Le RSMA place l’emploi dans sa ligne de mire 

Colonel Roméo François au RSMA de la Guyane - Credit Photo Mathieu Delmer|||
Adeline Louault

Depuis 1961, le RSMA assure la formation et l’insertion socio-professionnelle de jeunes de nationalité française, âgés de 18 à 25 ans. Rencontre avec le Colonel François, chef de corps du Régiment de la Guyane qui a accueilli 45 000 volontaires en plus de 60 ans.

Texte Adeline Louault – Photo Mathieu Delmer

D’ici 4 ans, nous pourrons accueillir 100 à 150 jeunes de plus sur les deux sites.

Colonel Roméo François au RSMA de la Guyane

Le RSMA de la Guyane

Déployé sur les 134 hectares du camp Némo à Saint-Jean du Maroni et disposant d’une antenne au quartier Félix Eboué, à Cayenne, le Régiment du Service Militaire Adapté de la Guyane propose des formations autour du BTP, des espaces verts, de la mécanique, du transport, de la logistique et des métiers du tertiaire. Désigné chef de corps en juillet dernier, le colonel Roméo François connaît bien le dispositif puisqu’il a, entre autres, servi au SMA de la Nouvelle-Calédonie. Il évoque sans faux semblant sa nouvelle mission et les défis qui l’accompagnent : un territoire immense avec des communes enclavées et une jeunesse difficile à atteindre, un taux d’illettrisme record, une croissance démographique exponentielle… Un “terrain d’opération” où les formations du RSMA et les entreprises partenaires sont capables d’avoir un impact immédiat, de changer des vies et, d’une certaine manière, la destinée d’un territoire.

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Comment bâtissez-vous le catalogue de formations du RSMA ?

Colonel Roméo François : Nous proposons 23 filières de formations socio-professionnelles d’une durée de 6 à 12 mois, validées par un diplôme du SMA. Notre offre n’est pas figée et s’adapte systématiquement aux besoins des partenaires économiques mais aussi à la jeunesse guyanaise avec l’objectif ultime d’insérer le volontaire. Le régiment est ouvert et à l’écoute.
Il ne faut pas hésiter à nous solliciter. On fait d’ailleurs évoluer deux ou trois filières chaque année, on en crée d’autres, en lien avec de nouveaux métiers qui apparaissent sur le territoire ou pour répondre aux demandes spécifiques des entreprises locales. 

Et si le jeune ne trouve pas de travail en sortant ? 

Actuellement, le taux d’insertion est de 85 %. L’immense majorité trouve un emploi durable. Une centaine poursuit sur une formation diplômante. La cellule insertion et les chefs de section dispose de 6 mois, après la fin du stage, pour continuer à accompagner les jeunes qui n’ont pas été embauchés immédiatement ou qui changent de projet professionnel. Dans certains cas, c’est court. Le RSMA de la Guyane envisage de créer prochainement une fondation afin de pouvoir prolonger l’accompagnement au-delà des 6 mois actuels.  

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Qui dispense les formations dans votre structure ? 

La structure militaire s’occupe d’inculquer au jeune volontaire le savoir-être. La partie formation professionnelle est assurée quant à elle par les engagés volontaires du SMA.
Titulaires d’un diplôme professionnel, ces formateurs sont recrutés en Métropole ou en local et viennent parmi nous enseigner les différents métiers aux jeunes volontaires. Enfin, certains modules, comme c’est le cas pour la formation au métier de technicien assistant informatique, sont dispensés par des sociétés extérieures. 

Pourquoi la notion de savoir-être est-elle si importante dans les valeurs du RSMA ? 

La pédagogie militaire vise à transmettre un ensemble de valeurs comme la rigueur, le courage, le respect ou encore le goût de l’effort et du travail bien fait. Souvent désœuvrés quand ils arrivent au SMA, les volontaires retrouvent la volonté d’apprendre et de se battre pour réussir. Ils découvrent également la notion du collectif. Ils comprennent qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils peuvent s’entraider. Dans ce contexte de socialisation et d’appartenance, ils acquièrent un savoir-être indispensable à leur insertion sociale et professionnelle. Ils apprennent les codes pour devenir des citoyens autonomes et responsables.

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Quelles spécificités propres à la Guyane et à sa jeunesse nécessitent une attention particulière ?

Entre 60 et 70 % des jeunes viennent chez nous avec un niveau d’illettrisme lourd. Nous avons l’un des taux les plus élevés d’Outre-mer. Les volontaires sont tous passés par l’école mais la plupart ont désappris le français. Pour beaucoup, ce n’est pas leur langue maternelle. Nous menons un travail, tout au long de la formation, pour leur faire ré-acquérir les savoirs de base. Enfin, ils sont souvent complètement étrangers à la chose administrative. Leurs papiers ne sont pas à jour, ils n’ont pas de compte en banque etc. Nous consacrons une semaine à les remettre à niveau sur ce point. Cela renforce leur employabilité et c’est essentiel pour leur insertion.

Comment recrutez-vous les jeunes volontaires ?

