Organisation. Ils sont 36, répartis dans plusieurs départements, à construire chaque jour le MACTe. Parmi eux : Danaëlle, Sébastien, Christophe, Sandrine, Colette, Aline, Jimmy et Philip, ainsi que Marius, Fanny, Paola et Samantha. – Texte Willy Gassion et Stacy Top

Le visage du MACTe

Danaëlle Delattre, agent d'accueil au MACTE - Guadeloupe
Danaëlle Delattre, agent d’accueil

Avant de pouvoir franchir les portes du MACTe, un passage obligatoire à l’accueil vous accorde le sourire chaleureux de Danaëlle. « Accueillir, orienter, renseigner, guider », tant de missions remplies efficacement, de telle sorte que l’agent est d’ores et déjà une référente qui aiguille les nouveaux arrivants. Avec sa formation d’assistante sociale, des études en droit et quelques emplois dans le commerce, c’est le rapport aux autres qui incite la jeune femme à travailler à ce poste, garant de contact humain constant. « Je m’entends très bien avec l’équipe, je me suis sentie très bien accueillie, j’ai énormément d’échanges qui enrichissent mes connaissances tant sur le plan personnel que culturel. J’aime cette mixité des opinions, par exemple, avec les médiateurs qui sont mes interlocuteurs principaux au sein de l’équipe. »

Pour Danaëlle, c’est une chance de pouvoir travailler dans un tel environnement. « Parmi nos visiteurs, on trouve beaucoup de touristes et des familles qui profitent du cadre. Les enfants peuvent venir jouer presque tous les jours, il y a des agents de sécurité qui encadrent le lieu et les alentours. Cette institution a redynamisé un quartier un peu à l’abandon, tant visuellement que culturellement. »

Ravie à l’idée de pouvoir évoluer au sein de ce lieu symbolique, Danaëlle espère être à l’initiative du souffle créatif. « Ici, on trouve beaucoup de connaissances qui ne sont pas enseignées à l’école et c’est très important d’avoir accès à ces informations. » Dans le futur, elle aimerait en voir plus sur « la place de la femme » dans la société guadeloupéenne, de quoi s’instruire sur la fameuse « fanm poto mitan »

« Des biens communs »

Sébastien Bernard, assistant de médiation scientifique au MACTE - Guadeloupe
Sébastien Bernard, assistant de médiation scientifique

Sébastien, c’est une voix bienveillante qui permet d’arpenter les murs du MACTe et d’entrevoir ses différentes expositions au simple fil d’une discussion. Cet assistant de médiation scientifique a trouvé sa place en ce lieu d’expression artistique et de mémoire, après un parcours diversifié en histoire. Une expérience académique qui s’avère très utile pour Sébastien qui anime des visites guidées pour des groupes d’adultes ainsi que pour des scolaires. « Ça demande d’être plus imaginatif pour capter leur attention, mais j’ai été très étonné de voir que certains montrent un grand intérêt. Ils développent des questionnements auxquels on ne s’attend pas, c’est fascinant de voir leur façon de réfléchir. »

L’assistant de médiation scientifique raconte l’évolution de son regard à travers l’exposition permanente du musée. « Le MACTe est un outil profitable à condition qu’il soit bien utilisé dans sa mission première de nous faire comprendre les mécanismes qui ont forgé nos sociétés, et, par conséquent, les perspectives d’avenir réelles sur nos territoires. Connaître les tenants et aboutissants de la construction de la région peut nous permettre de mieux appréhender l’avenir. »

Fier de participer, à travers son métier, au partage de connaissances et à la transmission de l’histoire et de la culture guadeloupéenne, Sébastien estime que ces dernières doivent être des « biens communs » qui permettent à tous « d’échanger des visions sur des questions qui nous concernent de façon quotidienne, et qui sont le résultat d’une histoire assez complexe ».

