Vanessa Izeros : « Notre alimentation est notre premier allié santé »

Nutritionniste en santé publique, Vanessa Izeros défend une approche de la nutrition fondée sur la prévention, l’éducation alimentaire et la valorisation des produits locaux.

Vanessa Izeros, nutritionniste en santé publique © Ronan Lietar
Vanessa Izeros, nutritionniste en santé publique © Ronan Lietar

Vanessa Izeros : « Notre alimentation est notre premier allié santé »

Nutritionniste en santé publique, Vanessa Izeros défend une approche de la nutrition fondée sur la prévention, l’éducation alimentaire et la valorisation des produits locaux.

Nancy Lafine

Vous êtes nutritionniste en santé publique et en prévention. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a donné envie d’exercer ce métier ?

J’ai obtenu un Master en nutrition et agrovalorisation en santé publique à Montpellier, à l’Institut des régions chaudes. Cette formation m’a permis d’acquérir une vision globale de l’alimentation, intégrant les dimensions nutritionnelles, sanitaires et la valorisation des ressources alimentaires locales. Après une expérience dans l’Hexagone, je suis revenue en Guyane avec l’envie de mettre mes connaissances au service de mon territoire. J’ai été, pendant 10 ans, responsable de la restauration municipale de la ville de Cayenne. Cette expérience m’a montré que nourrir une population, ce n’est pas seulement préparer des repas : c’est aussi transmettre de bonnes habitudes alimentaires, intégrer les enjeux de santé publique et valoriser les ressources locales. J’ai ensuite souhaité développer des projets de prévention auprès d’un public plus large, ce qui m’a conduite à exercer comme nutritionniste.

Le diabète constitue un enjeu majeur, tout comme la progression de l’obésité, de l’hypertension artérielle et des maladies cardiovasculaires.

Vanessa Izeros, nutritionniste en santé publique

Pourquoi avoir choisi de vous orienter vers la santé publique plutôt que vers une pratique clinique ?

La santé publique permet d’agir avant l’apparition des maladies. La nutrition ne doit pas seulement intervenir lorsque la maladie est installée ; elle doit accompagner les personnes tout au long de leur vie, dès l’enfance, afin de construire des habitudes favorables à la santé. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une multitude de messages alimentaires, parfois contradictoires. Informer les personnes leur permet de reprendre confiance et de devenir actrices de leurs choix alimentaires.

Beaucoup de personnes pensent qu’il faut attendre d’être malade pour modifier son alimentation. Pourquoi est-il essentiel d’agir en amont ?

Parce que la santé se construit chaque jour, à travers de petits choix répétés. Attendre qu’une maladie apparaisse pour changer ses habitudes, c’est un peu comme réparer une maison uniquement lorsque les fissures sont déjà visibles. Les habitudes alimentaires se construisent dès l’enfance et évoluent tout au long de la vie. Agir tôt est donc essentiel.

En Guyane, quels sont les principaux défis en matière d’alimentation et de prévention ?

Le diabète constitue un enjeu majeur, tout comme la progression de l’obésité, de l’hypertension artérielle et des maladies cardiovasculaires. Ces pathologies touchent des personnes de plus en plus jeunes. Une partie de ces risques est liée aux habitudes de vie, notamment à une alimentation trop riche en produits transformés et en sucres ajoutés. L’enjeu est de renforcer l’éducation nutritionnelle afin que chacun puisse faire des choix adaptés à son budget, à sa culture et à son environnement.

Consommer local est souvent présenté comme un choix écologique. Est-ce aussi un choix bénéfique pour notre santé ?

Oui. Les circuits courts réduisent le délai entre la récolte et la consommation, ce qui permet de préserver davantage les qualités nutritionnelles des aliments. Valoriser les produits de notre territoire, c’est aussi privilégier des aliments frais, de saison, et mieux connaître leur origine. En Guyane, nous disposons d’un patrimoine exceptionnel avec nos fruits, nos légumes-pays, nos épices et nos savoir-faire culinaires. Il est important de mieux connaître ces ressources pour les intégrer davantage dans notre alimentation.

Comment concilier les traditions culinaires guyanaises avec les recommandations nutritionnelles ?

La nutrition ne doit pas devenir l’ennemie de la culture et du plaisir. Notre cuisine guyanaise est une richesse qu’il faut préserver. L’objectif n’est pas de supprimer les plats traditionnels, mais de trouver un équilibre en adaptant les portions, en variant les accompagnements, en privilégiant certains modes de cuisson et en valorisant les produits locaux. La nutrition est là pour faire évoluer les recettes, sans leur faire perdre leur identité.

Vanessa Izeros, nutritionniste en santé publique © Ronan Lietar

Quels sont les changements les plus simples que chacun peut mettre en place pour améliorer durablement sa santé grâce à son alimentation ?

Apprendre à mieux composer son assiette, augmenter la place des fruits et légumes, redécouvrir les produits locaux et cuisiner davantage, même simplement, peuvent déjà faire une réelle différence. Limiter les boissons sucrées, les produits ultratransformés et prendre le temps de manger, sont également des habitudes bénéfiques. Mais le premier changement est sans doute de mieux comprendre ce que l’on achète et ce que l’on consomme.

Les produits ultratransformés prennent une place croissante dans nos assiettes. Pourquoi est-il important de limiter leur consommation, sans culpabiliser ?

Ces produits sont pratiques et accessibles. L’objectif n’est pas de les interdire, mais d’éviter qu’ils deviennent la base de notre alimentation. Une consommation excessive peut favoriser des déséquilibres nutritionnels et augmenter le risque de maladies chroniques. Il est donc essentiel d’apprendre à lire les étiquettes et à comparer les produits.

Comment transmettre aux enfants et aux familles le goût des produits locaux et d’une alimentation équilibrée, sans tomber dans un discours culpabilisant ?

Il faut transmettre par le plaisir, la curiosité et la découverte. Avec les enfants, je privilégie les ateliers pratiques. Ils leur permettent de découvrir les produits locaux de manière positive. L’éducation alimentaire fonctionne beaucoup mieux lorsqu’elle donne envie que lorsqu’elle interdit.

Si vous pouviez laisser un message aux lecteurs, quel serait-il ?

Notre alimentation est l’un des premiers leviers dont nous disposons pour préserver notre santé. Chaque repas est une occasion de faire un choix favorable, sans rechercher la perfection. Retrouvons le plaisir, la confiance et la curiosité dans notre manière de manger, afin que notre alimentation devienne une véritable alliée santé.