La ville peut-elle devenir un environnement plus favorable à notre santé ? « Avec les trois quarts de la population française qui vit en ville, c’est dans notre intérêt », confirme Michel Bucher, conseiller Habitat et Accessibilité au CAUE de Martinique. Celui-ci travaille en partenariat avec l’Agence Régionale de Santé, à l’intégration du concept « d’urbanisme favorable à la santé » en Martinique, en conseillant les acteurs de l’aménagement. Un séminaire prévu initialement mi-octobre 2021 est destiné à restituer ces travaux de sensibilisation à l’urbanisme « santé compatible ». – Texte Yva Gelin 

« La ville, c’est autre chose que des constructions, des rues et des espaces publics, c’est un organisme qui vit, qui respire ; son état de santé est étroitement lié à celui de ses habitants. »

Intégrer la santé au cœur de l’urbanisme 

Tout part sans doute de la définition de la santé que fait l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 1946 : « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Dès lors, pour pouvoir mener une analyse globale de la santé d’une population, un cadre de référence s’impose qui définit quatre grandes familles de déterminants :

  1. La biologie humaine
  2. Les habitudes de vie
  3. L’organisation des soins de santé
  4. L’environnement

Dans cette lignée, l’urbanisme favorable à la santé est ainsi « une pratique d’aménagement qui a pour objectif d’intégrer la santé dans les documents d’urbanisme, de planification et dans les opérations immobilières et d’aménagement », décrit Michel Bucher. Il s’agit de repenser la place de chaque citadin en allant de son simple espace de vie jusqu’à sa façon d’interagir au sein de sa communauté, avec des objectifs tels que la réduction de la ségrégation sociale ou encore du stress et de la solitude.

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Des découvertes qui ne datent pas d’aujourd’hui

Créé en 1986, le programme européen des Villes-Santé marque les débuts de l’urbanisme favorable à la santé. Il inclut villes pilotes appelées à travailler plus étroitement avec l’OMS, pour développer et tester de nouvelles méthodologies, des outils, des concepts qui sont par la suite diffusés à plus large échelle, pays par pays.

On peut citer :

  • Vienne, en Autriche, et son programme de réhabilitation de logements sociaux pour limiter les déménagements
  • Le projet ADONIS à Copenhague, au Danemark, qui promeut les déplacements à pied et à bicyclette
  • Saint-Pétersbourg où, pour pallier aux fréquentes pénuries depuis le début des années 90, on jardine maintenant sur les toits, permettant à un seul quartier de produire près de 2 000 tonnes de légumes par an
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Premier rendez-vous donné aux Antilles 

À quoi ça ressemblerait l’urbanisme favorable à la santé aux Antilles-Guyane ? La question n’est pas encore d’actualité au sein des CAUE de Guadeloupe et de Guyane. En Martinique, la réflexion débute tout juste. Pour l’heure, la commune du Diamant s’est imposée comme commune pilote en intégrant le concept à son nouveau Plan Local d’Urbanisme. Délégué suppléant à la mairie du Diamant, Alexander Tuin précise que dans ce cadre, la mairie souhaiterait implanter plus d’espaces dédiés à la pratique du sport ou encore définir des zones exemptes d’activités artisanales et industrielles afin de garantir des espaces libres de toute pollution sonore. Des pistes encore « à l’étude », servant d’analyse de cas lors du séminaire de formation organisé par l’ARS et le CAUE au mois d’octobre.

Pour Michel Bucher « Réunir les différentes communes de Martinique, montrer que ça fonctionne ailleurs, et que la démarche est tout aussi pertinente chez nous, dès maintenant est tout l’enjeu de ce premier rendez-vous ».

Plus d’infos sur www.caue-martinique.com

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