L’étendue du territoire et son enclavement font que le recrutement est un véritable enjeu pour le RSMA. Pour toucher les jeunes qui sont éloignés du marché de l’emploi, il faut se faire connaître. Cela passe par des campagnes de communication mais aussi par ce que nous appelons des « missions fleuves », dans les villages les plus reculés. Nos chantiers externes, avec le Parc amazonien de Guyane notamment, favorisent également notre rayonnement tout en contribuant à l’aménagement du territoire, ce qui était une des missions premières du Régiment au départ. Nous avons récemment refait un terrain de foot à Trois-Sauts, un vrai défi logistique car il a fallu acheminer les engins de chantier jusque-là !
Notre cellule recrutement dispose également de points d’information à Cayenne et à Saint-Laurent. Enfin, nous nouons des partenariats avec les missions locales et d’autres partenaires, afin d’avoir des relais un peu partout et de trouver, ensemble, le meilleur parcours qui permettra au jeune d’accéder à l’emploi. Un partenariat avec Pôle emploi est d’ailleurs en cours de consolidation. 

Néanmoins, vous n’avez pas de mal à remplir vos rangs ?

En effet, le nombre de volontaires augmente en Guyane car nous sommes face à une forte croissance démographique. Nous avons d’ailleurs le projet de faire monter en puissance progressivement le régiment pour répondre aux besoins du territoire. D’ici 4 ans, nous pourrons accueillir 100 à 150 jeunes de plus sur les deux sites et proposer de nouvelles filières qui restent à définir. 

Quel est le profil des candidats ?

Les volontaires viennent pour 35 % de Cayenne, 40 % de l’Ouest. Le reste est réparti sur l’ensemble du territoire avec notamment des jeunes issus des communautés des deux fleuves (Maroni et Oyapock). Ils arrivent souvent sans diplôme. Lorsqu’ils en ont un, ils connaissent d’autres difficultés comme le fait de ne pas parler français. Ils n’ont pas eu la chance d’avoir les outils pour réussir mais ils viennent avec la volonté de s’en sortir. Ils savent ce que le SMA va leur apporter. Cela en fait des jeunes gens courageux qui seront encore plus fiables à l’issue de la formation.  

La création prochainement d’une fondation permettra de prolonger l’accompagnement
au-delà des 6 mois actuels.

Comment voyez-vous les deux années qui vous attendent à la tête du RSMA de la Guyane ? 

Je suis heureux et enthousiaste à l’idée d’œuvrer pour un outil qui est au service de la Guyane, de ses entreprises et de sa jeunesse. Bien qu’assez éloignée de notre métier premier, cette mission au SMA a pour moi énormément de sens. Nous tirons vers le haut des jeunes en difficulté. Il s’agit de construire leur avenir, et à travers eux, de construire l’avenir de la Guyane. J’ai vu l’autre jour un conducteur m’interpeller sur la route alors que j’étais dans un véhicule estampillé RSMA : « Ah le SMA, m’a-t-il dit, c’est super, j’y étais il y a 10 ans, cela m’a sauvé ! ». Il avait suivi une formation en transport routier. Aujourd’hui, il possède sa propre société de transport touristique. Quoi de plus gratifiant pour nous que ce genre de retour ? 

Une prise en charge globale
Le RSMA s’apparente à un vaste « hub » intégrant un ensemble d’outils et services animés par différents personnels. Cette prise en charge globale permet de lever petit à petit tous les freins à l’insertion. Le volontaire trouve au SMA, en un seul et même lieu, tous les moyens pour réussir. Après avoir signé son contrat d’engagement, il effectue une formation initiale de deux mois qui comprend un bilan de compétences complet et une remise à niveau scolaire assurée par des enseignants mis à notre disposition par le rectorat de Guyane. Cette phase a également pour but de poser le cadre militaire, d’apprendre la savoir-être et la vie en collectivité. Les problématiques médicales, sociales et administratives sont traitées grâce aux médecins, psychologues, assistants sociaux militaires. Le volontaire passe également, au sein du SMA, le permis de conduire dans le but de renforcer son employabilité. Après la formation initiale, il bascule en formation professionnelle. Les deux derniers mois du stage sont consacrés à l’accompagnement vers l’emploi, à la construction du projet professionnel. Pendant tout le temps où il est au RSMA, il est logé, nourri et perçoit un salaire (566 euros brut).

3 profils de jeunes
En 2023, le SMA de Guyane compte 821 jeunes bénéficiaires (parmi lesquels 25 % de femmes), dont :
620 volontaires stagiaires, à la recherche d’une formation, d’un métier.
171 volontaires techniciens. Recrutés avec un diplôme, ils recherchent une expérience professionnelle au régiment. Ils aident à l’encadrement des jeunes volontaires et peuvent rester jusqu’à 4 ou 5 ans. Le contrat doit être signé avant l’âge de 25 ans.  
30 volontaires jeunes cadets. Âgés de 16 à 18 ans, ils commencent à décrocher de l’école et viennent en stage avec leurs professeurs pendant quelques semaines au régiment afin de pouvoir ensuite poursuivre leur cursus scolaire. 
En ajoutant les cadres, le RSMA de la Guyane abrite un millier de personnes dont 70 % à Saint-Jean du Maroni.