Urbanisme : place aux écoquartiers

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Yva Gelin

Un écoquartier est une façon de penser un espace urbain pour qu’il soit plus attractif, plus inclusif mais aussi plus en accord avec le développement durable. Détails de ce label et des premières réalisations sur nos territoires. 

Texte Yva Gelin

Les écoquartiers sont un objectif national en matière de création de communauté urbaine résiliente et qualitative.

Jean-François Renard, chargé de mission ville durable à la DEAL Martinique.

Les écoquartiers

Le concept est évoqué pour la première fois en 2009, au Grenelle de l’environnement II. Pour Bruno Bessis, conseiller ville durable et international au ministère de la transition écologique,
« ça a été un virage. Car pour la première fois, le développement durable était mis au sommet des préoccupations des politiques publiques. » À cette période, si la dimension légale est une nouveauté, des métropoles telles que Lyon, Nantes ou encore Grenoble avaient déjà entamé des démarches similaires d’espaces urbains vertueux. « C’est donc en s’aidant de ces premières tentatives et réflexions qu’a commencé à être pensé un référentiel de ce qu’est un écoquartier », poursuit Bruno Bessis. En vue de la création d’un label qui soit réellement utile, les collectivités ont été interrogées et trois critères sont ressortis : la labellisation ne devait pas être associée à des sanctions, l’écoquartier ne devait pas devenir un modèle figé se limitant à des cases qu’il faille cocher, il devait garantir des projets de qualité.
« C’est sur cette base-là qu’est créé le processus de labellisation. »

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Le modèle caribéen

La conception de chaque projet est bien cadrée par des thématiques principales, la mise en œuvre concrète ne peut se permettre d’être aussi figée. Chaque projet a son propre ADN et est unique. Tel que cela est mis en avant par Jean-François Renard de la DEAL Martinique, « les enjeux que nous avons dans la Caraïbe ne sont pas les mêmes que dans l’Hexagone. L’enjeu de l’écoquartier est d’autant plus important sur nos territoires que nous ne disposons pas autant de villes. Dans l’ensemble, nos territoires caribéens ne disposent que d’une ville principale. Remettre l’urbanité au centre des préoccupations pour enclencher un renouveau de ces espaces est crucial ».

L’écoquartier caribéen est également soumis à une surexposition des risques naturels,
à une nécessité  de confort thermique qui privilégie la fraîcheur… Les enjeux sociaux diffèrent également. Pour la Martinique et la Guadeloupe, la conception d’un tel espace de vie se réfléchit par exemple avec la prise en compte du vieillissement de la population, ou encore des problématiques d’habitat informel et d’indivisions qui nécessitent un volet administratif supplémentaire. « Nous avons également une problématique de la gestion de l’eau. Le but est que les écoquartiers soient également des leviers pour l’autonomie énergétique. » Cette politique d’effet levier est finalement ce qui achève de procurer du sens à la concrétisation de ces projets récents.

« En tout, 12 écoquartiers à l’échelle nationale sont arrivés à la dernière étape. On ne pourra jamais dire que tout est parfait. Mais la réalité est qu’aujourd’hui des dynamiques de quartiers se sont construites, la qualité de vie est revendiquée et défendue par les habitants… il faut que ça donne envie d’en faire d’autres », conclut Bruno Bessis.

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De la cité à l’écoquartier

Projet Bon Air

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Avant ce nouveau statut en devenir, le quartier Bon Air à Fort-de-France était une ancienne résidence HLM. Quatre bâtiments principaux construits pour reloger « dignement » les populations venues en ville. Située route des Religieuses, la construction surplombe le centre-ville et date des années 1960. Depuis, elle s’est fortement dégradée alors qu’un de ses bâtiments était référencé comme étant le plus long de toute la Caraïbe. Après avoir passé une période de travaux d’urgence via un plan de sauvegarde, les 4,5 hectares ont maintenant pour objectif de devenir une ville dans une ville. « L’ensemble a été pensé par rapport à la logique de renouvellement urbain et de ville durable », explique Yannis Baflast, directeur général de la SAS Bon Air. Dans le projet, l’accent est mis sur la mixité sociale avec la création de différents types de logements tels que les logements intermédiaires, du logement locatif social ou encore très social en plus d’une maison de retraite, prenant en compte la problématique de population vieillissante du territoire. « Le but est que différentes catégories sociales cohabitent ensemble ». Cet objectif est renforcé par la mise en valeur des espaces communs, les traditionnelles cages d’escaliers sont par exemple remplacées par des coursives. L’écoconception est pensée en intérieur comme en extérieur et la mobilité est repensée « avec la création de voies pour circuler autour des espaces centraux du quartier afin d’écarter la voiture des espaces de vie tout en étant bien desservie, en particulier avec une nouvelle voie donnant accès au TCSP ». Le résultat, prévu pour 2030 devrait être un quartier résilient et écologiquement acteur du renouvellement urbain.

