Le Conseil économique social et culturel (CESC) est une instance consultative qui compte dans les orientations politiques du territoire. Ses membres se mobilisent pour faire vivre une démocratie participative et leurs avis éclairés pèsent dans les prises de décisions. Avec l’arrivée à sa tête de Ida Zin-Ka-Ieu, c’est un vent de renouveau qui souffle sur l’institution.  

Texte Ann Bouard – Photo Lou Denim

Les enjeux d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’hier. Le changement climatique doit être intégré et anticipé.

Ida Zin-Ka-Ieu, présidente du CESC

Qu’est-ce que le CESC ?

Le CESC, l’une des quatre institutions établies par la loi organique de 2007, joue un rôle primordial en émettant des avis dans certains domaines : économique, budgétaire, social, culturel, environnemental. Sa mission est de conseiller et d’accompagner la Collectivité, en toute impartialité, en enrichissant le débat et en apportant des recommandations stratégiques sur les orientations budgétaires, les grands schémas et projets territoriaux, l’aménagement du territoire et plus largement toute décision pouvant impacter la vie de la population. En 2023, le CESC a été saisi 21 fois par le Président de la Collectivité et pour la première fois depuis 2016, par le Préfet de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin.

Lire Aussi | Les violences faites aux femmes à Saint-Martin, état des lieux

Préparer le territoire aux changements

Le représentant de l’État peut en effet solliciter l’avis du CESC sur des sujets de sociétés. La démarche est rare, mais en octobre 2023, le Préfet Vincent Berton a décidé de l’interroger sur un dossier prégnant : les impacts du changement climatique sur le territoire. Pour les services de la Préfecture, les orientations présentées serviront de base à la prise de conscience nécessaire pour faire face à ces enjeux à Saint-Martin. 

En effet, les enjeux d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’hier. Le changement climatique doit être intégré et anticipé. Les rapports du GIEC, quoiqu’en disent les climato-sceptiques, sont sans appel. Si l’on ne ralentit pas la tendance, les effets dévastateurs seront de plus en plus nombreux et les Antilles font partie des îles les plus menacées. Cyclones plus fréquents et plus violents, érosion côtière, épisodes de submersion, sargasses… sont devenus une réalité et vont s’amplifier. Des éléments dont il faut tenir compte car ils font désormais partie de la réalité. Pour Ida Zin-Ka-Ieu, il y a urgence à prendre les mesures nécessaires et chacun, à son échelle, doit y contribuer.

Pour la Présidente du CESC, il faut aussi réfléchir à des sujets délicats comme la constitution de réserves pour faire face à une pénurie éventuelle, la protection des nappes phréatiques, le recensement des puits, l’organisation des transports, la fiscalité…  

Lire Aussi | Le tourisme d’affaires a-t-il sa place à Saint-Martin ?

Le CESC : force de proposition

« Nous demeurons attentifs aux changements qui s’opèrent dans le monde, ainsi qu’à leurs façons d’agir sur nous. Ceci afin de mieux les anticiper pour pouvoir les enseigner et être force de propositions, puisque nous avons les ressources et le génie à Saint-Martin », précise-t-elle.

Cette saisine, sur le changement climatique conséquence des émissions de gaz à effet de serre et sa traduction sur la vie sociale, l’activité économique, l’écosystème et les ressources de Saint-Martin a fait l’objet d’un rapport intitulé  « Anticipation des effets du changement climatique à Saint-Martin » dans laquelle le CESC donne des réponses et propose des adaptations structurelles, scientifiques et sociétales pour Saint-Martin. Ida Zin-Ka-Ieu en est persuadée, au regard des éléments portés par ce rapport de 60 pages, il n’est plus temps d’anticiper les conséquences du changement climatique mais bien de s’y adapter en intégrant dès à présent les impacts croissants à venir.

Horizons 2024 pour le CESC : de nouveaux outils

Ce rapport illustre parfaitement le rôle du CESC dans la vie citoyenne. Ida Zin-Ka-Ieu s’est donnée un an, le temps de son mandat (qu’elle prend à la suite de Julien Gumbs) pour renforcer les liens avec la Collectivité et les services de l’État, et d’en développer de nouveaux avec tous les partenaires potentiels afin d’avoir un éclairage plus approfondi sur chaque dossier. Élargir le champ des collaborations avec l’ensemble des acteurs impliqués sur les dossiers majeurs permettra de faire valoir l’expression citoyenne sur tous les sujets qui affectent le devenir de Saint-Martin et plus largement la vie de ses habitants. Le CESC qui a la possibilité de s’auto-saisir sur des sujets qu’il juge important pour le territoire, entend bien le faire dans les mois à venir. 

Cette nouvelle dynamique se traduit par une refonte des outils de communication pour une meilleure visibilité du travail des équipes. Le logo a ainsi été entièrement revisité par le jeune Guillaume Gumb : ses cercles imbriqués symbolisent la notion de conseils et de recommandations avec au centre, la carte de Saint-Martin pour accentuer l’appartenance.
C’est également un tout nouveau site internet (www.cescstmartin.com) déjà opérationnel en français et bientôt en anglais qui est désormais accessible à tous. Nouveauté, c’est une plateforme citoyenne où chacun peut se sentir impliqué dans la vie de son territoire. 
Ida Zin-Ka-Ieu a décidé de sortir le CESC de son anonymat et lui redonner la place qu’il mérite. Tout est pensé, organisé et mis en œuvre pour que cela devienne une réalité.  

23 membres issus de la société civile
Toute la force du CESC réside dans la constitution même de son équipe. 
23 membres, issus de la société civile, étudient chaque dossier avec un œil avisé et l’expertise de leur domaine. Ils représentent la société saint-martinoise : syndicats, groupements professionnels, associations. La liste des organismes et des activités de la collectivité représentés au sein du CESC est établie par le Ministre en charge de l’outre-mer. Sur proposition des organismes auxquels ils appartiennent, ils sont nommés par le Préfet pour cinq ans.

Le coup de cœur de la Présidente
Attachée aux valeurs de citoyenneté et de bienveillance, Ida Zin-Ka-Ieu souhaitait mettre en lumière des citoyens qui, au quotidien, donnent de leur personne pour le bien être des autres. En 2024, elle crée « le coup de cœur de la Présidente », une nouveauté au sein du CESC. 
Le premier à être distingué, est Andy Polynice Flanders. Sa simplicité, sa sincérité et son humilité ont séduit la nouvelle Présidente du CESC. Chaque dimanche, celui que l’on appelle Shamrock prépare et distribue des soupes aux sans-abris, aux toxicomanes et plus largement aux personnes dans le besoin. Le « Soup Sunday » de son association Swali’tainment est un moment de répit pour cette population en marge de la société. Il leur vient en aide en distribuant également des vêtements ou des produits d’hygiène quand cela est nécessaire. Changer la société, faire le bien et donner est ce qui le motive depuis toujours. Il se plaît à dire, en citant la bible, « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ».
Cette distinction va lui permettre d’avoir un peu plus de moyens pour poursuivre son action honorable : il a en effet reçu deux bons d’achats de 250 € par Super U et Caraibes Numeric Print et la somme de 2 000 €, de la part de la Semsamar et de trois entreprises mécènes.