« Ce Congrès est celui des engagements, pas des déclarations »

Guy Losbar, président du Conseil départemental de Guadeloupe et président du Congrès, revient sur la démarche qui a mené au Congrès des Élus sur l’eau, le 24 juin dernier. Entre concertation inédite et attentes fortes d’une population à bout, il retrace les contours d’un rendez-vous historique.

Guy Losbar prend la parole lors d'une rencontre avec les acteurs économiques © KSSY Foto
Guy Losbar prend la parole lors d'une rencontre avec les acteurs économiques © KSSY Foto

« Ce Congrès est celui des engagements, pas des déclarations »

Guy Losbar, président du Conseil départemental de Guadeloupe et président du Congrès, revient sur la démarche qui a mené au Congrès des Élus sur l’eau, le 24 juin dernier. Entre concertation inédite et attentes fortes d’une population à bout, il retrace les contours d’un rendez-vous historique.

Floriane Jean-Gilles

En quoi ce congrès peut-il marquer un tournant décisif dans la gestion de l’eau en Guadeloupe ?

Ce n’était pas un congrès de plus. L’enjeu a été de créer les conditions d’un dialogue exigeant, à la hauteur des attentes des Guadeloupéens. Nous avons voulu réunir l’ensemble des parties prenantes autour d’une question qui est vitale, au sens propre, pour notre population, et en sortir avec des orientations concrètes et opérationnelles. Un service public de l’eau plus fiable, plus équitable, plus durable, plus transparent et plus efficace : c’est ce que les citoyens attendent, et c’est ce à quoi nous devions répondre.

Quelles consultations ont été menées en amont de ce congrès ? Et qui a été associé aux discussions ?

Nous avons voulu que cette préparation soit aussi inclusive que possible. Nous avons auditionné les acteurs économiques fin mai, puis les représentants des partis politiques, les associations d’usagers de l’eau, et enfin les présidents d’EPCI et les maires au cours de la première quinzaine de juin. Toutes les positions exprimées lors de ces rencontres seront intégrées aux travaux de la commission ad hoc chargée de rédiger les résolutions soumises au Congrès.

Quelles demandes sont remontées du terrain ?

Les usagers réclament avant tout de la transparence. Ils veulent un point d’étape sérieux sur le Programme pluriannuel d’investissement, savoir où en sont les travaux, comment ils sont financés. Ils demandent aussi que le Conseil de surveillance du SMGEAG (Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe) puisse enfin exercer pleinement son rôle — suivre, informer, apprécier les décisions stratégiques. Et il y a une attente très forte concernant les ménages les plus vulnérables, qui subissent de plein fouet les coupures sans avoir les moyens d’y faire face seuls.

Du côté des acteurs économiques, le diagnostic est sévère : la crise de l’eau pèse sur l’activité, l’emploi, le tourisme, l’agriculture. Ils appellent à un plan d’investissement massif, à une gouvernance plus efficace, à une feuille de route avec des objectifs chiffrés et des mécanismes de suivi réels. Quant aux partis politiques, malgré leurs sensibilités diverses, le constat est partagé sur la gravité et l’ancienneté de la crise — et sur la nécessité que ce Congrès débouche sur des décisions concrètes.

Quels résultats concrets les Guadeloupéens peuvent-ils attendre à l’issue du Congrès du 24 juin ?

Nous travaillons sur trois groupes de résolutions. Le premier concerne le plan d’urgence : les fuites, les canalisations, ce qu’il faut traiter immédiatement. Le deuxième porte sur le SMGEAG lui-même et sa régie (Archipel’Eau), son déficit, son plan de redressement, la question du personnel. Le troisième est centré sur les usagers : comment accompagner les plus vulnérables, avec des dispositifs concrets comme les citernes ou une tarification sociale de l’eau telle qu’elle commence à être expérimentée à Marie-Galante.

« Deux dispositifs sont sur la table : le renforcement de l’accès aux citernes et la mise en place d’une tarification sociale de l’eau »

Guy Losbar, président du Conseil départemental de Guadeloupe et président du Congrès

Des mesures d’urgence sont-elles prévues à court terme en parallèle des réformes structurelles ? Notamment à destination des petites entreprises et des foyers les plus précaires.

