Avitaillement : un métier invisible, une reconnaissance mondiale
À l’aéroport Félix-Éboué, on vient d’applaudir un camion. Le GPAR, qui ravitaille les avions au départ de Cayenne, a reçu le JIG Global Recognition Award 2026, une première aux Antilles-Guyane. Il accueille aussi un avitailleur hybride dont il n’existe que deux exemplaires au monde : l’un en Martinique, l’autre désormais en Guyane.
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© Karollyne Videira Hubert
Avitaillement : un métier invisible, une reconnaissance mondiale
À l’aéroport Félix-Éboué, on vient d’applaudir un camion. Le GPAR, qui ravitaille les avions au départ de Cayenne, a reçu le JIG Global Recognition Award 2026, une première aux Antilles-Guyane. Il accueille aussi un avitailleur hybride dont il n’existe que deux exemplaires au monde : l’un en Martinique, l’autre désormais en Guyane.
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Matoury, 17 septembre, 10 heures du matin. Sur le site du dépôt, pas un avion en vue. Seulement des ballons jaunes et verts, noués autour d’un camion flambant neuf. L’équipe est là, les partenaires aussi. On se croirait à un baptême. C’en est un. Avouons-le : dans un aéroport, on pense hublots, valises, décollages. Personne ne pense au carburant. Tout commence pourtant par lui. Derrière chaque départ, il y a le GPAR, pour Groupement pétrolier avitaillement Rochambeau, l’ancien nom de l’aéroport resté accroché au sigle comme un souvenir de famille. Ce groupement d’intérêt économique (GIE) réunit TotalEnergies et Rubis et compte seize salariés. Leur mission tient en une phrase : mettre du carburant dans les avions, en toute sécurité. « Notre activité, c’est aussi contribuer à sécuriser le vol », résume Frédéric Simonard, chef de dépôt depuis 2020.
Un camion hybride, du coup ?
Oui, et c’est toute l’affaire. Le concept a fait ses preuves à Aimé-Césaire, en Martinique, avant de traverser vers Matoury. « Aujourd’hui, dans le monde, il n’y a que ces deux exemplaires », glisse Frédéric Simonard, avec la fierté tranquille d’un collectionneur. Le nouveau venu rejoint une flotte de cinq véhicules, dont un camion-citerne de 18 000 litres et deux oléoserveurs.
Frédéric Simonard m’a sorti des mots un peu trop techniques, je vous fais la traduction : sur une piste, deux engins se partagent d’habitude le travail. Il y a d’abord l’avitailleur, un camion-citerne qui livre le carburant qu’il transporte. Il y a ensuite l’oléoserveur, qui puise directement dans le réseau enterré sous le tarmac pour remplir les gros-porteurs transatlantiques. Le nouveau venu fait les deux. Des automates font basculer ses vannes d’un mode à l’autre, et il sait même remplir sa propre citerne. « Une fois qu’il entre sur la piste, il peut faire tout type d’avions et y passer sa journée », confirme le chef de dépôt. Un seul opérateur à bord, et des systèmes interlock empêchent tout démarrage si un équipement n’est pas raccroché. En clair : un camion qui ne quitte plus la piste, et qui ne transige jamais avec la sécurité.
Une distinction, comme au Guide Michelin
Ce matin-là, le camion n’est pas seul à se faire applaudir. Au mur, une plaque est dévoilée. Si le camion est né en Martinique, la distinction, elle, est bien guyanaise : c’est le dépôt de Matoury que le Joint Inspection Group (JIG), l’organisme qui fixe les standards mondiaux de l’avitaillement, distingue. Pour cela, le GPAR a enchaîné trois inspections annuelles avec la meilleure notation. La distinction salue son engagement pour « la qualité, la sécurité et la performance opérationnelle ». « Comme pour le guide Michelin, chaque site récompensé reçoit une plaque », sourit Frédéric Simonard.
Pour Odile Licide, administratrice du groupement, ce prix « vient traduire l’engagement des équipes ». Il tombe à point nommé pour l’aéroport, repris par un nouveau gestionnaire et en quête de nouvelles compagnies. « Quand une compagnie vient sur une destination, elle veut savoir si le carburant sera de très bonne qualité », rappelle le chef de dépôt.
Une politique de formation au service de la performance
Cette excellence repose d’abord sur la formation et sur l’engagement des membres du GIE à faire vivre et transmettre les savoir-faire du métier. Au GPAR, cet engagement se traduit par la mise en place de formateurs internes FMA (Formation au métier de l’avitaillement), présents dans chacun des trois dépôts de Martinique, de Guyane et de Guadeloupe. Ces formateurs contribuent au maintien en compétence des opérateurs, avec l’appui technique de TotalEnergies et Rubis. Chaque année, les besoins sont recensés pour accompagner la montée en compétence des salariés, soft skills compris. Pour les formations externes, le groupement s’appuie également sur l’AKTO* Guyane, qui en finance une partie. « On a la chance de bénéficier des fonds de l’AKTO », se félicite Odile Licide, qui salue aussi des actionnaires « qui nous font confiance et qui nous permettent de continuer à nous moderniser ». Le camion fait deux métiers à la fois. Les équipes, elles, apprennent toute l’année.
* AKTO est un opérateur de compétences (OPCO). Agréés par l’État depuis la réforme de la formation professionnelle de 2018, ces organismes aident les entreprises à financer la formation de leurs salariés et l’apprentissage.
Un métier discret, des exigences bien réelles
Recruter dans l’avitaillement n’a rien d’évident. Le métier reste invisible pour le grand public et l’erreur n’y a pas sa place. « Le choix se base sur un CV technique, mais au-delà, ce sont les qualités humaines : répéter les gestes de sécurité sans jamais les contourner », détaille Frédéric Simonard. D’où l’importance de former les équipes en interne, en continu, pour suivre la montée en cadence de l’aéroport. Pour les jeunes Guyanais, cette filière discrète pourrait bien devenir une vocation.