Les labels participatifs peuvent-ils mieux valoriser la production locale?

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Axelle Dorville

Méconnaissance du label bio, profusion de certifications aux contours flous, insuffisance de garanties écoresponsables de la mention “circuit court”, greenwashing et social washing… Il est aujourd’hui de plus en plus difficile de valoriser sa production lorsque l’on est engagé dans une démarche responsable. Les labels participatifs sont-ils une solution ? – Texte Axelle Dorville

Comment répondre aux attentes des consommateurs pour des produits sains, locaux et en circuit court, proposés au juste prix, pour eux comme pour les producteurs ? Découvrons les pistes de Corinne Concy, fondatrice de l’incubateur engagé Kaléidoscope, de Karen Toris et de Céline Chartol, de Ta Nou Bio.

Karen Toris et Céline Chartol - Ta Nou Bio - Martinique
Karen Toris et Céline Chartol

Pourquoi créer des labels spécifiques et mettre en œuvre des démarches d’écoconception ?

Corinne Concy : L’écoconception est une réflexion intégrée dans laquelle chaque étape du cycle de vie d’un produit est pensée pour être la plus vertueuse possible, garantissant l’intégrité et le respect du producteur, du consommateur et du vivant en général. Dans l’agriculture, un producteur qui s’inscrit dans une démarche d’écoconception s’assurera, de la graine qu’il plante, au produit brut ou transformé qu’il vend, jusqu’à la fin de vie de ce dernier, même s’il n’en est plus responsable, que son produit respecte l’environnement, répond aux attentes du consommateur et que les déchets ultimes générés pourront être revalorisés dans une logique circulaire.

« L’écoconception est une réflexion intégrée dans laquelle chaque étape du cycle de vie d’un produit est pensée pour être la plus vertueuse possible. »

Le circuit court, “de la fourche à l’assiette”, est aujourd’hui majoritairement présenté comme un gage de qualité pour le consommateur, mais dans les faits, n’apporte pas de réelle assurance sur les modes de production et de conservation, les qualités d’usage des produits (bons pour la santé, indemnes de substances dangereuses, goûteux, frais…), les caractéristiques des emballages, ni d’ailleurs sur les usages finaux des consommateurs – gaspillage, absence de tri, de recyclage, etc. –.

L’idée est donc d’embarquer toutes les parties prenantes impliquées dans le cycle de vie des produits autour de la co-construction d’un référentiel partagé qui complèterait les labels qualité existants et qui prendrait en compte tous les paramètres pertinents à intégrer. C’est l’objectif des labels participatifs, tels que le Système Participatif de Garantie (SPG) que nous souhaitons davantage faire connaître, afin de renforcer les modes opératoires et l’engagement des acteurs économiques dans l’économie circulaire et le développement durable.

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Quel est l’intérêt de ce Système Participatif de Garantie ?

Karen Toris : Un Système Participatif de Garantie est une option complémentaire au label bio existant. Les pratiques garanties par cet écolabel sont donc issues de l’agriculture biologique et de l’agroécologie : respect des écosystèmes, de la santé humaine et du bien-être animal, non-utilisation de produits toxiques ou phytosanitaires de synthèse. Mais l’idée du SPG est d’aller encore plus loin que le label bio pour garantir l’écoresponsabilité tout au long de la chaîne de valeur.

L’objectif est par ailleurs de permettre aux agriculteurs engagés dans une démarche durable mais non labellisés bio pour diverses raisons – coût du label, directives européennes que certains trouvent déconnectées de nos réalités –, d’intégrer une démarche qualité garantie, visible des consommateurs. Surtout, le SPG se différencie précisément par son aspect participatif, qui répond aux besoins de certains producteurs d’aller plus loin et de mobiliser les consommateurs dans leur démarche qualité.

« L’idée du Système Participatif de Garantie est d’aller encore plus loin que le label bio pour garantir l’écoresponsabilité tout au long de la chaîne de valeur. »

Comment cela fonctionne-t-il ?

Céline Chartol : En pratique, le Système Participatif de Garantie repose d’une part, sur des citoyens regroupés en associations de consommateurs, et d’autre part, sur des producteurs ayant des pratiques durables, qui vont élaborer ensemble un cahier des charges ou une charte d’engagement sur leurs pratiques agricoles, afin de recréer du contact et de la confiance auprès des consommateurs, notamment échaudés suite au scandale de la chlordécone ou encore par le bio industriel, importé, issu de longues chaînes de production, suremballé ou produit sous serres en Espagne.

Le SPG part généralement des garanties de la certification en agriculture biologique, qui est le socle, auquel on va ajouter des clauses supplémentaires qui ont du sens pour le territoire. Il s’agit ensuite de définir comment on concrétise cette charte et une fois toutes les cases cochées par les producteurs, on délivre une charte signée associée à un logo que le producteur pourra afficher sur ses produits.

« Le SPG part généralement des garanties de la certification en agriculture biologique, qui est le socle, auquel on va ajouter des clauses supplémentaires qui ont du sens pour le territoire. »

Contrairement au label bio pour lequel c’est un organisme tiers donc extérieur qui contrôle et délivre la certification, le SPG se base sur un système de suivi par les pairs, les consommateurs et agriculteurs engagés, qui effectuent les visites et délivrent la garantie que le producteur respecte bien la charte d’engagement co-construite. Aussi, dans une démarche d’amélioration continue, le SPG comporte une dimension d’accompagnement aux pratiques de production dans la mesure où les producteurs engagés peuvent échanger et partager les bonnes pratiques agroécologiques. Cette dimension est complémentaire au label bio qui lui assure le respect d’un cahier des charges rigoureux en matière de protection de l’environnement et de la santé humaine mais n’intègre pas cet échange de pratiques.

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Comment mettre en place ce label SPG ? 

Karen Toris : L’objectif étant notamment d’accompagner les producteurs vers une amélioration de leurs pratiques, il peut être intéressant d’associer au projet des scientifiques. Un tel système ayant un coût, les institutions ont également leur rôle à jouer pour financer ce type d’actions et ainsi permettre à des structures de porter un tel projet. Les entreprises peuvent également être impliquées, ainsi que des associations. La chambre d’agriculture peut apporter de la visibilité et mobiliser son réseau d’agriculteurs. Les producteurs et consommateurs sont la base du projet, autour duquel va graviter tout un écosystème.

C’est vraiment au territoire de monter son projet en fonction de ce qui fait sens pour lui, afin de rendre plus accessibles des produits qualitatifs issus de l’agroécologie, dans une logique d’économie circulaire et de développement durable. Le SPG est réellement une démarche de société, pour réduire les pollutions, améliorer la qualité des produits alimentaires et garantir la santé de la population. C’est un concept qui a fait ses preuves, dans l’hexagone comme à l’international. Bien souvent les producteurs choisissent d’intégrer un SPG en complément et non en remplacement de la certification bio. Nous avons tout intérêt à pousser la réflexion sur ce sujet car un tel système permettra de compléter la certification bio tout en tenant compte de nos spécificités. 

Corinne Concy : La logique de collaboration et de mutualisation dans laquelle s’inscrit le Système Participatif de Garantie est ainsi indispensable pour créer un effet d’entraînement qui puisse nourrir tous les systèmes vivriers locaux. 

« Le SPG est réellement une démarche de société, pour réduire les pollutions, améliorer la qualité des produits alimentaires et garantir la santé de la population. »

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