AMPI : Faire émerger l’industrie de demain

Depuis fin 2025, l’AMPI, association martiniquaise pour la promotion de l’industrie, a créé un statut inédit de « membre associé ». Objectif : accompagner une nouvelle génération d’entrepreneurs en voie d’industrialisation.

Charles Larcher, Edouard de Reynal, Shirley Billot, Valentin Lacroix © Jean-Albert Coopmann
Charles Larcher, Edouard de Reynal, Shirley Billot, Valentin Lacroix © Jean-Albert Coopmann

AMPI : Faire émerger l’industrie de demain

Depuis fin 2025, l’AMPI, association martiniquaise pour la promotion de l’industrie, a créé un statut inédit de « membre associé ». Objectif : accompagner une nouvelle génération d’entrepreneurs en voie d’industrialisation.

Sarah Balay

Ils développent déjà leur activité, mais n’ont pas encore franchi le cap de la production industrielle. C’est pour accompagner cette phase charnière que l’AMPI (association martiniquaise pour la promotion de l’industrie) a fait évoluer ses statuts fin 2025 en créant celui de membre associé.

« L’idée, c’est d’aider des industries naissantes ou celles qui ont la volonté de se développer à plus grande échelle », résume le président de l’association, Charles Larcher. Ni artisan au sens strict, ni industriel installé, ces profils – ils sont aujourd’hui au nombre de six – accèdent désormais à un premier niveau d’intégration.

Concrètement, l’AMPI leur ouvre ses ressources : mise en relation, visibilité, partage d’informations stratégiques, accompagnement sur les volets commerciaux ou marketing. « Ils bénéficient de notre réseau, de notre communication, mais aussi des éléments techniques et des contacts qui peuvent leur être utiles », poursuit Charles Larcher. Un appui précieux, notamment sur les enjeux d’investissement. Montage de dossiers, orientation vers des cabinets spécialisés, relais auprès des institutions, à l’échelle locale, nationale voire européenne. « Nous jouons en quelque sorte le rôle d’incubateurs des nouveaux venus dans l’industrie. »

Au-delà des parcours individuels, ces nouvelles trajectoires racontent une dynamique plus large. Souveraineté alimentaire, valorisation des déchets, innovation : les projets qui émergent s’inscrivent dans un contexte mondial qui pousse à produire autrement, et davantage localement. « Le développement de la Martinique se fera grâce à l’innovation. Et l’industrie a évidemment toute sa place dans cette évolution », conclut le président.

Un enjeu aussi économique et social. Car derrière l’outil industriel, il y a l’emploi – souvent qualifié. « La moyenne des rémunérations dans l’industrie martiniquaise est supérieure de 30 % de celle observée au niveau national », rappelle-t-il. De quoi peser, à terme, sur le pouvoir d’achat et contribuer à la lutte contre la vie chère.

« L'idée, c'est d'aider des industries naissantes ou celles qui ont la volonté de se développer à plus grande échelle »

Charles Larcher, Président de l'AMPI Martinique 
Shirley Billot, fondatrice de la startup SHB Biotech © Jean-Albert Coopmann

SHB BIOTECH, parier sur la chimie verte

« Devenir primo industriel en Martinique, c’est difficile. On part de rien, il faut tout construire. » Shirley Billot, entrepreneure multifacettes, s’impose pourtant comme une pionnière de l’industrie locale dans le secteur technologique. Elle porte un projet clair : faire émerger depuis la Martinique une industrie de chimie verte innovante capable de se positionner sur des marchés mondiaux. Avec SHB Biotech, elle travaille sur l’éco-extraction de molécules issues du bananier pour des applications à forte valeur ajoutée dans la cosmétique, l’alimentaire et la nutraceutique.

Au départ, il y a eu la recherche, puis un premier démonstrateur avec la marque Kadalys (produits de soins à base de banane). « C’était une première étape pour prouver qu’il y avait un marché et un savoir-faire. » Aujourd’hui, le projet entre dans une phase décisive : la construction d’une usine au Robert (appel à projet Cap Nord Martinique). Lauréate du dispositif « Première usine » de France 2030, soutenue par un écosystème national et engagée dans une levée de fonds, l’entreprise finalise son plan de financement. Shirley mise sur un démarrage progressif à l’horizon 2028, 30 à 40 emplois créés, et un site ouvert au public pour découvrir la chimie verte à travers tourisme et formation.

