Marvyn Martol, un homme d’action !
S’engager pour les autres est pour lui une évidence. Une disposition qui guide Marvyn Martol, tant dans ses responsabilités de président du syndicat des kinésithérapeutes de la Guadeloupe, que dans son quotidien de praticien.
Marvyn Martol, président du syndicat des kinésithérapeutes de la Guadeloupe © Lou Denim
Marvyn Martol, un homme d’action !
S’engager pour les autres est pour lui une évidence. Une disposition qui guide Marvyn Martol, tant dans ses responsabilités de président du syndicat des kinésithérapeutes de la Guadeloupe, que dans son quotidien de praticien.
Devenir kinésithérapeute, c’était une vocation ?
Non, plutôt le résultat d’un concours de circonstances ! Une blessure m’a éloigné des terrains de basket, mais rapproché de la kinésithérapie, pour une rééducation qui a finalement été une révélation : ce métier me permettait de rester en contact avec ma passion. Grâce aux stages pendant ma formation, j’ai découvert que la kinésithérapie accompagne le patient de la naissance à la fin de vie. C’est un très beau métier, qui touche à l’humain, au corps et à l’esprit : on ne soigne pas une pathologie, mais une personne. Quand elle accepte que vous la touchiez, c’est qu’une relation de confiance s’est établie. Le patient se livre. On examine son environnement, qui peut être responsable de ses maux. Parce que souvent, le corps exprime des douleurs en lien avec d’autres problématiques.
Y a-t-il des personnes qui ont joué un rôle déterminant dans votre parcours ?
Oui. Je pense à Rodrigue Rugard, une force tranquille, un pionnier de la kinésithérapie en Guadeloupe, avec qui j’ai débuté. J’ai été son patient quand je pratiquais du sport. Son exemple a été éclairant. Dans l’Hexagone, mon professeur Jean-François Teramorsi a aussi été un personnage marquant. Il associait aux techniques de thérapie manuelle un volet plus spirituel. Son approche du patient, dans le ressenti et l’intention, était bluffante. Incontestablement, il m’a ouvert des horizons.
« On ne soigne pas une pathologie, mais une personne. »
Votre métier vous donne-t-il toujours envie de vous lever le matin ?
Oui, toujours ! J’ai commencé par une activité mixte hôpital/cabinet. En 2016, j’ai choisi d’être complètement en cabinet. Je ressens une immense satisfaction lorsqu’un patient qui ne marchait pas y arrive à la fin des soins. Les problématiques posées par les patients demandent un renouvellement permanent. Répondre au mieux à leurs besoins me pousse à acquérir d’autres techniques, en complément de la kinésithérapie pure. Tous les jours, c’est un challenge de pouvoir soulager les douleurs des uns et des autres.
Y a-t-il un autre métier que vous auriez aimé faire ?
Même si je suis plutôt de formation scientifique, j’ai toujours apprécié le métier d’avocat ou de juge, peut-être parce que je déteste l’injustice. Des métiers au contact des autres, pour défendre les plus fragiles, en mobilisant des qualités humaines, voilà ce qui me convient !
Quelles sont les qualités pour être un bon kinésithérapeute ?
J’accepte toujours d’accueillir au cabinet des stagiaires de collège, car je suis attaché à la transmission, et conscient de la nécessité d’intéresser le public à la profession. La première chose que je leur dis : si vous n’aimez pas les gens, le contact humain, ne faites pas ce métier, car vous ne serez pas heureux et pour pouvoir faire du bien à un patient, il faut soi-même être bien.
En quoi la prise en charge du grand âge est-elle spécifique ?
Déjà parce que pour certaines personnes âgées, le rendez-vous chez le kiné est la seule sortie de la journée. Les soins d’accompagnement des seniors requièrent non seulement des capacités d’écoute, mais aussi la volonté de leur accorder du temps, avec bienveillance, mais aussi pédagogie. Avoir les mots justes pour être compris, expliquer simplement, vulgariser, rassurer, ne pas hésiter à parler créole. Le rapport humain prend toute son importance. Entre autres spécialisations, je me suis formé en gériatrie. Je mets l’accent sur la prévention des chutes, l’activité physique adaptée, les soins palliatifs et la prise en charge de toutes les maladies qui se développent avec le grand âge… mais aussi les séquelles d’AVC, la post-chimio, le postopératoire. À chaque fois, la kinésithérapie est là.
Les soins de kinésithérapie ont-ils évolué ces dernières années ?
Oui, aujourd’hui le soin a changé, il nécessite une prise en charge personnalisée. Pour répondre aux attentes des patients (et pas seulement des seniors), il faut leur consacrer du temps. C’est très difficile dans les conditions financières actuelles d’exercice de la profession. En tant que président du syndicat des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs de la Guadeloupe (FFMKR), je milite pour une valorisation de notre profession par les pouvoirs publics et cela passe par une meilleure rémunération des actes. De plus en plus, les gens ont besoin de se confier, besoin d’être entendus, je ressens vraiment cette fragilité émotionnelle. Sur les réseaux sociaux, on est à la fois très visible et toujours plus seul, et dans la maladie ça prend d’énormes proportions. Paradoxalement, les personnes âgées ont un côté résilient, cette faculté à toujours voir le bon côté des choses, à résister, à lutter.
Quelles qualités vous reconnaissez-vous ?
Depuis plus de quinze ans, je m’efforce de faire don de mon temps et de mon énergie à des associations humanitaires. Je peux dire que je suis quelqu’un d’engagé ! J’aime mon pays, je vois ses difficultés, ça m’incite à porter des actions. Lorsqu’on est dans la dynamique de donner, on reçoit beaucoup. Mon caractère me pousse à toujours aller de l’avant, avec un regard positif, optimiste. Lorsque Irma a frappé Saint-Martin, j’ai fermé mon cabinet pendant dix jours pour faire des collectes et envoyer des colis aux sinistrés. Depuis cinq ans, nous organisons les Foulées du ruban rose à Jarry. Je me projette toujours, je réfléchis à ce qui pourrait être amélioré. Je m’interroge aussi : que puis-je encore faire à mon niveau ? Il me serait très difficile de constater que je peux avoir un impact et ne pas agir. Quel que soit l’endroit où on est sur le globe, de près ou de loin, on peut servir et être efficace. Le mot-clé, c’est l’entraide.
À quoi ressemble votre semaine type ?
Je parlais de don de temps, parce qu’il est précieux et rare pour moi. Dans une semaine, je travaille en effet entre 50 et 60 heures au cabinet. Le mercredi et le vendredi, je participe à des réunions associatives et le week-end, je fais des actions de terrain, du dépistage, des conférences, des actions caritatives. Les semaines sont chargées. Alors j’ai appris à savourer l’instant présent, à être heureux de l’essentiel. Prendre un café, c’est à peine deux minutes, mais pendant ces deux minutes, je fais le vide, je m’arrête. C’est mon équilibre. Ce qui me permet aussi d’être disponible aux autres.