Soins palliatifs : Une médecine locale, centrée sur la personne

Si des effectifs et des moyens adaptés autant que des réponses graduées existent déjà sur le territoire, changer de regard sur la situation palliative s’avère indispensable, afin d’anticiper la prise en charge et de favoriser le confort des patients.

© Jean-Albert Coopmann
© Jean-Albert Coopmann

Soins palliatifs : Une médecine locale, centrée sur la personne

Si des effectifs et des moyens adaptés autant que des réponses graduées existent déjà sur le territoire, changer de regard sur la situation palliative s’avère indispensable, afin d’anticiper la prise en charge et de favoriser le confort des patients.

Anne de Tarragon 

Au niveau national, on estime que 1,5% de la population sera concerné par la situation palliative. En Martinique, cela représente 5 à 6000 personnes. « En 2025, 700 personnes environ ont été prises en charge en soins palliatifs en HAD (hospitalisation à domicile) à la clinique de la Tour, explique Céline Battisti, sa directrice. On estime le besoin au double, voire au triple ». Qui sont ces personnes ? « Ce sont des patients atteints de maladies neurodégénératives ou de maladies chroniques, répond son confrère le docteur Ahmed Diakité, médecin chef de service, président de la commission médicale d’établissement, des personnes ayant des tumeurs malignes, des insuffisances respiratoire ou cardiaque. Ces maladies à long terme créent des situations de vie parfois très difficiles ».

À l’occasion de la Semaine régionale des soins palliatifs, organisée du 23 au 27 mars 2026 par la Cellule d’animation des soins palliatifs, l’ARS Martinique a mobilisé tous les acteurs du territoire pour renforcer l’information des professionnels et améliorer l’accompagnement des patients et de leurs proches. “Cette dynamique collective vise à harmoniser les pratiques dans les secteurs hospitaliers”, cite-t-on au sein de l’ARS. En effet, pour ne pas devenir un contexte d’urgence, une situation palliative doit être anticipée en partenariat avec tous les acteurs de la filière, professionnels du premier recours, du domicile ou de l’hospitalisation, afin d’apporter au patient “la bonne prise en charge, au bon moment”. Comment ? Cela justifie d’instaurer un réel parcours de détection et de prise en charge des situations palliatives au domicile et donc de renforcer le lien entre la ville et l’hôpital, mais aussi “de redéfinir pour tous la notion de soins palliatifs”, constatent plusieurs intervenants.

Changer de regard

Car la notion de “soins palliatifs” reste encore très compliquée à entendre et à accepter. « Un gros travail d’information et de sensibilisation doit être fait, confirme le Dr Céline Battisti, et sans doute même, de dédramatisation de la situation palliative ». Lorsqu’un diagnostic de maladie grave – qui peut être incurable est posé, on sait que le patient va être exposé à des difficultés qui nécessitent un accompagnement, médical, paramédical, psychologique, social, ou administratif. “Le véritable challenge, poursuit le docteur Diakité, c’est la précocité dans l’identification de ces situations, parce qu’elle va permettre d’anticiper sur les aides nécessaires, pour les mettre en place au fur et à mesure, soutenir le patient afin qu’il vive la maladie au mieux. Les repères sont clairs : accompagner le patient qui garde son autonomie de choix. Focaliser sur la personne, pas sur la maladie, et s’adapter à ses besoins ».

Repérer la situation palliative

Les acteurs de santé du territoire partagent une vision unanime à ce sujet. Chaque professionnel du premier recours, médecin traitant, infirmier, qui se trouve face à un patient potentiellement en situation palliative doit pouvoir l’identifier, pour l’adresser aux professionnels du parcours qui apporteront des compétences spécifiques en fonction des besoins identifiés. Un travail de sensibilisation des aidants familiaux, qui sont les premiers à être confrontés à des situations palliatives, a par ailleurs pris place à la clinique de la Tour. Autre sensibilisation dans le cadre du système d’accès aux soins : un travail est en cours avec la Communauté Professionnelle Territoriale de Santé pour intégrer une grille d’évaluation des situations palliatives à la cellule de régulation des appels du Service d’Accès aux Soins (SAS), afin de mieux les repérer et de les rediriger vers les équipes mobiles.

Déployer des réponses adaptées

Quand la situation se complexifie, les établissements d’hospitalisation à domicile prennent le relais, pour un suivi au long cours avec des moyens hospitaliers. Une équipe mobile d’intervention en soins palliatifs existe également. Rapide et ponctuelle, comme un SMUR (Service mobile d’urgence et de réanimation), elle a pour champ d’action non l’urgence vitale mais l’urgence palliative. “Ces équipes mobiles de soins palliatifs interviennent en ville, mais aussi en intra hospitalier”, décrit le Dr Battisti. Quant aux unités de soins palliatifs, elles répondent à des besoins plus extrêmes qui concernent moins de 1% des cas : maintien à domicile impossible, épuisement des familles, traitements en HAD insuffisants. Enfin il existe des lits identifiés soins palliatifs, spécifiquement équipés en matériel et en personnel, pour accueillir des patients dans des services hospitaliers. “C’est un enjeu de territoire et de société, appuie le Directeur générale de l’ARS Martinique, Yves Servant, ces situations médicales, par nature particulièrement difficiles, nécessitent un maillage territorial intégrant la ville, l’hôpital et les établissements médico‑sociaux pour garantir un accès équitable quel que soit le lieu de vie en Martinique”. Et permettre une approche globale “médicale, psychologique, sociale et spirituelle”, fondée sur la dignité et la qualité de l’accompagnement de chaque patient.

*via une convention avec l’association martiniquaise des aidants familiaux