Lauriane Boutant Jaubert : « Le kiné a un rôle crucial de prévention »

Lauriane Boutant Jaubert est masseur-kinésithérapeute et ostéopathe. Avec ses patients de plus de 50 ans, elle mise sur l’écoute, le mouvement adapté et la prévention, avec un objectif clair : préserver l’autonomie.

Lauriane Boutant Jaubert masseur-kinésithérapeute et ostéopathe © Jean-Albert Coopmann
Lauriane Boutant Jaubert masseur-kinésithérapeute et ostéopathe © Jean-Albert Coopmann

Lauriane Boutant Jaubert : « Le kiné a un rôle crucial de prévention »

Lauriane Boutant Jaubert est masseur-kinésithérapeute et ostéopathe. Avec ses patients de plus de 50 ans, elle mise sur l’écoute, le mouvement adapté et la prévention, avec un objectif clair : préserver l’autonomie.

Adeline Louault

Comment votre vocation est-elle née ?

Passionnée par les sciences et le corps humain, j’ai d’abord entrepris des études de médecine avant de m’orienter vers la masso-kinésithérapie. J’ai été attirée par la proximité avec le patient et l’impact concret que l’on peut avoir sur sa qualité de vie. Formée à l’École nationale de kinésithérapie et de rééducation (ENKRE) de l’Hôpital national de Saint-Maurice via les Staps, où j’ai été major de promotion, j’ai ensuite poursuivi avec un master consacré au vieillissement et au handicap, puis une formation intensive en ostéopathie à Vichy afin d’élargir encore ma compréhension du corps et du mouvement.

Pourquoi avoir ajouté l’ostéopathie à votre formation ?

La kinésithérapie permet une prise en charge précise, fondée sur le bilan, la fonction, le mouvement et la rééducation. Mais j’ai très vite ressenti le besoin d’élargir cette lecture clinique. Un patient ne se résume pas à une articulation. L’ostéopathie m’a permis d’affiner cette approche globale, de mieux comprendre les restrictions de mobilité, les compensations et les déséquilibres qui entretiennent certaines douleurs. Pour moi, les deux disciplines sont complémentaires : la kinésithérapie structure la réadaptation fonctionnelle, tandis que l’ostéopathie aide à redonner de la mobilité et à préparer le corps à une rééducation plus cohérente et durable.

Quel regard portez-vous sur vos patients de plus de 50 ans ?

À partir de 50 ans, le corps envoie des signaux qu’il ne faut pas banaliser : douleurs, perte de mobilité, fatigue à l’effort… Trop souvent, les patients pensent que « c’est l’âge ». Or, c’est plutôt la sédentarité ou une prise en charge trop tardive qu’il faut incriminer. En Martinique, où les 60 ans et plus représentent 35,7 % de la population en 2026, cet enjeu est majeur. Et lorsque l’on sait que 45 % des seniors vivant à domicile aux Antilles déclarent des restrictions dans leurs activités quotidiennes et que 11 % sont déjà en situation de perte d’autonomie, on comprend que notre rôle va bien au-delà du traitement de la douleur : il s’agit de préserver la fonction, le mouvement et l’autonomie, le plus tôt possible.

Faut-il une approche spécifique pour bien accompagner une personne d’âge avancé ?

La formation donne des bases techniques solides, mais, en pratique, cela ne suffit pas. On n’accompagne pas seulement une douleur ou une perte d’équilibre, on accompagne une personne avec son histoire, ses habitudes et parfois sa peur de perdre sa place dans son propre quotidien. Il faut comprendre ce qu’elle ne parvient plus à faire, puis construire avec elle des objectifs réalistes, progressifs et motivants. La prise en charge doit restaurer la fonction, mais aussi la confiance. Il ne faut jamais mettre un senior en situation d’échec.

La dimension collective et sociale a-t-elle aussi son importance ?

Absolument. Nous proposons des séances de gym adaptée en petits groupes, notamment sur chaise, autour de trois axes essentiels : la force, l’équilibre et la mobilité. Mais au-delà du bénéfice fonctionnel, ces séances créent aussi du lien. Chez les seniors, l’isolement est un facteur majeur de fragilité. Ces rendez-vous deviennent un repère dans la semaine et une routine bénéfique. En prévention, ce sont souvent la régularité et l’adhésion dans la durée qui font la différence.

Vous évoquez le concept de « sport santé ». Pourquoi est-il si important ?

Le mouvement est, pour moi, le soin numéro un. On croit parfois qu’avec l’âge, le repos s’impose, or c’est souvent l’inverse. La Martinique cumule une population vieillissante et une forte prévalence de maladies chroniques. L’activité physique adaptée est donc l’une des réponses les plus efficaces et les plus durables. Et nous avons ici un atout formidable : la mer, accessible toute l’année. La marche, les exercices en milieu aquatique ou la natation peuvent devenir de véritables leviers de prévention et de maintien de l’autonomie.

Vous prônez une approche globale. Pourquoi ?

C’est le sens profond de ce que nous faisons : traiter la personne dans sa globalité, pas seulement son symptôme. Au cabinet, en complément de la kinésithérapie et de l’ostéopathie, nous proposons notamment sophrologie, hypnothérapie, yoga et massages. Beaucoup de seniors portent un stress important, des préoccupations familiales, une crainte de devenir dépendants. Ces approches permettent aussi de les soulager. Et puis il y a des sujets encore tabous, comme la rééducation périnéale. Incontinence ou troubles sexuels ne sont pas des fatalités après 50 ans : ce sont des problématiques qui peuvent être prises en charge.

Y a-t-il des choses que vous aimeriez voir changer dans votre métier ?

J’aimerais que l’on reconnaisse pleinement notre rôle en prévention et coordination. Nous savons combien l’absence de mobilisation, de stimulation fonctionnelle et d’accompagnement précoce peut accélérer la perte d’autonomie. Nous devons intervenir en amont, pas seulement après la chute ou lorsque la dépendance est déjà installée. Le kinésithérapeute est un maillon essentiel du bien-vieillir et du bien-vivre. C’est aussi dans cette logique que j’ai créé « Ma Famille en Bonne Santé », un label réseau réunissant des professionnels autour d’une charte qualité, pour proposer une prise en charge plus coordonnée, plus préventive du patient.

Un message pour les jeunes qui hésitent à se lancer dans le métier ?

C’est un métier d’expertise, d’engagement et d’utilité. J’ai l’habitude de dire à mes stagiaires qu’ils vont impacter concrètement la vie de quelqu’un : l’aider à éliminer sa douleur, retrouver plus de mobilité, plus d’autonomie et plus de confiance. Quand un patient vous dit qu’il marche de nouveau, qu’il respire mieux ou qu’il reprend une activité qu’il croyait perdue, c’est une récompense immense et une satisfaction personnelle. 

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« Quand un patient vous dit qu'il marche de nouveau ou qu'il respire mieux, c'est une immense récompense. »

Lauriane Boutant Jaubert, masseur-kinésithérapeute et ostéopathe

Parcours express

2011
Diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute – Hôpital national de Saint-Maurice

2012
Master Vieillissement, Handicap : Mouvement et Adaptation – Université Paris-Sud

2013
Diplôme d’ostéopathe – IFSO, Hôpital de Vichy

2020
Création d’un centre de soins pluridisciplinaire en Martinique (Centre LBJ)

2023
Développement d’un parcours de soins senior

2026
Lancement du réseau professionnel « Ma Famille en Bonne Santé »