Rotary Martinique : « Connecter les territoires, créer des solutions »
Depuis 1957 et la création du premier club Rotary International à Fort-de-France, l’association internationale a tissé une chaîne humaine entre les régions de son District, en faisant de la coopération son leitmotiv. Au fil des années, le Rotary, dont les actions ne sont pas toujours connues du grand public, est devenu un relais incontournable.
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Jean-Claure Florentiny, assistant du gouverneur du District 7030 © Jean-albert Coopmann
Rotary Martinique : « Connecter les territoires, créer des solutions »
Depuis 1957 et la création du premier club Rotary International à Fort-de-France, l’association internationale a tissé une chaîne humaine entre les régions de son District, en faisant de la coopération son leitmotiv. Au fil des années, le Rotary, dont les actions ne sont pas toujours connues du grand public, est devenu un relais incontournable.
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Qu’est-ce qui fait la particularité du Rotary dans le monde associatif martiniquais ?
Jean-Claude Florentiny, assistant du gouverneur du District 7030 : C’est un réseau de décideurs, d’acteurs économiques et de citoyens engagés, qui mettent leurs compétences au service des autres. Le Rotary en Martinique, c’est 8 clubs, répartis sur 5 communes (Schœlcher, Fort-de-France, Saint-Pierre, Le Lamentin et Le François). Tous ces clubs forment un maillage, une chaîne humaine qui permet d’avoir un impact direct à la fois dans la société et dans la communauté. Le leitmotiv du Rotary, c’est l’entraide sociale, économique, éducative et environnementale à la fois chez nous, mais aussi dans la grande région. Nous faisons partie, avec la Guadeloupe et la Guyane, du District 7030 qui regroupe 17 territoires du plateau des Guyanes jusqu’à la Caraïbe anglophone : 3 territoires francophones, 9 territoires anglophones et 5 territoires néerlandophones. C’est une richesse culturelle, humaine et stratégique exceptionnelle.
L’environnement occupe une place prépondérante dans les actions que vous menez, comment cela se traduit-il sur le terrain ?
La Caraïbe est l’une des régions du monde les plus exposées au changement climatique. L’eau devient un enjeu environnemental et économique. Nos actions passent par l’alerte, la veille, l’éveil des consciences des citoyens et des dirigeants. Le Rotary finance des infrastructures, des formations techniques et des programmes d’éducation sanitaire. Nous sommes donc très engagés dans des programmes liés à la préservation de l’environnement. L’énergie est notamment un sujet qui retient notre attention. Et le contexte international nous donne tristement raison pour ce qui est de la gestion de la ressource dans son ensemble. Nous sommes aussi particulièrement vigilants face à la pollution des sols via le lixiviat, qu’on appelle vulgairement le « jus de poubelle », qui exerce une grosse pression sur les nappes phréatiques, une problématique qu’on retrouve en Martinique et chez nos voisins.
« Ces clubs forment un maillage, une chaîne humaine qui permet d’avoir un impact direct à la fois dans la société et dans la communauté »
Quelles sont les autres causes défendues par le Rotary ?
Nous travaillons de plus en plus, grâce à notre expertise, avec « les grandes associations » telles que la Croix Rouge, la Banque Alimentaire, la Ligue contre le cancer sur les problématiques de santé, de précarité, de coopération et de préservation de la paix. Le mouvement rotarien ne se suffit pas à lui-même, il crée des passerelles entre les acteurs associatifs et les combats à mener. Par exemple, chaque année, le Rotary et toutes ses entités participent au Relais pour la Vie en partenariat avec la Ligue contre le cancer et Inner Wheel. Un événement qui est désormais rentré dans le calendrier de tous les Martiniquais. Dans ce domaine de la santé, nous accompagnons aussi de nombreuses associations martiniquaises et le CHUM dans la création d’une maison d’accueil pour les parents des patients étrangers qui se font soigner en Martinique. C’est un projet d’envergure qui est primordial car il n’existe pas de structures de ce type en Martinique.
Un des autres engagements peu connus du Rotary, qui a néanmoins une résonance importante, est l’action en faveur de la paix et la prévention des conflits. Le Rotary finance des Centres pour la paix qui forment chaque année des experts internationaux en médiation, diplomatie et gestion des crises. Pour rappel, le Rotary a un siège à l’ONU (l’Organisation des Nation unies).
Le Rotary Youth Leadership Awards (RYLA) est un temps fort de la programmation rotarienne, est-ce une façon de sensibiliser les jeunes aux responsabilités professionnelles ?
Nous avons plusieurs programmes en faveur des jeunes, notamment les clubs Interacts (réservés au moins de 18 ans) dans les collèges et les lycées. Le RYLA est un de nos programmes phare du fait de sa dimension exceptionnelle. C’est un programme intensif du développement du leadership destiné aux jeunes 14 à 30 ans. Chaque club du District envoie un ou deux jeunes au RYLA, dans un pays de la Caraïbe, pendant 3 à 10 jours. Les jeunes font acte de candidature et sont retenus en fonction de leurs aspirations, de leur motivation et de leur savoir-être. C’est un formidable outil qui permet à ces jeunes, venant de tous les coins du District, de tisser des liens qu’ils entretiendront pour les années à venir, quand eux, à leur tour, ils seront aux responsabilités. C’est un instant unique pour ces jeunes de présenter leur pays, sur l’aspect social, économique et culturel. Il n’est pas rare de retrouver ces jeunes quelques années plus tard dans des entreprises ou organismes où ils mettent leur expertise au profit de la communauté.
