Jennifer Galap : n’ayez pas peur !

Son histoire familiale, son combat pour la prévention, son regard sur les femmes et la santé : Jennifer Galap, la marraine des Foulées du Ruban Rose, se confie.

Animatrice, productrice de télévision et de radio, Jennifer Galap est un visage bien connu de la prévention santé. © Aubane Nesty
Animatrice, productrice de télévision et de radio, Jennifer Galap est un visage bien connu de la prévention santé. © Aubane Nesty

Jennifer Galap : n’ayez pas peur !

Son histoire familiale, son combat pour la prévention, son regard sur les femmes et la santé : Jennifer Galap, la marraine des Foulées du Ruban Rose, se confie.

Malika roux

Quand on vous a proposé d’être la marraine des Foulées du Ruban Rose, quel a été votre tout premier sentiment ?

J’ai d’abord été touchée, puis très honorée de pouvoir participer à un tel événement qui réunit, chaque année, de plus en plus de monde pour une cause aussi importante. À 35 ans, je suis très fière de pouvoir incarner cette manifestation et, surtout, très impatiente d’y être ! Et puis, cette cause me touche personnellement. Ma maman a eu un cancer gynécologique. Je me souviens d’elle participant à des marches, vêtue d’un tee-shirt rose. Alors, forcément, il y a beaucoup d’émotion…

Vous avez dédié une partie de votre carrière à la santé et à la prévention*. Pourquoi le cancer du sein vous semble-t-il être un combat particulièrement important à porter aujourd’hui ?

Parce que si les choses avancent, c’est aussi grâce à ce type d’actions, grâce aux militantes qui se mobilisent pour récolter des fonds. Et puis, à mon âge, la prévention doit être un réflexe : être attentive à son corps, avoir un suivi médical, connaître les gestes de prévention. Alors, utiliser ma notoriété pour faire cette petite piqûre de rappel, je trouve que c’est important.
*Jennifer Galap a présenté l’émission 1.2.3. Santé ! sur Guadeloupe La 1ère.

Est-ce que, dans votre parcours professionnel, une rencontre avec une femme touchée par le cancer a changé votre regard sur cette maladie ?

J’aurais du mal à citer une seule personne parce que toutes m’ont touchée. Je suis très proche des Amazones que j’ai rencontrées aussi bien dans le cadre du travail que pour ma maman. Je les trouve admirables. Elles sont tellement fortes et courageuses. Elles arrivent à trouver l’énergie de se battre pour les autres. Mais, évidemment, celle qui m’a le plus touchée, c’est ma mère. Je l’ai accompagnée dans la maladie. Elle avait un cancer des ovaires.

Les autres cancers féminins, comme celui de l’ovaire, restent-ils trop peu connus selon vous ?

Il existe bien un mois dédié aux cancers gynécologiques, avec Septembre Turquoise. Mais, effectivement, on en parle beaucoup moins. Le cancer des ovaires est encore très peu connu. C’est un cancer très difficile à détecter, très sournois, parce que les symptômes peuvent être imperceptibles au début. Il y a donc encore beaucoup de travail de sensibilisation à faire autour des cancers féminins en général.

Avons-nous encore parfois du mal à parler du cancer du sein ?

Je pense qu’on a de moins en moins de mal à en parler entre femmes. Il reste en revanche un vrai travail à faire auprès des hommes ! C’est pour cela que je suis très heureuse d’être marraine aux côtés de mon compagnon (le journaliste Harry Roselmack, NDLR) qui est le parrain. C’est important d’impliquer les hommes. Pour certains, c’est encore un sujet délicat. Ça peut leur faire peur, ça touche à la féminité, à l’intimité. J’ai des copines qui ont demandé à leur compagnon de leur palper les seins pour vérifier s’il y avait une boule. Et certaines ont eu comme réponse : « Non, va voir le médecin, je ne veux pas toucher à ça. » J’aimerais que cette année, aux Foulées du Ruban Rose, il y ait autant d’hommes que de femmes. Parce que les hommes doivent, eux aussi, soutenir cette cause. Et pas uniquement lorsqu’une femme de leur entourage est concernée.

Vous êtes aujourd’hui un visage de la prévention. Êtes-vous vous-même toujours exemplaire lorsqu’il s’agit de prendre soin de votre santé ? Ou avez-vous tendance à dire « je le ferai plus tard » ?

J’étais comme ça… jusqu’à ce que ma mère disparaisse et que je devienne maman à mon tour. Ces deux événements m’ont fait prendre conscience de l’importance de suivre sa santé de très près. Ma mère avait pourtant un suivi régulier. Son cancer, diagnostiqué tôt, est passé en six mois au stade 4. Elle s’est battue pendant neuf ans et ces neuf années de vie supplémentaires, elle les doit aussi à sa prise en charge et à son suivi. Et puis, quand on devient maman, on a aussi cette responsabilité d’être présente le plus longtemps possible pour ses enfants. Prendre soin de soi, c’est aussi une façon de prendre soin d’eux.

