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Parc national de Guadeloupe : la biodiversité sous haute protection
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Parc national de Guadeloupe : la biodiversité sous haute protection 

Des fonds marins, des îlets de la côte Sous-le-Vent aux plus hauts sommets de l’île, le Parc national de Guadeloupe assure la conservation d’écosystèmes à la biodiversité inouïe : récifs coralliens, herbiers sous-marins, mangroves, forêts marécageuses, forêts denses humides, savanes d’altitude…

Tous les visiteurs de Guadeloupe parcourent ses sites.

Ferdy Louisy, son président, revient sur trois décennies d’engagement. 

Texte Julie Clerc – Photographie Lou Denim


Les parcs nationaux ont pour mission de protéger et de valoriser les richesses naturelles et culturelles d’un territoire.

Comment le Parc national de Guadeloupe a-t-il œuvré dans ce but depuis trente ans ?

Ferdy Louisy : Le Parc de Guadeloupe est le premier Parc national créé en Outre-mer.

Depuis 2006, les collectivités, communes, région, département, sont devenus majoritaires à son conseil d’administration.

“Dès lors, le Parc national de Guadeloupe est un véritable acteur territorial, œuvrant dans des secteurs tels que l’aménagement, l’animation culturelle et l’éducation à l’environnement.” 

L’action du Parc est d’abord la préservation de la faune et de la flore locales :

  • Notre Cœur de parc a permis de sauver des espèces, dont plusieurs endémiques : le pic de Guadeloupe, la grive à pâtes jaunes, des orchidées abritées par les Mamelles, des fougères, le crabe rouge de Deshaies.

Au fil des années, nous avons limité l’érosion de la biodiversité de notre territoire.

  • Le Cœur de parc comprend des espaces terrestres (la Soufrière, la traversée et les chutes du Carbet) et des espaces maritimes (îlets Fajou, Christophe, la Biche, Carénage, Kahouanne, Tête à l’Anglais et Pigeon).

La majorité se situe dans la baie du Grand Cul-de-Sac Marin, seuls les îlets Pigeon sont en Côte Sous-le-Vent. 

Afin de préserver leur caractère exceptionnel, des règles encadrent les activités humaines, professionnelles et de loisirs.

Chasse, cueillette, engins motorisés, canyoning ou survol du cœur de Parc sont interdits sauf autorisation spéciale.

En revanche, on peut s’adonner à la baignade et à la marche.

L’excellente application « Rando Guadeloupe » propose d’ailleurs plusieurs dizaines d’itinéraires de randonnées. 


Une superficie totale de 101 000 hectares, un Cœur de parc de 2100 hectares, une aire d’adhésion à laquelle participent 16 communes…

Concrètement, comment s’organise le Parc national de Guadeloupe ?

Le Parc se répartit entre un Cœur de Parc – zones protégées qui concentrent les patrimoines naturels, culturels et paysagers les plus remarquables et les mieux conservés du territoire – et une aire d’adhésion qui réunit des communes adjacentes et signataires de sa charte.

Grâce à son expertise – diagnostics touristiques, pistes d’amélioration de l’offre touristique… – le Parc les accompagne sur des actions de développement durable comme l’éco-tourisme.

Pour chaque projet, un plan de gestion est établi avec un objectif double : préserver les ressources naturelles et les valoriser, c’est-à-dire les mettre à disposition de la population en imposant des règles.

Ainsi, sur la route de la traversée, nous avons conservé la tradition du pique-nique en installant, comme à Corossol, des carbets et des barbecues, pour éviter les feux sauvages. 

Des plans de gestion ont également présidé à l’aménagement de sites tels que la seconde chute du Carbet, le départ du sentier de la Soufrière ou la chute Moreau à Goyave.

Le Parc sécurise et balise les sentiers et ses panneaux d’information incitent à la promenade tout en donnant des recommandations pour l’utilisation de la nature. 

Protéger des espaces naturels et développer l’économie, n’est-ce pas contradictoire ? 

Non, à partir du moment où cela se fait à travers un plan de gestion et des conventions.

