Vanessa Méril-Mamert : « Revenir à l’essentiel »
Vanessa Méril-Mamert est nutritionniste et docteure en chimie des plantes. Créatrice de contenus culinaires novateurs, elle milite pour une alimentation créole anti-inflammatoire.
Vanessa Méril nutritionniste, docteure en chimie des plantes. © Mattéo Nativelle
Vanessa Méril-Mamert : « Revenir à l’essentiel »
Vanessa Méril-Mamert est nutritionniste et docteure en chimie des plantes. Créatrice de contenus culinaires novateurs, elle milite pour une alimentation créole anti-inflammatoire.
Comment êtes-vous devenue nutritionniste ?
À 20 ans, j’ai commencé à souffrir de douleurs menstruelles très fortes, liées à l’endométriose. Elles m’handicapaient tant, qu’elles m’ont motivée à trouver des solutions alternatives aux comprimés. J’ai constaté que certains thés, comme l’infusion de gingembre, m’apaisaient. Je l’ai vécu comme une révélation. Je venais d’obtenir mon master en biochimie. Pendant les dix années qui ont suivi, je me suis formée en nutrition et santé intégrative à l’IIN (Institute for integrative nutrition), une approche globale qui considère l’alimentation comme un levier thérapeutique puissant pour rééquilibrer l’organisme, restaurer ses fonctions vitales et prévenir les maladies. J’avais toujours cette question en tête : que faire pour me sentir mieux ? Quand on s’alimente bien, les cycles sont plus confortables, les douleurs moindres. Très peu de femmes font le lien entre ce qu’elles mettent dans leur assiette et leur cycle menstruel. De retour en Guadeloupe, j’ai passé un doctorat en phytochimie, sous la direction du Dr Gérardo Cébrian, chercheur à l’Université des Antilles. Je me suis alors spécialisée sur les plantes caribéennes ayant des propriétés protectrices contre la glycation, un phénomène en lien avec le diabète, une pathologie qui touche beaucoup de Guadeloupéens.
En Guadeloupe, devons-nous revoir notre alimentation ?
Globalement, notre population n’est pas en bonne santé : troubles métaboliques, déséquilibres hormonaux, et beaucoup d’inflammations. L’alimentation est le socle d’une bonne santé. Le régime méditerranéen, médicalement reconnu comme protecteur et anti-inflammatoire, n’est pas dans notre culture ni dans nos usages. Pourtant, nos produits locaux permettent de constituer une assiette créole qui respecte ses grands principes : épices, légumineuses, fruits et légumes, racines. La patate douce, par exemple, apporte l’énergie nécessaire grâce aux sucres complexes et aux fibres, sans causer de pics glycémiques comme le riz blanc, le pain ou les céréales raffinées. Il est important de revenir à la simplicité, au bon goût local, à l’équilibre alimentaire.
Comment faire évoluer nos habitudes ?
Il s’agit avant tout d’éduquer, d’informer, d’expliquer ce qu’il y a dans ce qu’on mange. C’est pour cela que je milite. Mais aussi d’innover. Je crée à chaque repas une alimentation anti-inflammatoire à partir de nos aliments locaux. Je revisite les plats créoles que j’aime. Par exemple, un dombré-ouassous à base de manioc et banane jaune, avec des poivrons, des tomates, du piment végétarien ou des acras de morue riches en fibres et cuits à l’Air fryer. Je propose des vidéos de préparation de recettes équilibrées. Je me suis affranchie des recettes de grand-mère et me suis réapproprié une cuisine du monde. J’aime apporter ma touche santé à nos recettes traditionnelles.
Vous êtes particulièrement engagée pour la santé des femmes…
La prévention par l’équilibre alimentaire est déterminante pour la santé de tous, et des femmes en particulier. J’utilise trois vecteurs : j’explique sur les réseaux et en consultation les bienfaits d’une alimentation équilibrée sur les cycles menstruels. Je milite également au sein de l’association Likid Chokola qui aide les femmes souffrant de troubles hormonaux (endométriose, fibromes, syndrome des ovaires polykystiques ou SMOP). Enfin, je propose des consultations individuelles en nutrition. Mon propos est d’accompagner sans jugement, donner à chacun(e) un espace où s’exprimer, prendre soin de soi, apprendre. Il s’agit d’allier les traitements médicaux à l’hygiène de vie. Trop souvent, on ne cherche que des solutions médicales. Quand on change d’alimentation et d’hygiène de vie, tout change. Ne dit-on pas : « Que ton alimentation soit ton médicament » ? C’est valable pour les troubles hormonaux, mais aussi pour le diabète, l’hypertension…
Vous utilisez aussi beaucoup les plantes. Quelles sont celles que vous plébiscitez ?
• La feuille de goyavier : une arme puissante contre l’hyperglycémie. Elle contient des flavonoïdes qui bloquent l’absorption du sucre au niveau intestinal.
• La graine-en-bas-feuille : un anti-inflammatoire aussi puissant que l’ibuprofène, mais sans les effets secondaires ! Des études nigérianes et caribéennes ont montré qu’elle réduit les marqueurs inflammatoires (comme la CRP, marqueur de référence d’une inflammation aiguë) et améliore la sensibilité à l’insuline.
• L’atoumo : il a des propriétés antioxydantes et hépatoprotectrices. Cette plante aide le foie dans ses actions de détoxification.
• Le curcuma aussi, pour ses propriétés anti-inflammatoires.
Votre propre expérience vous permet-elle d’être encore plus juste, plus légitime ?
Oui, clairement, j’incarne ce que je conseille. L’endométriose n’est pas une maladie qui disparaît, mais avec laquelle on compose pour vivre un meilleur quotidien, être sereine par rapport à l’avenir. J’y suis parvenue. L’endométriose ou le SMOP (Syndrome métabolique ovarien polyendocrinien) sont des causes majeures d’infertilité. Comme beaucoup d’autres femmes, je n’ai pas encore pu avoir d’enfant. Ce n’est pas évident. Mais j’ai appris à connaître mon corps, ses limites, ce qui le soulage, ce que je dois éviter. Je considère comme une victoire de mener une vie sans trop de stress, alignée avec moi-même. Je prends par exemple toujours le temps d’un bon petit déjeuner, avec des fruits locaux, équilibré en protéines et en fibres. Au moins trois fois par semaine, je pratique une activité physique.
Quels sont vos projets ?
Écrire un livre, donner toujours plus de clés pratiques aux femmes, de formulations de plantes, de recettes. Avec Likid Chokola, nous avons mis en place l’Endo School, pour parler aux collégiennes et lycéennes de santé menstruelle, d’endométriose… J’y ajoute ma touche nutritionnelle. Je ne m’arrêterai jamais de transmettre un message d’espoir. On peut vraiment agir ! Tous les jours, j’accompagne des femmes qui vont mieux. C’est la puissance de ce qu’on met dans son assiette trois fois par jour. Il n’y a pas de fatalité : il est possible de vivre pleinement sa vie de femme, d’apprivoiser son corps, de le connaître, pour être sereine et en harmonie.
Pour la suivre
insta @creolenutrition et @feyajphytotherapie