Peut-on prévoir l’évolution des côtes guyanaises grâce au passé ? VINCENT POLIN

Peut-on prévoir l’évolution des côtes guyanaises grâce au passé ? VINCENT POLIN

Sarah Balay

Quel est l’intitulé de votre thèse ?

Ma thèse s’intitule : Évolution des paysages guyanais et paléo-environnements au Pléistocène supérieur : caractérisation multi-méthodes des archives littorales et alluviales. Mon doctorat s’inscrit dans le projet PHENOMENA (Pleistocene and HolocENe ecOsysteMs and palEobiodiversity of FreNch GuianA), financé par l’agence nationale de la recherche. Ma soutenance est prévue fin 2028, au laboratoire ISTerre (Institut des sciences de la Terre), à Grenoble.

Si vous deviez résumer vos travaux en une seule phrase ?

Comprendre comment les environnements et les paysages ont évolué depuis 120 000 ans, sur la côte de la Guyane ainsi que le long du Maroni, fleuve frontière avec le Suriname.

Quelles sont les applications concrètes de votre étude ?

Dans un contexte de dérèglement climatique rapide, il est nécessaire de comprendre comment le climat a métamorphosé les paysages guyanais dans le passé, afin d’estimer les transformations futures. Par exemple, il y a 20 000 ans, alors que dans le monde les glaciers recouvraient de grands espaces, le niveau marin a chuté de plus de 100 m. Ainsi, des villes comme Kourou ou Cayenne qui, de nos jours, se situent au bord de l’océan, se trouvaient dans des savanes sèches ou des forêts tropicales à plus de 100 km du trait de côte. Si on remonte plus loin, environ 120 000 ans, le niveau marin était plus élevé de quelques mètres : ces villes étaient donc noyées. Avec les données que nous récolterons, il sera possible de créer des modèles d’évolution des côtes et de pouvoir ainsi prévoir l’évolution du trait de côte. Au niveau du Maroni, nous voulons mieux appréhender les dynamiques du fleuve, notamment les facteurs responsables de grandes périodes de crues qui ont déposé de fortes épaisseurs de sédiments (particules qui se déposent grâce à l’eau ou le vent, comme le sable ou l’argile). Ainsi, ma thèse permettra de poser un référentiel pour se projeter sur les évolutions futures du paysage, en lien avec le climat, et donc une base de réflexion pour l’aménagement du territoire.

Que comptez-vous faire après votre thèse ?

Après ma thèse, je souhaite poursuivre dans la recherche publique, en étudiant l’évolution des paysages et des environnements au Quaternaire (les 2,5 derniers millions d’années) pour mieux estimer les évolutions futures.