieu dans quelques mois.

Nous sommes plusieurs artistes de Guadeloupe à y participer et nous recherchons des financeurs privés… Avis aux amateurs !

au Moule

Quelles sont les réalités de ce « laboratoire du monde d’après » qu’est la Caraïbe ?

Je suis particulièrement intéressé par la créolisation telle qu’elle a été théorisée par Edouard Glissant.

J’ai grandi en France, puis je suis arrivé ici et la Guadeloupe a changé mon point de vue sur le monde.

Toute ma création est issue de la créolisation : si moi je ne suis pas Guadeloupéen, ma création elle, est Guadeloupéenne. Elle est née ici, comme mes enfants.

En parlant de créolisation on parle forcément d’évolution du monde puisque de plus en plus les flux de biens, de populations mais aussi de catastrophes climatiques augmentent et ont tendance à se généraliser.

C’est donc un rapport nouveau à la diversité, qui annonce le monde qui va être le nôtre et qui sera plus globalisé dans les années à venir. 

Par Alice Colmerauer

www.francoispiquet.com
Facebook : François Piquet


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