CIRAD : De la recherche au champ, le défi de l’efficacité !

Les équipes du Cirad proposent, aux producteurs, des solutions concrètes issues de la recherche : innovations techniques, pratiques agricoles, expérimentations au champ, le soutien aux producteurs reste la priorité.

Saturnin Bruyère, ingénieur agronome spécialiste en agrumes et Barbara Hufnagel, chercheuse en génétique des agrumes © Lou Denim
Saturnin Bruyère, ingénieur agronome spécialiste en agrumes et Barbara Hufnagel, chercheuse en génétique des agrumes © Lou Denim

CIRAD : De la recherche au champ, le défi de l’efficacité !

Les équipes du Cirad proposent, aux producteurs, des solutions concrètes issues de la recherche : innovations techniques, pratiques agricoles, expérimentations au champ, le soutien aux producteurs reste la priorité.

Anne de Tarragon 

Au sein de l’unité AGAP, (amélioration génétique et adaptation des plantes) du Cirad, des chercheurs travaillent sur des plantes comme les agrumes ou l’igname : en laboratoire ou sur le terrain, ils testent variétés et pratiques, en collaboration avec des producteurs référents sur différents terroirs.

Sauver les agrumes !

Depuis 2012, la filière agrumes aux Antilles est touchée par le HLB, une maladie bactérienne, transmise par un insecte, le psylle. « Le HLB a provoqué une chute de 78 % de la production, indique Barbara Hufnagel, chercheuse généticienne, spécialisée dans les agrumes. Notre défi a été de sauver les agrumes et de relancer la filière. Nous avons pour cela établi une stratégie multifactorielle ».

La recherche génétique a permis, en croisant et combinant les qualités agronomiques de différentes espèces d’agrumes de créer de nouvelles variétés plus tolérantes au HLB. En parallèle, les chercheurs ont travaillé sur les pratiques agricoles/agronomiques pour apprendre à vivre avec cette maladie, impossible à éradiquer du fait de son mode de transmission. « Aujourd’hui, nous avons un itinéraire technique au point pour les limes. Une solution est en cours de développement pour de nouvelles variétés d’oranges. Ces pratiques sont proches de l’agroécologie, basée sur des tailles spécifiques, des fertilisations et des irrigations adaptées ».

En lien avec les producteurs

À long terme, un programme de recherche international vise une résistance plus forte : « en comprenant le mécanisme en jeu pour un agrume australien (le citron caviar) qui possède une résistance naturelle à l’HLB, on vise à pouvoir intégrer cette résistance à nos agrumes ».

Les chercheurs et techniciens du Cirad sont en lien étroit avec les organisations de producteurs, notamment l’Iguaflhor, pour leur proposer des solutions, co-construire un itinéraire technique adapté à chacun, en plus de l’itinéraire global. « Nous avons déjà des retours très positifs d’agriculteurs ayant testé ces variétés plus tolérantes et ces pratiques adaptées : on sait donc que ça marche. Les recherches se poursuivent pour accroître le niveau de tolérance des agrumes et la rentabilité pour le producteur. »

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Komivi Dossa, chercheur en génétique des ignames © Lou Denim

Le cas de l’igname

Komivi Dossa est chercheur généticien, spécialiste de la création variétale en igname. Cette culture vivrière qui fait partie de nos habitudes alimentaires connaît une forte demande. Pourtant la production locale chute. En cause : la concurrence d’une forte importation à des prix dérisoires, et la contamination des sols à la chlordécone qui rend certaines terres impropres et génère un sentiment de méfiance. « Nous disposons de variétés améliorées avec un bon rendement et une bonne résistance aux maladies, comme l’anthracnose, ce champignon qui attaque les feuilles et décime la plante, impactant lourdement les rendements. Le champignon mute, nous devons nous adapter et lutter en permanence. Nous visons également à développer des variétés présentant une valeur nutritionnelle améliorée ainsi que des qualités culinaires et organoleptiques supérieures. »

Défis techniques et humains

Parmi les défis : la production de semences. En effet il n’existe pas de pépinière pour multiplier et tenir à disposition des producteurs des semences de ces variétés améliorées. « Même si nous fournissons chaque année plus de 3 tonnes d’ignames aux producteurs de notre réseau, la quantité reçue par producteur reste relativement faible pour emblaver de grandes surfaces. Or le Cirad n’a pas vocation à multiplier des semences en gros volumes. L’IT2 (institut technique tropical) fait l’effort de multiplier les variétés du Cirad, pour la revente aux producteurs, mais cela ne suffit pas. On peaufine donc des protocoles pour inciter chaque producteur à mettre en place dans sa parcelle une unité dédiée à la production de semences. »

L’absence de structuration des producteurs en filière complique la diffusion et la transmission de l’information issue de la recherche. L’équipe du Cirad s’appuie sur l’expérience d’un réseau de 50 producteurs. Pourtant elle peine à atteindre l’ensemble des producteurs concernés. « L’engouement existe pour le produit de nos recherches mais il est indispensable d’avoir pour interlocuteurs une filière structurée, pour faire le lien entre la recherche et la production. »

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Citron caviar rose, origine Australie, station Roujol à Petit-Bourg ©Cirad