Avez-vous déjà fait une mammographie ? Avez-vous eu peur ?

Je n’ai pas du tout eu peur. On en avait parlé avec ma mère. C’est au sein des familles qu’il faut libérer la parole. Ma mère m’avait expliqué comment ça se passait et elle m’avait rassurée. Elle m’avait dit : « Ce n’est rien du tout ! » On entend parfois tellement de choses sur la mammographie qu’on imagine que ça va être insupportable. 

Est-ce que la palpation fait partie de vos réflexes de prévention ?

Oui, je le fais régulièrement devant mon miroir. J’ai participé à un atelier avec les Amazones. Elles avaient apporté une poitrine en silicone et montré comment palper les seins. Je trouve important que les femmes connaissent leur corps et sachent repérer un changement inhabituel.

Est-ce que le fait d’être en bonne santé, d’être active, d’être sportive, peut donner l’impression qu’on n’est pas concerné par le cancer ?

Oui, je pense que c’est le cas pour beaucoup de personnes. Quand on est active, qu’on se sent bien, la maladie paraît très loin. On se dit que ça ne pourra jamais nous arriver. Mais ma mère était en pleine santé, elle était sportive, tout allait bien… et pourtant. Ça ne doit donc pas nous éloigner du suivi médical ni des examens recommandés. J’ai aussi beaucoup d’amis qui se disent : « Plus j’y pense, plus je vais avoir le cancer. » Mais non, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne !

Vous avez été une grande sportive ; le sport vous a-t-il appris l’importance d’écouter son corps ?

Oui. Ma carrière d’escrimeuse de haut niveau s’est arrêtée sur une blessure. J’avais à peine 19 ans. À cet âge-là, je rêvais des Jeux olympiques, j’étais en Pôle France… Et puis, d’un coup, une blessure et tout s’arrête. Forcément, ça fait gagner en maturité. Ça fait surtout prendre conscience de l’importance de la santé. On peut avoir beaucoup de projets et de rêves, et tout peut s’arrêter très vite. Aujourd’hui, j’ai arrêté l’escrime et je vais en salle de sport. Avec ma vie professionnelle, ce serait impossible de retrouver le rythme que j’avais avant.

On demande souvent aux femmes de prendre soin de leurs enfants, de leur conjoint, de leurs parents. Leur apprend-on à prendre soin d’elles-mêmes ?

Non. La preuve : sur les réseaux sociaux, les comptes dédiés au bien-être, les espaces de parole, les coachs se multiplient… Souvent, la prise de conscience arrive tard lorsqu’il s’agit de prendre soin de soi en tant que femme. En revanche, je trouve qu’il y a une vraie évolution. J’ai des belles-filles de 18 et 19 ans, et je vois bien que leur vision des choses est très différente de celle que j’avais à leur âge. Elles sont plus informées. Elles pensent davantage à elles. Je trouve que c’est une évolution positive. J’essaie aussi de transmettre cela à ma fille au quotidien. Ça commence très tôt.

Le rôle des parents est-il essentiel ?

Bien sûr. Une petite fille regarde sa maman agir. Si elle voit sa mère prendre soin d’elle, aller chez le médecin, lui expliquer pourquoi elle fait tel ou tel examen, toutes ces choses s’intègrent naturellement dans son rapport à son propre corps. À notre époque, ces sujets étaient beaucoup plus tabous. Nos parents ne nous parlaient pas forcément de leurs problèmes de santé. 

Quelle phrase aimeriez-vous que les femmes retiennent de cette interview ?

Je dirais : la vie vaut le coup d’être pleinement vécue. Pour pouvoir la savourer à fond avec sa famille et ses proches, il est essentiel de prendre soin de sa santé, ou en tout cas de tout faire pour optimiser son état de santé. Évidemment, ce n’est pas parce qu’on fait tout bien qu’on est protégé de tout. Si demain on a un cancer, il faudra alors se battre, et ce sera dur. Mais il faut se donner toutes les chances. Et cela passe par la prévention, par un suivi médical adapté, par le fait d’être attentive à son corps, et aussi d’écouter les personnes qui nous entourent lorsqu’elles nous alertent. J’ai fait beaucoup plus qu’une phrase !
Et vous messieurs, ne détournez pas le regard. Quand vous regardez une femme dans les yeux, regardez-la vraiment. Regardez-la dans sa globalité. Sa santé, son bien-être, ce qu’elle traverse… N’ayez pas peur.