Très loin de se reposer sur ses lauriers, le médiateur garde l’œil ouvert, à la recherche d’expériences complémentaires en lien avec ses missions effectuées au MACTe. « J’ai à cœur d’en apprendre le plus possible sur mon métier et sur cette institution, et peut-être, à l’avenir, envisager d’autres projets personnels et professionnels dans le milieu de la culture et de l’histoire, deux domaines entrelacés qui m’intéressent beaucoup ».

« Mieux diffuser la connaissance »

Christophe Chabus, vendeur en boutique au MACTE - Guadeloupe
Christophe Chabus, vendeur en boutique

Christophe Chabus sait ce qu’il veut. Et ce qu’il a toujours voulu, c’est travailler au MACTe. Comment pouvait-il en être autrement pour ce « fan d’histoire » à la mine débonnaire ? « J’ai postulé depuis l’Hexagone où je vivais, j’envoyais tous les jours, et quelque fois plusieurs fois par jour, pendant des mois, un mail de candidature, ils ont eu envie de rencontrer ce type qui ne lâche rien (rires), et en février 2016 j’ai été embauché. »

D’abord une double affectation à la boutique et à la billetterie, et depuis 2017, le quarantenaire est à temps plein dans la boutique. « Je suis dans mon élément. Le contact avec les clients, c’est mon truc. Le matin, je veille à l’aménagement de la boutique, je m’assure qu’aucun article ne manque. Il faut maîtriser son sujet, connaître les objets surtout ceux qui sont liés directement à l’exposition. » 

La direction générale réfléchit à l’enrichissement de l’offre de la boutique et, impliqué, Christophe a déjà quelques noms d’auteurs à lui soumettre. Parmi eux Cheikh Anta Diop, Doumbi Fakoly qui « ont leur place dans la boutique aux côtés de nos auteurs antillais pour mieux diffuser la connaissance ».

« Faire mon maximum » 

Marius Mathurine, directeur Architecture et Site au MACTe
Marius Mathurine, directeur Architecture et Site

Le bâtiment semble construit pour lui, pour son appétit, son « envie de faire ». « J’ai la volonté de bien faire, d’investir mon énergie aux côtés de Laurella Yssap-Rinçon. » Depuis 2022, Marius Mathurine occupe le poste de directeur Architecture et Site au MACTe. « Je chapeaute trois directions : la direction technique, la direction logistique et les moyens généraux. »

Le rôle du quadragénaire est essentiel au sein de l’institution. « Je m’occupe de tous les éléments techniques majeurs de l’établissement comme l’électricité, la climatisation, le traitement de l’air, la sécurité incendie, des biens et des personnes… sans service technique il n’y a pas de MACTe. »

Depuis sa prise de fonction, Marius Mathurine a contribué à la réalisation du BodlanMACTe, à la réhabilitation et la sécurisation du Morne mémoire avec une clôture périmétrique, au renforcement de l’éclairage et à l’installation de la vidéo surveillance. « Je m’engage à faire mon maximum, quand on a un musée comme celui-ci, on ne doit pas le perdre, seul compte l’intérêt du MACTe. » 

La mémoire du MACTe  

Fanny Mineas, chargée de mission généalogie et numérique au MACTe
Fanny Mineas, chargée de mission généalogie et numérique

Elle fait partie des murs, elle les a même vus sortir de terre. Dès 2014, un an avant l’inauguration du MACTe (10 mai 2015), Fanny Mineas travaillait à La Maison du projet qui a précédé le MACTe. « J’étais animatrice socio-culturelle, j’accueillais les gens venus se renseigner sur ce qu’allait être le MACTe. » Fanny Mineas est un témoin privilégié de l’institution : « j’ai eu la chance, en étant à La Maison du projet, de participer aux visites de chantier, j’ai vu l’impatience du public, la nouvelle dynamique du quartier avec la construction de la route, les premiers visiteurs étaient les gens du quartier ».