« Certains estiment ce projet trop ambitieux pour la Martinique. Je pense surtout que si l’on veut exister, il faut se positionner sur l’innovation et la technologie. On ne pourra jamais rivaliser sur les coûts, mais on peut être meilleur sur la valeur. C’est pourquoi, nous remercions l’AMPI pour son soutien. »

Le chemin reste exigeant : convaincre, financer, structurer, souvent dans un environnement sceptique. Pas de quoi faire peur à Shirley Billot : « Il faut être passionné pour faire de l’industrie ici. Mais surtout, il faut oser croire en son territoire. »

Edouard de Reynal, fondateur de Happy fruits © Jean-Albert Coopmann

HAPPYFRUITS, structurer une filière à partir des invendus

Depuis 2021 l’entreprise Happy Fruits transforme des bananes locales en fruits séchés, sans sucres ajoutés, ni conservateur. Derrière ce projet : Édouard de Reynal, qui découvre le concept en Inde, en plein COVID, après plusieurs mois bloqué sur place. « J’ai vu des gens préparer des fruits séchés et je me suis dit : c’est ça que je veux faire. »

De retour en Martinique, il teste, puis se lance, encouragé par ses proches. Le modèle repose sur une idée simple : valoriser des fruits écartés du circuit classique. Chaque semaine, plusieurs tonnes de bananes, non calibrées, jugées invendables, sont jetées. « Ce sont les meilleures bananes, mais personne n’en veut. Moi, c’est ma matière première. »

« Il faut juste commencer quelque part » 

Edouard de Reynal , Fondateur de Happy Fruits

Aujourd’hui, il en récupère environ deux tonnes par semaine, qu’il fait mûrir dans sa propre mûrisserie installée dans des containers, avant de les transformer. À la clé : près de 1 200 sachets de 115 g produits, distribués en grandes, petites et moyennes surfaces, mais aussi en magasins de sport et lieux touristiques. Derrière cette dynamique, le modèle reste toutefois fragile : machines, investissements, absence de rémunération.

Happy Fruits avance donc pas à pas, en consolidant ses bases et en ouvrant de nouvelles perspectives : ananas séché, réflexion autour de l’abricot pays, valorisation des coproduits. Plusieurs tonnes de peaux de bananes pourraient être transformées en engrais naturels, une piste encore en test. Au fil du projet, une conviction s’impose : « Il y a énormément de choses à faire ici. On a des déchets, des ressources, des idées. Il faut juste commencer quelque part et après ça ouvre d’autres portes. Adhérer à l’AMPI est toujours un plus ».

Valentin Lacroix, fondateur de Emerwall © Jean-Albert Coopmann

EMERWALL, de la bagasse à l’industrie locale

À partir d’un résidu agricole, Emerwall construit un véritable projet industriel. Fondée en 2021 par un petit groupe d’ingénieurs, aujourd’hui au nombre de trois – Valentin Lacroix, Louis Frigaux et Quentin Godinot – la jeune entreprise martiniquaise transforme la bagasse de canne à sucre en matériaux isolants thermiques et acoustiques, pensés pour les réalités climatiques des Antilles-Guyane.

Après plusieurs années consacrées à la R & D, l’entreprise entre aujourd’hui dans une phase charnière : ouverture du capital, structuration financière, adhésion à l’AMPI et acquisition du foncier. Tout converge vers un objectif clair, l’industrialisation, avec une ligne de production pensée pour desservir la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane d’ici 2027/2028. Un cap ambitieux, à la hauteur d’un projet estimé à près de 5 millions d’euros, avec, à la clé, la création d’une dizaine d’emplois.

En attendant, Emerwall mise sur la démonstration à petite échelle. Il produit déjà et livre en petite quantité sur les trois territoires tout en affinant son modèle : logistique, formation des poseurs, recyclage des chutes, retours d’expériences, et structuration de la filière. Une montée en puissance progressive, mais nécessaire. « C’est plus dur ici, forcément, explique Valentin Lacroix. Nous sommes sur des marchés étroits, avec toutes les contraintes de l’insularité. Mais en même temps cela nous pousse à être extrêmement optimisé, à comprendre en profondeur notre environnement. »