Les îlets Pigeon sont un bon exemple. La charte signée avec les clubs de plongée a permis de ramener la fréquentation de 100 000 à 80 000 personnes par an en proposant aux plongeurs des sites alternatifs.

L’objectif est d’éviter que les sites soient dégradés et de prévenir la perte d’activité qui en résulterait.

L’îlet Caret n’appartient pas au Cœur de parc… Vous voyez la différence ! Il n’est pas géré, donc sur-fréquenté : bivouacs, jet skis, ancres des bateaux… Il est voué à disparaître.

Juste à côté, l’îlet Fajou, lui, est protégé. Il est verdoyant et ses eaux abritent de grandes quantités de poissons. 

“Rappelons d’ailleurs, car les chiffres parlent d’eux-mêmes, qu’un euro investit par le Parc national rapporte 11 euros à l’économie guadeloupéenne.”

Notre démarche est basée sur le consensus.

  1. Avec les chasseurs, pour préserver les espèces en voie d’extinction.
  2. Avec les pêcheurs, via une convention avec le comité régional des pêches de Guadeloupe, pour développer des pratiques durables et lutter contre la pêche illégale.

Cela dit, en cas d’urgence écologique, le Parc peut aussi faire inscrire une espèce sur la liste internationale des espèces protégées et demander à l’Etat de légiférer pour interdire son prélèvement pendant une période donnée. Ou, dans la même optique, encourager un arrêté préfectoral. 

La force du Parc provient de son indépendance.

Etablissement public financé par l’Etat dans le cadre de sa mission régalienne pour la biodiversité, il est suffisamment indépendant vis-à- vis du territoire pour ne pas subir la pression des acteurs locaux.

Or dans quel état serait la Guadeloupe si le Parc national n’existait pas ? 


Avec le succès des Ilets Pigeon où s’épanouit la superbe faune sous-marine antillaise, les adeptes de plongée rêvent de voir de nouvelles zones maritimes classées réserve naturelle.

De nouveaux périmètres, terrestres ou maritimes, devraient-ils être inscrits dans le Parc prochainement ? 

Si l’Agence régionale de biodiversité voit le jour, c’est tout l’archipel de Guadeloupe qui pourrait devenir Réserve mondiale de Biosphère.

Le programme Man and Biosphère de l’Unesco encourage les approches novatrices pour un développement économique respectueux des valeurs sociales, culturelles et écologiques. 


Vos différentes actions montrent la volonté du Parc de travailler au plus près de l’économie locale – voire d’être un booster de projets locaux.

La marque « Esprit parc national » a été créée dans ce sens, attribuée à des produits ou des services issus d’activités économiques qui préservent la biodiversité et les patrimoines.

Peut-on parler d’un engagement ?

C’est le bon mot ! Pendant trente ans, le Parc s’est intéressé à la valeur économique que la nature rend à notre pays.

C’est dans cette optique qu’a été créée la marque Esprit parc national, qui labellise une vingtaine d’acteurs locaux engagés dans une activité durable : le producteur de café Vanibel, le centre de plongée Eden plongée, le parc Jardin d’Eau… 

L’appel à projet Laliwondaj en est une autre illustration… 

Le Parc subventionne des micro-projets de développement durable tels que le Parc aquacole de Pointe-Noire, le Terra Festival ou la fête Noël Kakado à Vieux Habitants. 

En accueillant le congrès international ornithologique Birds Caribbean au Karibea Beach Hôtel, à Gosier, du 25 au 29 juillet, le Parc s’intéresse à des stratégies globales de préservation de la biodiversité planétaire…

Il n’y pas de frontières écologiques.

Le thème de ce 22e congrès, « An nou poté mannev pou zozio carayib volé » (Préservons les oiseaux de la Caraïbe), est une occasion unique de réunir les experts du monde entier, et singulièrement de la Caraïbe, pour actualiser nos connaissances et proposer des mesures de sauvegarde. 

Parc National de Guadeloupe
www.guadeloupe-parcnational.fr

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