Votre engagement personnel au Rotary est intimement lié à votre activité professionnelle, œuvrer pour une meilleure coopération semble être un fil conducteur ?
C’est vrai, mon métier consiste à structurer des flux, connecter des territoires, créer des solutions. Le Rotary me permet d’appliquer mes compétences à des causes humaines. La logistique devient alors un outil de solidarité. Qu’il s’agisse d’acheminer de l’aide, de structurer des projets ou de créer des ponts entre les territoires, il y a une continuité naturelle entre Global Services & Logistics et le Rotary. Mon engagement est profondément aligné avec mes valeurs personnelles et je suis particulièrement sensible à la solidarité post-catastrophe. Le Rotary a apporté encore récemment son aide après le passage de l’ouragan Mélissa, à la Jamaïque. Nous avions mis en place tout un dispositif pour venir en aide à la population jamaïcaine et ce, même si la Jamaïque ne fait pas partie de notre District. Nous sommes mobilisés pour faire des collectes, envoyer des containers de vivres. Nous avons aussi pu faire jouer la solidarité en faveur de Cuba qui souffre du renforcement du blocus américain. Nous avons permis l’envoi de semences aux agriculteurs haïtiens. Ça, c’est concrètement la force et l’expertise du Rotary en matière de coopération, Nous avons au fil des années construit un vrai savoir-faire dans la coopération régionale. Nous n’avons pas attendu que les programmes étatiques se mettent en place pour coopérer. Le Rotary a devancé les instances politiques.
Transport de marchandises UN NOUVEAU CAP
Jean-Claude Florentiny porte la même vision de connection des territoires et des marchés à travers l’activité de Global Services & Logistics (GSL) dont il est le fondateur.
Il n’a jamais été aussi simple d’acquérir un objet situé de l’autre côté du globe depuis que le commerce de marchandises existe. Mais derrière cette apparente simplicité se cache une véritable expertise que les acteurs du secteur appellent la chaîne d’approvisionnement. S’il faut des acheteurs, des vendeurs, des transporteurs, des infrastructures, il faut aussi des cabinets d’expertises capables de rendre possible ce désir d’achat en bout de parcours. C’est ici qu’intervient Global Services & Logistics précise Jean-Claude Florentiny : « Nous sommes spécialisés dans les métiers de la supply chain, c’est-à-dire la gestion des approvisionnements et de l’optimisation douanière. Notre activité est donc multimodale, nous intervenons dans la gestion des transports aériens et maritimes de marchandises, le pilotage des flux. Nous sommes présents sur tous les continents grâce à un maillage de réseaux et d’agents, particulièrement au départ de l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada) et au départ d’Europe. Nous sommes de plus en plus sollicités pour accompagner des clients au départ de l’Afrique francophone. GSL accompagne ses clients dans leurs stratégies logistiques, l’optimisation de leurs projets par ses méthodes de diagnostic, d’analyse et de préconisations de solutions ».
Changer de paradigme
Aujourd’hui 80 % du flux d’importation provient d’Europe, 7 % de l’Asie, et enfin seulement 3 % de ce flux est réalisé dans la Caraïbe. Même si le pourcentage des échanges avec l’Asie a sensiblement augmenté, Jean-Claude Florentiny considère qu’il faut revoir ce partage : « Il est essentiel que nos acteurs économiques repensent leurs schémas d’approvisionnement. La diversification du sourcing est devenue une nécessité. Nous devons davantage nous ouvrir aux marchés nord et sud-américains, et caribéens afin de rééquilibrer nos flux ». Le développement des circuits courts est au cœur de cette transformation. Cette alternative est encore trop peu ancrée dans les pratiques locales, alors même qu’elle constitue un levier puissant de compétitivité, de résilience et de réduction des coûts. L’entrepreneur pense « qu’il existe de véritables marges de manœuvre, notamment en raccourcissant les liaisons maritimes et en rapprochant les zones d’approvisionnement, en commerçant avec nos voisins immédiats ».
Le transport va coûter de plus en plus cher
Ces nouvelles routes maritimes devront intégrer dans leur développement une meilleure prise en compte de la protection de l’environnement avec la réduction des gaz à effet de serre, rappelle Jean-Claude Florentiny. « L’Organisation maritime internationale (OMI) a fixé des objectifs de décarbonation du transport maritime international pour 2050. La réduction de l’empreinte carbone est désormais un impératif. » Ces nouveaux objectifs et le contexte géopolitique auront des conséquences sur le prix des marchandises, alerte Jean-Claude Florentiny : « Le transport va coûter de plus en plus cher. Il faut s’attendre à l’augmentation du coût de revient de nos marchandises, des matériaux de construction, des engrais, du carburant ou des produits chimiques ».