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Mettre l’eau en valeur

ZAC Hibiscus et son écoquartier

À la différence des projets de Guadeloupe et de Martinique, la ZAC Hibiscus en Guyane est un projet pensé en 2006, avant la création du label d’écoquartier et construit sur une zone délaissée, marécageuse et inondée en période pluvieuse. Si, énoncé ainsi, le projet ne paraît pas occuper un emplacement stratégique, c’est pourtant tout l’inverse. À la différence de la Guadeloupe et de la Martinique où les problématiques principales sont celles des catastrophes naturelles, en Guyane, c’est l’eau. Le projet, reconnu opération d’intérêt national et depuis 2021 démonstrateur de ville durable, veut intégrer pleinement la problématique des inondations tout « en reconstituant un morceau de ville avec de la mixité sociale pour contrebalancer la centralité historique de Cayenne », comme l’indique Romain Pinaud, urbaniste et directeur d’opérations à l’EPFA Guyane. Ainsi, la ZAC Hibiscus, à proximité du pôle universitaire, reprend le même plan en damier que Cayenne. D’autre part, d’après une étude du rectorat, la zone était particulièrement en manque de logements étudiants. Ainsi, sur les 1 387 construits, 650 sont prévus pour cette population. Dans la logique de propager les bonnes pratiques de l’écoquartier et que les alentours s’accordent progressivement, des travaux sont menés pour l’amélioration du bassin des eaux fluviales, en plus d’un accompagnement proposé à l‘université dans ses travaux d’extension, qui sur une surface de 6 hectares devraient accueillir de nouvelles filières universitaires en Guyane. La construction de la ZAC Hibiscus devrait être entièrement achevée en 2025.

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Un label 360°
Au début du processus de labellisation, des experts procèdent à une étude du dossier ainsi qu’à une enquête de terrain. Pour qu’un projet soit retenu, il faut qu’il ait obtenu la note minimale de 3 sur 5 sur les 4 volets suivants :
• Démarche et processus, soit toute la phase de conception du projet 
• Environnement et climat, qui comprend la prise en compte de la biodiversité, ou encore le renforcement de la résilience face aux changements climatiques.
• Développement durable, qui s’intéresse, par exemple, au développement de l’emploi ou de nouvelles filières.
• Cadre de vie et usages, qui prend en compte des notions de vivre-ensemble, de solidarité et d’inclusion.

… et évolutif
Le label écoquartier est officiellement créé en décembre 2012, et tout comme les projets qu’il certifie, il a évolué depuis. Aux étapes de la signature de la charte, de la mise en chantier puis de la livraison, il manquait « l’aspect garanti de qualité du projet », explique Bruno Bessis. « Car au moment de la livraison, l’installation des habitants n’a pas eu lieu, la vie de quartier n’a pas encore débuté… ». Aujourd’hui, afin de constater l’impact réel de l’opération, le processus se décompose en 3 phases : « éco-projet », « écoquartier livré », « écoquartier vécu ».

Redynamiser l’existant

Quartier Grippon

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Partir d’un bourg existant et le faire évoluer en écoquartier est toute la particularité de ce projet dont les travaux ont débuté en 2020. Il s’agit plus précisément du centre-bourg historique de Morne-à-l’eau, qui s’est « paupérisé » comme l’indique Willy Cornelie, directeur de l’aménagement et des services techniques à la ville de Morne-à-l’eau. « Le but est donc de redynamiser dans une logique de développement durable. » Parmi les questions centrales, celle d’un habitat et d’un espace aussi bien adaptés à une population jeune que vieillissante. Concernant les 300 logements neufs, il est prévu que tous soient construits selon les normes du label Haute qualité environnementale (HQE), en plus des 100 à être rénovés. Dans cet existant, un patrimoine culturel et historique marque le paysage et est intégré à la démarche d’écoquartier. Ainsi, l’église Saint-André, construite dans les années 1930, est en pleine restauration dans le cadre d’un chantier patrimonial. Le projet, pour rendre l’espace attractif à tous types de populations met l’accent sur les espaces de socialisation avec par exemple une médiathèque en tant qu’espace polyvalent et une stratégie de développement des commerces de proximité. En tout, ce sont 54 hectares en cours de rénovation selon des normes de développement durable. Aujourd’hui 2 500 personnes habitent le périmètre de l‘écoquartier et l’objectif serait de ramener entre 500 et 900 personnes supplémentaires. Un projet qui fait également l’objet d’une coopération communale entre la ville du Moule et Morne-à-l’eau, pour un bourg dans le bourg qui brasse quotidiennement 8 000 à 10 000 personnes et est également labellisé petite ville de demain.