Iguaflhor : de la graine à l’assiette
Au sein de l’Iguaflhor, Interprofession guadeloupéenne des fruits et légumes et de l’horticulture, des filières s’organisent afin de valoriser les fruits et légumes locaux. L’exemple du chou, avec la Sica les Alizés et la société Caraïbes Croc Saveurs.
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© Lou Denim
Iguaflhor : de la graine à l’assiette
Au sein de l’Iguaflhor, Interprofession guadeloupéenne des fruits et légumes et de l’horticulture, des filières s’organisent afin de valoriser les fruits et légumes locaux. L’exemple du chou, avec la Sica les Alizés et la société Caraïbes Croc Saveurs.
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Dans les hauteurs de Saint-Claude, Bernard Sinitambirivoutin s’est lancé dans la culture de crucifères depuis une dizaine d’années. D’abord le chou vert, puis le chou chinois ou chou Pak-Choï – à ne pas confondre avec le chou de Chine, autre nom du madère ou dachine en Martinique –, et aussi quelques essais en brocoli…
Producteur de fruits et légumes depuis près de 30 ans, ce dernier a rencontré des difficultés avec ses cultures de tomates, frappées par la maladie, « une bactérie dans le sol qui s’attaquait aux solanacées (famille dont fait partie la tomate, N.D.L.R.) », précise ce dernier. Contraint de revoir l’orientation de sa production, il opte pour le chou, « produit endémique du Sud Basse-Terre ».
« J’ai commencé en cultivant du chou vert sur de petites surfaces, afin de tester le marché », se souvient Bernard Sinitambirivoutin, adhérent au groupement de producteurs la Sica des Alizés. Il développe la production sur trois ans, jusqu’à atteindre un rythme de croisière.
De belles qualités gustatives
Les choux sont vendus bruts, dans les grandes et moyennes surfaces (GMS), ou bien transformés par la société Caraïbes Croc Saveurs, dirigée par Tony Mohamedaly. Depuis plus de 20 ans, l’entreprise saint-franciscaine propose des fruits et légumes prêts à consommer, à destination des professionnels et des particuliers.
« Les choux arrivent à l’atelier, où ils sont lavés, désinfectés, triés, épluchés, découpés et conditionnés », explique Tony Mohamedaly, qui transforme ainsi de nombreux fruits et légumes. Son produit phare : la salade prête à l’emploi livrée aux grandes chaînes de fast-food du territoire, collectivités et grandes surfaces. Mais l’agrotransformateur a aussi diversifié sa gamme de produits au fil du temps : igname, patate douce, madère, manioc, fruit à pain, concombre, courgette, papaye verte… et bien sûr le chou vert et le chou chinois produits par Bernard Sinitambirivoutin.
Livré à l’usine en provenance directe de Saint-Claude, « le chou vert local est très apprécié », note l’agrotransformateur. « Il est plus frais, moins dur et les clients ont tendance à le trouver meilleur, d’un point de vue gustatif, qu’un chou importé ».
Concernant le chou chinois ou chou Pak-Choï, s’il est apprécié, il gagnerait à être mieux connu. Conditionné par Caraïbes Croc Saveurs, il peut se conserver une dizaine de jours, mieux qu’une salade en sachet qui aura tendance à noircir. « Malheureusement, il n’est pas assez connu ici, en dehors de la communauté asiatique », déplore Tony Mohamedaly.
Quant au brocoli local frais, testé par Bernard Sinitambirivoutin, « il est exceptionnel », reconnaît le directeur de Caraïbes Croc Saveurs, mais sa production peine à se développer car il revient plus cher qu’un brocoli surgelé et importé. Et surtout, le brocoli doit être consommé rapidement une fois récolté. Les qualités de conservation, l’évolution du produit dans le temps selon le type de découpe sont autant de paramètres à prendre en compte avant de lancer un nouveau produit sur le marché.
Soutenir la production locale
C’est la raison pour laquelle l’agrotransformateur consacre trois à quatre mois à la réalisation d’une batterie de tests : « Il faut fixer la date limite de consommation la plus juste… » Ces tests ont par exemple permis de voir que le giraumon râpé est un produit fragile. « Nous ne le vendons qu’aux professionnels, car nous sommes sûrs qu’ils vont l’utiliser immédiatement. » Pour les grandes et moyennes surfaces, il est conditionné en cubes, car il se conserve beaucoup mieux sous cette forme.
En matière d’hygiène et de traçabilité, rien n’est laissé au hasard. Tous les acteurs de la chaîne ont à cœur de proposer aux consommateurs des produits locaux offrant les meilleures garanties en termes de qualité et de goût, et ce malgré les difficultés rencontrées.
Depuis l’interdiction de certaines molécules phytosanitaires, Bernard Sinitambirivoutin est en effet confronté à la teigne des crucifères. Ses rendements ont été divisés par deux. La seule solution est de faire pousser ses choux « sous serre ou sous protection de filets », ce qui représente un coût supplémentaire. Mais le producteur fait le pari de la qualité : « Notre priorité est de favoriser la production locale, et on espère que les consommateurs seront d’accord pour nous soutenir et continuer à acheter nos produits. »