Audrey Péraste : « Notre alimentation est un levier de prévention »

Nutritionniste depuis 17 ans, Audrey Péraste a fait de la prévention par l'alimentation le cœur de son métier. Spécialiste de la santé intestinale, formée à la micronutrition et à la phytothérapie, elle défend une alimentation antillaise valorisée et accessible, entre plaisir et prévention.

Audrey Peraste, nutritionniste © Jean-Albert Coopmann
Audrey Peraste, nutritionniste © Jean-Albert Coopmann

Audrey Péraste : « Notre alimentation est un levier de prévention »

Nutritionniste depuis 17 ans, Audrey Péraste a fait de la prévention par l'alimentation le cœur de son métier. Spécialiste de la santé intestinale, formée à la micronutrition et à la phytothérapie, elle défend une alimentation antillaise valorisée et accessible, entre plaisir et prévention.

Adeline Louault

Qu’est-ce qui vous a menée vers la nutrition ?

J’ai toujours été fascinée par la manière dont notre corps utilise l’alimentation pour se construire, se renouveler et même se soigner. Autour de moi, il y avait beaucoup d’hypertension et de maladies chroniques. J’avais envie d’aider les personnes à prévenir ces pathologies et à permettre à celles qui présentent une prédisposition génétique de rester en bonne santé le plus longtemps possible.

Votre formation n’a rien d’un parcours classique de nutritionniste…

C’est vrai. Après une première année de DUT Génie biologique dans l’Hexagone, je suis revenue aux Antilles pour intégrer un cursus universitaire de Biologie-santé et alimentation en milieu tropical. J’ai fait partie de la première promotion. Cette formation scientifique de cinq ans me permet aujourd’hui de comprendre des mécanismes complexes et de les expliquer simplement à mes patients.

En Martinique, près de 60 % de la population est en surpoids.

Audrey Péraste, nutritionniste, spécialiste de la santé intestinale, formée à la micronutrition et à la phytothérapie

Quel est votre quotidien ?

Je reçois des patients de 0 à 92 ans, de tous milieux. En Martinique, près de 60 % de la population est en surpoids. Au fil de mes formations, je me suis spécialisée dans la santé intestinale, qui représente aujourd’hui près de 80 % de mon activité. Les Antillais ont des intestins particulièrement fragiles, en partie en raison d’une génétique peu adaptée à l’alimentation occidentale moderne et d’une exposition croissante à la pollution.

En quoi l’alimentation peut-elle être un levier de prévention ?

Elle est essentielle. Une personne présentant une prédisposition génétique au diabète peut ne jamais développer la maladie si son hygiène de vie la protège. Les fibres limitent les pics de glycémie, réduisent le risque d’insulinorésistance et, associées à une activité physique régulière, permettent de retarder, voire d’éviter, de nombreuses maladies métaboliques. C’est aussi vrai pour l’hypertension ou l’obésité, où le mode de vie joue un rôle majeur.

À quel âge faut-il commencer à adopter une alimentation saine et équilibrée ?

Le plus tôt possible. Il faut apprendre aux enfants qu’aucun aliment n’est interdit, mais que certains doivent rester occasionnels. À tout âge, des changements sont possibles. J’ai par exemple suivi une patiente d’âge mûr, après un AVC : en travaillant uniquement sur son alimentation et quelques compléments, sans modifier son traitement, nous avons nettement amélioré sa digestion, son sommeil et sa mobilité. Sa fin de vie a été bien plus apaisée.

Quelles erreurs observez-vous le plus souvent chez vos patients ?

Le manque de légumes verts, souvent absents du déjeuner, et la suppression des bonnes graisses, comme les huiles crues. Même en cas de surpoids, les oméga-3 restent indispensables.

Audrey Peraste, nutritionniste, spécialiste de la santé intestinale, formée à la micronutrition et à la phytothérapie © Jean-Albert Coopmann

Qu’apportent la micronutrition et la phytothérapie à votre pratique ?

Elles permettent d’agir sur certains déséquilibres, comme un microbiote perturbé, le stress — qui contribue de plus en plus à la prise de poids — ou les troubles du sommeil. Au quotidien, je recommande volontiers du magnésium, que le stress élimine naturellement, ainsi que des cures régulières pour soutenir le foie, sollicité par la pollution. Pour cela, je privilégie des compléments dont le dosage est maîtrisé, ainsi que certaines plantes locales comme les grenn anba fey, le gingembre, le curcuma, le boldo ou le desmodium, utilisées en cures courtes sous forme d’infusions.

Quels produits locaux mériteraient d’être davantage consommés ?

La patate douce, souvent évitée à tort par les personnes diabétiques, alors qu’elle est riche en antioxydants qui aident à réguler la glycémie. Je pense aussi au pourpier, une plante sauvage très riche en oméga-3, apaisante pour le système nerveux, à la mangue, riche en bêta-carotène, et aux cerises-pays pour la vitamine C. Sans oublier nos légumes et nos légumineuses-pays, excellents pour le microbiote. Quant à nos viandes locales, elles sont généralement plus riches en oméga-3 que les viandes importées.

Comment mieux manger malgré un quotidien sous pression ?

Il existe aujourd’hui des légumes-pays déjà épluchés et surgelés, des paniers livrés à domicile… Une alimentation locale reste accessible avec un peu d’organisation. En revanche, il faut limiter les boissons sucrées, les charcuteries et les produits ultra-transformés. Ils entretiennent la fatigue, car ils demandent beaucoup de travail au foie.

Vous évoquez souvent la pollution. Pourquoi ?

Notre mode de vie nous expose à de nombreux polluants. Aux Antilles, les brumes de sable transportent des particules fines et d’autres substances qui peuvent affecter notre santé, notamment la sphère ORL et respiratoire. À cela s’ajoutent les polluants présents dans les sols, l’air ou encore les résidus de pesticides et de métaux lourds. Sans tomber dans l’alarmisme, chacun peut réduire son exposition en privilégiant, lorsque c’est possible, des produits issus de l’agriculture biologique, en cultivant quelques légumes, fruits ou aromates chez soi, même en pot, et en choisissant un terreau de qualité.

Vos conseils pour mieux manger dès demain ?

Ne sautez pas de repas, buvez au moins 1,5 litre d’eau par jour, consommez des légumes verts midi et soir, des fibres à chaque repas, variez les couleurs dans l’assiette et veillez à un apport suffisant en protéines. Limitez les fritures, les viandes rouges et les gros poissons gras. Et surtout, gardez le plaisir de manger : un acra de morue de temps en temps ne pose aucun problème.

Deux mots pour comprendre 

Phytothérapie : soigner ou accompagner sa santé grâce aux plantes (infusions, extraits, gélules).

Micronutrition : approche centrée sur les vitamines, minéraux et autres micronutriments, dont le manque peut expliquer fatigue, stress ou troubles digestifs.

Parcours express

2009 : Master 2 Biologie-Santé et Alimentation en milieu tropical. Formation en entretien motivationnel

2011 à 2020 : Réception de plus de 4 000 patients à travers des pharmacies de toute l’île en tant que salariée

2011 à 2025 : Formations de formatrice référencée PNNS (Programme National Nutrition Santé)

2011 à aujourd’hui : Formations de micronutrition et phytothérapie

2020 : Formation de design en permaculture

2021 à aujourd’hui : Pratique en libéral