Les architectes, « professionnels de l’intérêt général »
L’aménagement du territoire est un sujet prioritaire. « Il détermine notre manière d’habiter aujourd’hui et notre capacité à faire face aux défis de demain », souligne Érick Halley, président du Conseil régional de l’Ordre des architectes de Guadeloupe.
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© Lou Denim
Les architectes, « professionnels de l’intérêt général »
L’aménagement du territoire est un sujet prioritaire. « Il détermine notre manière d’habiter aujourd’hui et notre capacité à faire face aux défis de demain », souligne Érick Halley, président du Conseil régional de l’Ordre des architectes de Guadeloupe.
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Face à des défis majeurs tels que le changement climatique et la rareté du foncier, quel regard portez-vous sur l’aménagement de notre archipel ?
La Guadeloupe est un territoire insulaire, avec des contraintes très particulières. Entre l’érosion du littoral, les problèmes d’assainissement, de pollution des sols et des eaux, et les risques liés au changement climatique, nous devons interroger nos modes d’aménagement. Sans céder à l’alarmisme, nous devons faire face à une véritable urgence : celle de définir collectivement ce que nous voulons pour la Guadeloupe de demain. Car l’aménagement du territoire n’est pas seulement une affaire de réglementation ou d’urbanisme. Il interroge la manière dont nous organisons nos villes, nos déplacements, nos espaces naturels ou nos équipements. Tout cela conditionne notre qualité de vie.
En quoi le rôle de l’architecte a-t-il évolué ces dernières années ?
Nous ne pouvons plus concevoir ni construire comme nous le faisions hier. L’architecte est aujourd’hui amené à intégrer, dès la conception, les questions de résilience face aux risques naturels, de sobriété foncière, de confort et de qualité environnementale. Cette évolution est positive, car elle remet en lumière la véritable portée de notre profession et de notre expertise. Car avant de bâtir, il faut penser l’aménagement : comprendre un territoire, ses fragilités, ses ressources, ses usages et ses perspectives de développement. C’est le message que nous portons aujourd’hui à travers l’Ordre des architectes : les architectes ne sont pas seulement des concepteurs de bâtiments ; ils sont des professionnels de l’intérêt général, capables d’accompagner les décideurs dans la définition d’une vision cohérente et durable du territoire.
Le dispositif « Un maire, un architecte » prône une collaboration étroite entre les municipalités et votre profession. En quoi cela consiste-t-il ?
Avant même de parler de construction, il faut se poser les bonnes questions : quel développement je veux pour ma commune ? Comment préserver son identité ? Répondre aux besoins des habitants tout en tenant compte des contraintes foncières et environnementales ? Ce dispositif vise à sensibiliser les maires sur l’importance de se faire accompagner par un architecte pour donner une cohérence d’ensemble aux choix qui sont faits, qu’il s’agisse de programmation urbaine, de revitalisation de centre-bourg, de résorption d’habitat dégradé, ou de transition écologique et énergétique, etc. C’est en construisant ce dialogue en amont que nous pourrons imaginer des communes plus résilientes, plus attractives et davantage en phase avec les attentes de leur population.
« L’architecte a un rôle essentiel à jouer auprès des élus parce qu’il est capable de traduire une vision politique en projet d’aménagement concret »
On parle beaucoup de réhabilitation, quels sont les enjeux aujourd’hui ?
Avec le développement des centres commerciaux, les centres-bourgs ont perdu de leur attractivité. Le logement a aussi fui la ville pour s’installer en lotissement ou à la campagne, sans oublier les problématiques d’indivision… Les centres-villes se sont paupérisés au fil des ans, laissant à l’abandon de nombreux bâtiments et parcelles, ainsi qu’un héritage patrimonial majeur. Dans le même temps, des opérations d’envergure sur des parcelles isolées en campagne, non viabilisées, ont participé au mitage urbain et créé des problématiques de transports publics et d’assainissement. Forts de ce constat et de la pression foncière due à notre insularité, nous n’avons d’autre choix que de militer pour la réhabilitation des villes et des bâtiments qui les composent. On peut d’ailleurs saluer les initiatives de Terres Caraïbes dans ce domaine.
Compte tenu des contraintes de mise aux normes parasismiques, anticycloniques, etc. est-il aujourd’hui plus complexe ou plus coûteux de réhabiliter que de construire à neuf ?
Tout dépend du projet… L’architecte fait d’abord un diagnostic afin d’évaluer la vulnérabilité du bâtiment. Il analyse aussi les aspects techniques et réglementaires. Puis il s’assure des capacités d’adaptation du programme dans l’enveloppe existante. Il s’avère que sur des opérations en centre urbain, il est parfois plus rentable de restaurer que de démolir et reconstruire. Chaque projet de réhabilitation doit être évalué au cas par cas, et l’architecte est aux côtés du maître d’ouvrage pour le conseiller.