La jeune femme est aujourd’hui chargée de mission généalogie et numérique. « J’ai été éveillée très tôt à la généalogie, cela m’a été transmis par mon père. À La Maison du projet, j’étais déjà intégrée à l’équipe de généalogie en tant qu’agente polyvalente de généalogie, bibliothèque et médiathèque, j’ai été formée par Michel Rogers, un généalogiste guadeloupéen qui a créé plus de 10 000 arbres généalogiques. »

Fanny ne manque pas de projets pour l’espace généalogique situé dans le hall d’accueil du MACTe : « nous travaillons à la mise à jour des bornes de généalogie avec l’intégration de nouveaux arbres et aussi à la création de nouveaux documents d’aide à l’utilisation des bornes de généalogie ».

Un pont entre deux rives 

Paola Luna, cheffe du service collections et recherche au MACTe
Paola Luna, cheffe du service collections et recherche

Paola est un pont entre le MACTe et l’Amérique du sud. À elle seule, la jeune femme symbolise la volonté de Laurella Yssap-Rinçon de faire rayonner le MACTe dans la Caraïbe et dans le reste du monde. Paola Luna a grandi en Colombie, travaillé à Paris, en Colombie et en Guyane française. « Je suis une chercheure de terrain. » À 37 ans, elle est cheffe du service collections et recherche au MACTe depuis novembre 2021. « Mon travail de recherche s’appuie sur mon expérience acquise sur les projets Unesco de patrimoine culturel immatériel. »

Docteure en musicologie à la Sorbonne, elle a rédigé une thèse sur les femmes afro-colombiennes dans le Pacifique et en particulier sur leur musique rituelle. Dans le cadre de ses recherches, Paola Luna « parle au quotidien » le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais, et développe des programmes de collecte orale. « Parce que le MACTe le permet, nous voulons nous tourner complètement vers la recherche pour enrichir les collections et la documentation, et enrichir les coopérations internationales. » 

La gardienne du temple 

Samantha Talien, agente de prévention et de sécurité au MACTe
Samantha Talien, agente de prévention et de sécurité

C’est la gardienne du temple. Ce petit bout de femme d’à peine 30 ans est garante de la protection des visiteurs et de l’intégrité du MACTe. En 2022, cela fait déjà bientôt six ans que Samantha Talien veille à « ce que tout se passe bien ». L’agente de prévention et de sécurité (APS) travaille essentiellement de jour : « J’ai eu l’occasion de surveiller le site la nuit en tant qu’opératrice vidéo lors de La Route du Rhum et de l’exposition Le Modèle noir ».

Prévenir les braquages sur les visiteurs, les casses de véhicules, les débuts d’incendie et veiller à ce que le bâtiment ne soit pas endommagé font partie des nombreuses missions de Samantha. « Je suis attentive à tous les actes de malveillance qui pourraient subvenir, je n’ai, pour l’instant, pas eu à intervenir même si le site est sensible. Être APS, c’est plutôt pas mal, on est à l’extérieur – je déteste être enfermée – je profite de la beauté du site. Travailler ici c’est une grande chance. »

Samantha se sent appartenir à la « famille du MACTe ». « Mes collègues et moi sommes des prestataires mais après six ans de présence au MACTe, on finit par tous se connaître et on s’entend bien. » De tous les agents de sécurité du MACTe (APS, équipe incendie, agents cynophiles et opérateurs vidéo) Samantha est la seule femme titulaire Agente de sécurité en extérieur au MACTe. 

