Lionel René-Corail : « Le rôle du kiné dépasse celui de simple soignant »
Après ses études en Martinique, Lionel René-Corail a fait le choix de revenir exercer en Guyane, chez lui, où le manque de kinésithérapeutes se fait fortement sentir. Un engagement personnel au service d’un métier essentiel.
© Ronan Lietar
Lionel René-Corail : « Le rôle du kiné dépasse celui de simple soignant »
Après ses études en Martinique, Lionel René-Corail a fait le choix de revenir exercer en Guyane, chez lui, où le manque de kinésithérapeutes se fait fortement sentir. Un engagement personnel au service d’un métier essentiel.
Comment êtes-vous devenu kinésithérapeute ?
J’ai toujours su que je voulais travailler dans le milieu de la santé, dans l’aide à la personne, mais j’hésitais entre plusieurs métiers : infirmier, médecin, pompier… La kinésithérapie ne m’était jamais venue à l’esprit. En discutant avec un cousin étudiant en kiné qui faisait son stage en Guyane, c’est devenu une évidence. Je me suis dit : « C’est ça, c’est ce que je vais faire. » J’ai donc entamé mes études de kiné en Martinique.
Pourquoi être revenu exercer en Guyane ?
Après mon diplôme, j’ai fait un remplacement de deux semaines en Martinique, puis je suis rentré tout de suite. La Guyane, c’est chez moi, et je voulais apporter ma pierre à l’édifice. Je ne me voyais pas commencer ma carrière ailleurs. J’avais besoin de mettre mes compétences au service de mon pays, pour contribuer à son développement. Aujourd’hui, j’en suis très fier.
Justement, quelles sont les compétences essentielles pour exercer ce métier ?
Il faut avant tout être disponible pour ses patients. Sans cela, on ne peut rien faire. Il faut aussi être empathique et faire preuve d’humilité, parce qu’on accompagne souvent des personnes qui vivent des situations complexes. Le rôle du kiné dépasse souvent celui du simple soignant. Comme les infirmiers, nous aidons parfois les patients dans leur quotidien, notamment lors des soins à domicile. Par exemple, certaines personnes âgées me demandent de les accompagner faire leurs courses parce qu’elles craignent d’y aller seules. On est aussi là pour ça. Il faut aussi être en forme physiquement, car on soulève des patients, on fait des transferts, et les journées sont longues. Enfin, il ne faut pas avoir peur du travail. Il y a énormément de demandes et il ne faut pas craindre l’investissement personnel.
Il faut être à l’écoute. Il faut savoir entendre leurs douleurs, leurs maux, pour ne pas passer à côté de pathologies.
Vous évoquez le grand nombre de demandes et pourtant, il y a très peu de kinésithérapeutes en Guyane. Comment expliquez-vous ce manque de professionnels sur le territoire ?
Comme dans beaucoup de secteurs, la Guyane n’attire pas forcément. Il y a encore cette image négative d’un territoire où il n’y a rien, alors qu’il y a énormément de choses à faire. Le manque de kinés vient aussi de l’absence d’une école sur place. En Martinique, comme ils ont leur école, les étudiants restent plus facilement travailler chez eux. La création du CHU est déjà une bonne chose, mais il faudrait une école de kiné localement pour donner envie à plus de jeunes de se lancer. Aujourd’hui, nous sommes environ une centaine de kinésithérapeutes en Guyane, et ce n’est clairement pas suffisant.
Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de votre profession ?
La première, c’est le manque de formations sur place. Il y a très peu d’organismes qui se déplacent en Guyane. Nous sommes souvent obligés de partir à nos frais aux Antilles ou dans l’Hexagone pour continuer à nous former, ce qui représente un coût énorme. Il y a aussi l’acheminement du matériel, très cher ici. Et comme nous ne sommes pas assez nombreux, nous sommes souvent débordés. Il y a énormément de demandes et les gens ne comprennent pas toujours quand on leur dit qu’on n’a pas de place.
Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier, malgré les contraintes ?
Ce que j’aime le plus, c’est le contact humain. On rencontre des personnes très différentes, avec des parcours de vie variés. J’aime aussi le fait que les journées ne se ressemblent jamais. Surtout, il y a cette dimension sociale : aider des personnes dans le besoin, créer du lien, accompagner. Voir l’évolution des patients est extrêmement gratifiant. Parfois, ils doutent de leurs capacités, puis réalisent qu’ils peuvent retrouver leur autonomie. C’est très valorisant.
Beaucoup de gens pensent que votre métier se résume à faire des massages. En quoi consiste réellement votre travail ?
Le mot « kinésithérapie » se divise en deux : « kiné », le mouvement, et « thérapie », le soin. La kinésithérapie, c’est donc le soin par le mouvement. Le massage n’est qu’une technique parmi beaucoup d’autres. La majorité des patients viennent surtout pour bouger, pour faire des exercices actifs. Bien sûr, selon les pathologies, on peut utiliser le massage, mais les études récentes montrent qu’il agit surtout à court terme sur la douleur. Le cœur du métier reste donc le mouvement.
Pouvez-vous nous décrire une journée type ?
J’accueille principalement les patients de 7 heures à 17/18 heures, avec un patient environ toutes les demi-heures. Je vois des cas très variés : séquelles neurologiques, fractures, entorses, rééducation post-opératoire… J’exerce aussi à domicile, surtout auprès de personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer. L’objectif est d’éviter qu’elles restent alitées ou assises toute la journée, et de les faire bouger. C’est un métier très varié. On peut travailler en cabinet, à domicile, dans des clubs sportifs, en Ehpad ou dans des centres spécialisés.
La prise en charge change-t-elle selon l’âge ?
Oui, bien sûr. On peut suivre des nourrissons, par exemple pour de la kiné respiratoire, comme des patients centenaires. La prise en charge n’est jamais standardisée. On n’utilise pas les mêmes exercices ni la même intensité selon l’âge, mais aussi selon la pathologie. Tout dépend de la personne.
« La kinésithérapie, c’est le soin par le mouvement. »
Travailler avec des seniors demande-t-il des compétences particulières ?
Il faut être encore plus à l’écoute. Il faut savoir entendre leurs douleurs, leurs maux, pour ne pas passer à côté d’autres pathologies. Il ne faut pas hésiter non plus à travailler en équipe avec les infirmières, les médecins, les podologues, les ostéopathes… On ne travaille jamais seul. Le patient doit être entouré d’une équipe pluridisciplinaire pour être pris en charge au mieux.
Les personnes âgées consultent-elles plus souvent quand elles ont mal ?
Non, pas forcément. Certaines viennent simplement pour faire de l’activité physique adaptée. Si elles restaient chez elles, elles seraient souvent assises ou allongées toute la journée. J’ai par exemple une patiente de 96 ans qui est super en forme, avec qui on joue presque au handball dans le cabinet (rires). Le sport, c’est la vie. Bouger, c’est la vie. Le corps est fait pour bouger.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut devenir kiné ?
Je lui dirais de persévérer. Je n’étais pas le premier à l’école, pas le meilleur, mes parents n’avaient pas énormément de moyens. Mais aujourd’hui, je suis fier de ce que j’ai accompli. Il ne faut pas avoir peur du travail. Accéder aux études de kiné n’est pas facile. Le concours de médecine est exigeant et demande beaucoup de rigueur. Il faut foncer, y croire et ne pas abandonner. En Guyane, on a besoin de kinés. Il y a du travail, c’est un métier d’avenir, un métier indispensable, un métier incroyable !