ARS Guyane : « Trouver des solutions concrètes aux problèmes de santé »

Enseignant-chercheur de métier, le nouveau directeur de l’ARS Guyane veut changer de méthode de travail et prendre à bras-le-corps 4 défis de santé dans le territoire. Entretien.

© Mathieu Delmer
© Mathieu Delmer

ARS Guyane : « Trouver des solutions concrètes aux problèmes de santé »

Enseignant-chercheur de métier, le nouveau directeur de l’ARS Guyane veut changer de méthode de travail et prendre à bras-le-corps 4 défis de santé dans le territoire. Entretien.

Thomas Thurar

Depuis votre prise de fonction fin 2025, vous avez fait de la qualité de l’offre de soins à la population une de vos priorités. Concrètement, quelles évolutions cela implique-t-il ?

Bertrand Parent, directeur de l’Agence régionale de santé Guyane (ARS Guyane) : En effet, pour répondre à tous les besoins de santé des populations qui vivent en Guyane, il faudra réussir le développement du Centre hospitalier régional et universitaire. C’est une priorité très concrète quand on sait que nous avons encore recours à de trop nombreuses évacuations sanitaires vers l’Hexagone ou les Antilles.

Ce développement de l’offre de santé passera par la fusion des 3 établissements de santé et du Groupement de coopération sanitaire au 1er janvier 2027, et par la création de filières spécifiques ou encore insuffisamment développées comme la cancérologie. Attention, comprenez bien mon propos, il ne doit pas s’agir d’une fusion pour concentrer les activités de soin et faire des économies mais d’une fusion pour mieux répartir l’offre de santé sur tout le territoire. Il s’agit de garantir l’accès universel aux soins pour tous, dans une logique de gradation des soins tout en garantissant la qualité et la sécurité des actes. Il s’agit aussi de mieux répondre aux maladies chroniques qui représentent en Guyane 80 % des besoins de santé, en mettant l’accent et les moyens sur une prévention efficace. Ce sera une fusion administrative mais pas géographique. Et c’est un énorme défi en termes d’organisation, de pilotage et de gouvernance.

En dehors de la qualité de l’offre de soins, lors de vos interventions, vous avez précisé que la Guyane faisait face à deux défis sanitaires : les métaux lourds et le chikungunya. Comment abordez-vous ces deux questions ?

La mise en place de la stratégie de lutte contre la contamination de la population aux métaux lourds que sont le plomb et le mercure est clairement une de mes priorités. Cette contamination causée en grande partie par l’orpaillage illégal d’une part, et les usages traditionnels du plomb (ustensiles de cuisine et chasse) conduit à des taux d’imprégnation trop élevés dans les communes de l’intérieur. La recherche scientifique a pu documenter le fait que ces taux d’imprégnation au mercure et au plomb ont augmenté ces dernières années. Pour obtenir des résultats, l’ARS Guyane va muscler sa politique de dépistage et nous voudrions la rendre systématique.

Il s’agit aussi de nous rapprocher des populations concernées, intervenir sur les comportements à risque par exemple alimentaires. Notre responsabilité est également de garantir des prises en charge en proximité, en particulier avec le CHU et ses Centres délocalisés de prévention et de soins (CDPS). L’idée est « d’aller vers » et de trouver, avec les populations, les solutions aux problèmes de santé qui les concernent. Je me permets de rappeler la proposition de Nelson Mandela, « tout ce qui est fait pour moi sans moi est contre moi ». Il faut sortir des approches paternalistes, les ressources pour travailler les sujets de santé se trouvent ici.

Quid du chikungunya, la solution passera-t-elle par un vaccin ?

En complément des méthodes habituelles de lutte contre les épidémies vectorielles, pour pouvoir contrer l’épidémie qui sévit depuis le début de l’année, les Guyanais disposent en effet, depuis début juin, de deux vaccins qui ont fait leur preuve. Totalement gratuits, ces vaccins doivent amplifier l’immunisation de la population. Ils doivent être prescrits par un médecin dans le cadre des recommandations de l’HAS. Les études de Santé Publique France montrent que seule une proportion de 16 à 17 % de la population est aujourd’hui immunisée contre le virus. On trouve des foyers épidémiques dans la plupart des secteurs, et les modèles épidémiologiques alertent sur le fait que sans une stratégie efficace, 30 % de la population pourrait être infectée par ce virus.

Pour l’ensemble de ces sujets, l’enjeu réside sans doute dans la communication des messages de prévention ?

Oui, il nous faut changer de méthode en matière de prévention et de promotion de la santé. L’idée c’est de sortir de la logique d’injonctions de la part de celui qui est censé savoir. Je veux privilégier la coconstruction de solutions adaptées avec les populations concernées, et donc leur fournir des outils de production de la connaissance face à ces problématiques et des outils d’analyse des causes. L’objectif étant d’impliquer autant que possible la population, nous devrons trouver la bonne échelle d’intervention territoriale, l’espace le plus pertinent d’action en santé publique. Cela pourra donc varier, mais je voudrais privilégier le niveau des communes et mobiliser les contrats locaux de santé.

Comment procéderez-vous ?

Je suis avant tout un enseignant-chercheur avec un goût pour l’action et le résultat. Ma position est celle de quelqu’un qui questionne, qui critique et qui n’accepte pas le monde tel qu’il se donne à voir à première vue. Je veux discuter les a priori de l’ordre établi. J’ai participé par exemple au développement d’un Executive MBA au sein de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et nous passions notre temps à comparer les approches de plusieurs pays quant aux sujets de santé et cette posture était très utile pour trouver des solutions concrètes aux problèmes.

La méthode, si je pouvais résumer, ce serait : élaborer un diagnostic partagé pour une action concertée. C’est, je crois, ce changement de méthode de travail qui sera la clé pour le territoire.