« The place to be » 

andrine Don, secrétaire de direction - MACTe Guadeloupe
Sandrine Don, secrétaire de direction

Elle est le symbole de la volonté du MACTe de s’ancrer dans son environnement immédiat et aussi de permettre aux habitants du quartier de s’approprier l’institution. Sandrine Don, secrétaire de direction, a grandi à Chemin Neuf, à « cinq minutes à pied d’ici ». La jeune femme de 34 ans a étudié les langues aux USA et travaillé à Paris avant de revenir en Guadeloupe. D’abord agent d’accueil billetterie boutique, elle est au MACTe depuis son inauguration en 2015. « Le MACTe m’a rapprochée de ce qui m’avait échappé, des choses que je n’avais pas apprises à l’école. Il se passe toujours quelque chose ici, c’est the place to be. » 

« Préparer demain » 

Jimmy Martial, responsable technique et travaux - MACTe Guadeloupe
Jimmy Martial, responsable technique et travaux

Avant d’accéder à l’exposition, il faut traverser les espaces verts et enfin l’imposant bâtiment s’offre à vous. Avant l’exposition, il y a donc Jimmy Martial, le responsable technique et travaux. « Lorsque le visiteur arrive, il doit d’abord être frappé par la propreté du site, je m’occupe particulièrement de la maintenance extérieure et intérieure de l’ensemble du bâtiment, de tous les travaux utiles à son bon fonctionnement. »

Pour garantir la sécurité et le confort des visiteurs, Jimmy Martial visite l’exposition tous les jours. « Travailler ici, c’est penser plus grand, c’est préparer demain, je serai fier de pouvoir dire à mes petits-enfants que j’ai contribué à ce qu’est le MACTe. »  

« C’est à nous » 

Colette Pradelle, chargée de mission et Aline Casimir, coordinatrice logistique - MACTe Guadeloupe
Colette Pradelle, chargée de mission et Aline Casimir, coordinatrice logistique – MACTe Guadeloupe

Un bureau pour deux, le MACTe a fait d’elles des collègues. Aujourd’hui, Colette Pradelle et Aline Casimir sont amies et partagent leurs fous rires. « On a eu un coup de cœur professionnel l’une pour l’autre », reconnaît Aline.

La première est chargée de mission auprès de la directrice générale. « Il y a toujours des projets, j’ai particulièrement aimé travailler sur Jaden an Nou et On Dimanch O Komandman qui m’ont fait prendre conscience de nos richesses à préserver. » La seconde, Aline Casimir, arrivée depuis 4 mois au MACTe, est coordinatrice logistique. « J’assiste le Directeur du département architecture et site dans le contrôle, la planification, la gestion des flux, des biens et des personnes. Le MACTe est un symbole qui me parle en tant que femme, Guadeloupéenne et Caribéenne, c’est un haut lieu de culture et de transmission de notre histoire et de notre patrimoine culturel matériel et immatériel. Chacun a le devoir de s’investir dans ce lieu parce que c’est à nous. » 

« Un MACTe ambitieux et généreux » 

Philip Sadikalay, chercheur-invité au MACTe Guadeloupe
Philip Sadikalay, chercheur-invité au MACTe

Comme toute institution muséale, le MACTe a une compétence de recherche. La direction générale du MACTe entend donc développer son département scientifique et de recherche avec l’expertise de Philip Sadikalay, chercheur-invité au MACTe et universitaire. « Madame Laurella Yssap-Rinçon a une vision ambitieuse et généreuse pour le MACTe, qu’elle veut doter d’un très haut niveau d’expertise, elle a donc fait appel à la dimension de spécialisation du chercheur. » 

Le propos, à travers le travail de recherche de Philip Sadikalay, est d’appliquer la recherche à l’exposition permanente qui ne doit pas rester figée. « Les résultats de nos recherches doivent permettre d’améliorer l’exposition qui se développera avec l’évolution des recherches. » Docteur en civilisation nord-américaine, Philip Sadikalay estime que c’est une « chance inouïe pour la Guadeloupe d’avoir une institution comme le MACTe qui, sur le plan symbolique, se rapproche du musée du Quai Branly à Paris et peut avoir les mêmes missions que le MoMA de New York (Musée d’art moderne et contemporain) auprès des artistes. »

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