Adeline Martial « Je ne veux pas être spectatrice de ma propre vie »
Adeline Martial Conseil des jeunes citoyens CTM Jean-Albert Coopmann
Adeline Martial « Je ne veux pas être spectatrice de ma propre vie »
Adeline Martial « J’ai toujours refusé l’idée qu’il fallait partir pour réussir. Quand j’ai choisi de faire mes études ici, beaucoup m’ont dit : « Mais pourquoi ? Tu pourrais aller en métropole, tu aurais plus d’opportunités ». Pourtant, je voyais autour de moi des gens qui prouvaient le contraire : des entrepreneurs, des associatifs, des femmes et des hommes qui construisaient des choses extraordinaires sans quitter l’île. Au fil de mes expériences et rencontres, je me suis en quelque sorte choisi des modèles comme Maryse, Muriel ou Joël*, qui m’ont appris que l’ambition n’a pas de frontière. Maryse, par exemple, dirige une fédération qui accompagne des micro-entreprises. Elle ne se contente pas de financer, elle transmet, elle accompagne. Muriel, elle, gère des milliers de choses en même temps avec une simplicité et une intégrité qui m’ont marquée. Et Joël qui a construit un leadership sans compromis, m’a montré qu’on pouvait être exigeant sans être dur. Ce sont ces rencontres qui m’ont donné envie de rester, de contribuer, de prouver qu’on peut tout faire ici.
En 2024, mon engagement au sein du Conseil des jeunes citoyens (CJC) a tout changé pour moi. Quand j’ai été tirée au sort pour en faire partie, je ne mesurais pas encore à quel point cette expérience allait me révéler à moi-même. Aujourd’hui, je sais que c’est là que j’ai compris ce que signifiait vraiment agir pour son territoire. On nous dit souvent que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique, qu’ils ne veulent pas s’impliquer. Pourtant, quand on nous donne la parole, quand on nous écoute, on prouve le contraire. Le CJC pour moi, c’est ça : un espace où des jeunes comme moi, issus de tous les horizons de la Martinique, se retrouvent pour réfléchir, proposer, et surtout, faire bouger les lignes. Évidemment, c’est aussi frustrant : parfois on prépare des propositions, on les présente, et puis… Rien. Les États généraux de la jeunesse, par exemple, où on avait travaillé pendant des semaines pour finalement se retrouver devant une salle vide, sans retour, sans suite. Mais même dans ces moments-là, je me dis que c’est en persévérant qu’on finit par être entendus. Parce que si on ne parle pas, qui le fera à notre place ? C’est cette responsabilité qui m’a marquée, et m’a poussé à travailler, à apprendre à argumenter, à être capable de défendre des projets comme Jeune Écolo (un label pour sensibiliser à l’environnement) ou à participer à des débats sur des sujets qui touchent directement les jeunes : les transports, la vie chère, l’accès à la formation.
Aujourd’hui, je travaille dans la communication et le marketing, mais ce n’est qu’une étape. Mon rêve serait de trouver une stabilité professionnelle qui me permette de combiner mes compétences et mes valeurs — peut-être dans le social, peut-être dans l’entrepreneuriat, mais toujours avec cette idée : construire quelque chose qui dure. Je ne veux pas juste un métier, je veux un projet qui ait du sens, qui aide les autres à avancer aussi. Je ne sais pas où je serai dans 20 ans, mais je sais que je veux continuer à apprendre, grandir, et surtout, transmettre. Peut-être que je serai à la tête d’une entreprise, peut-être que je travaillerai dans une institution publique, ou peut-être que je serai ailleurs, à aider d’autres jeunes à trouver leur voie. Ce qui est sûr, c’est que je ne veux pas être spectatrice de ma propre vie. Je veux être de celles qui font bouger les lignes, qui créent des opportunités, qui montrent qu’une autre Martinique est possible, où les jeunes ne subissent pas, mais construisent. Parce qu’au fond, c’est ça, être jeune aujourd’hui aux Antilles : refuser de choisir entre partir et renoncer. C’est se dire qu’on peut aimer son île, la critiquer, et surtout, la faire évoluer. Et c’est savoir qu’on n’est pas seul, qu’il y a d’autres jeunes, comme ceux du CJC, qui partagent cette envie de faire autrement. Je crois qu’on peut y arriver. »
*Les noms ne sont pas donnés volontairement