La réforme structurelle est indispensable, mais elle ne peut pas être la seule réponse. Les Guadeloupéens qui subissent les coupures aujourd’hui ne peuvent pas attendre que les canalisations soient toutes réhabilitées. Nous savons que cela sera long et coûteux. C’est pourquoi nous travaillons sur des mesures d’accompagnement immédiates. Pour les foyers les plus vulnérables, deux dispositifs sont sur la table : le renforcement de l’accès aux citernes, pour garantir une ressource minimale en cas de coupure, et la mise en place d’une tarification sociale de l’eau, afin que le coût du service ne soit plus un facteur d’exclusion supplémentaire pour ceux qui ont déjà le moins. Ces mesures s’adressent aussi aux petites entreprises, qui absorbent en silence le coût économique de cette crise — pertes de production, équipements endommagés, clientèle perdue. L’urgence sociale et l’urgence économique sont les deux faces d’un même problème.

Êtes-vous confiant quant à l’adoption de résolutions fortes ?

La commission ad hoc s’est donné les moyens de créer un cadre favorable. Diagnostics partagés, réunions bilatérales entre le Département et la Région, auditions de la société civile, travail régulier des membres de la commission et des services des collectivités du syndicat et de l’État… Nous faisons des propositions, nous offrons les conditions du dialogue, nous recueillons la parole des usagers. Les constats sont partagés, maintenant il faut transformer cette convergence en engagements.

Comment garantir que les décisions prises ne resteront pas lettre morte ?

Les difficultés sont sérieuses, et notre intention n’est pas de nous satisfaire de déclarations insincères. Les Guadeloupéens en ont assez des promesses. Ce Congrès doit faire date comme celui des engagements réels, vérifiables, avec des responsabilités clairement désignées.

Si vous deviez définir une priorité absolue pour les cinq prochaines années concernant l’eau en Guadeloupe, quelle serait-elle ?

La réparation des fuites et la réfection des canalisations. C’est là que tout commence. On ne peut pas parler de service public fiable tant qu’une part massive de l’eau produite se perd dans des réseaux vétustes avant même d’atteindre le robinet des usagers. C’est un non-sens technique, économique et humain. Mais pour y parvenir durablement, nous devrons également compter sur Archipel’Eau, la nouvelle régie entrée en phase de préfiguration le 1er janvier 2026. Elle assume désormais la gestion de l’eau et de l’assainissement pour l’ensemble du territoire, avec une autonomie financière et opérationnelle réelle.

Les cinq années qui viennent doivent être celles de la montée en puissance de cette régie : des équipes renforcées, des investissements concrets sur les réseaux, et des résultats mesurables. Les Guadeloupéens ont été patients. Maintenant, il faut livrer.

Quel message souhaitez-vous adresser aux Guadeloupéens qui subissent encore les coupures d’eau ?

Nous les entendons. Leur souffrance est la nôtre. Nous sommes tous concernés, et c’est précisément pourquoi nous devons être à la hauteur à la suite de ce Congrès.

« On ne peut pas parler de service public fiable tant qu’une part massive de l’eau produite se perd dans des réseaux vétustes »

Guy Losbar, président du Conseil départemental de Guadeloupe et président du Congrès

L’eau en 10 chiffres

7562 fuites ont été comptabilisées comme réparées en Guadeloupe (contre 4 138 en 2022). Un chiffre en hausse grâce au déploiement de commandos de recherche de fuites
au quotidien. En 2023, selon l’Observatoire de l’eau Guadeloupe.

Le réseau de canalisation date de la période 1960-1980. Aujourd’hui vétuste, jusqu’à 70% de l’eau produite est perdue avant d’arriver chez les usagers.

« Il faudra 208 ans pour renouveler à l’identique la totalité des sections du réseau », à raison de 15 km de conduite, en moyenne, par an. Selon le rapport d’observation de la Chambre régionale des comptes (sur les exercices 2021 et suivants).

L’eau potable vient principalement de la Basse-Terre : 70% sont prélevées dans les rivières, 20% viennent des sources captées et 10% des forages souterrains.

La tarification sociale de l’eau a été mise en place, à Marie-Galante, en 2021-2022. Elle prévoit l’attribution de « chèques eau » et des boucliers tarifaires afin que les factures d’eau ne dépassent pas 3% des revenus des ménages les plus modestes.

Des centaines de kilomètres de canalisations doivent être rénovés. La canalisation principale de transport d’eau potable, le feeder de Belle-Eau-Cadeau, s’étend sur une distance d’environ 120 kilomètres, des Saintes à la Désirade.

Le Conseil économique, social et environnemental affirme qu’1/4 de la population guadeloupéenne n’a accès à l’eau tous les jours. Dans un rapport publié en octobre 2022, intitulé La gestion de l’eau et de l’assainissement dans les Outre-mer.

Le plan pluriannuel d’investissement 2024-2027 (PPI), signé conjointement par la Préfecture de Guadeloupe, la Région, le Département et le SMGEAG, prévoit une enveloppe de 213 millions d’euros dédiée à l’eau et l’assainissement.