CHU de Guyane : « Construire une souveraineté sanitaire au service du territoire. »
Moins d’un an après sa prise de fonction, Ahmed El-Bahri, directeur général du CHU de Guyane, revient sur ses premiers mois et détaille les priorités qui structurent la transformation de l’établissement. Interview.
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- Santé et bien-être
Ahmed El-Bahri, directeur général du CHU de Guyane © Ronan Lietar
CHU de Guyane : « Construire une souveraineté sanitaire au service du territoire. »
Moins d’un an après sa prise de fonction, Ahmed El-Bahri, directeur général du CHU de Guyane, revient sur ses premiers mois et détaille les priorités qui structurent la transformation de l’établissement. Interview.
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Quelles ont été vos priorités ?
La première a été de comprendre la situation singulière du CHU de Cayenne, dont l’organisation actuelle génère des complexités de fonctionnement. L’objectif est de parvenir, d’ici janvier 2027, à une unité juridique et opérationnelle en intégrant les trois établissements publics — Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni — au sein d’une entité unique. Cette évolution répond à des enjeux majeurs d’efficience, tant organisationnelle qu’opérationnelle. Dans cette perspective, une convention constitutive a été signée en juin 2025 entre le CHU régional, l’UFR de sciences médicales et de santé de l’université.
La deuxième est de mettre en œuvre des actions pour résorber le déficit important du CHU de Guyane, initialement sous-estimé, et qui s’élève à environ 75 millions d’euros. Il s’agit notamment de sécuriser et recouvrer les ressources financières disponibles afin de consolider la situation de l’établissement. L’enjeu est d’agir vite et bien, avec un plan de redressement financier, sans dégrader la qualité des soins.
Quels sont les grands enjeux de la feuille de route ?
Finaliser le projet médical soignant partagé, s’approprier la feuille de route du CHU : adapter et développer l’offre de soins pour répondre aux besoins de la population. Cette feuille de route désormais validée à l’unanimité par les instances du CHU traduit un large consensus et un alignement de l’ensemble des acteurs autour d’une vision commune : la souveraineté sanitaire, un enjeu majeur pour le territoire. Elle repose sur trois axes principaux :
- soigner ici le plus possible, en développant les capacités locales, afin de réduire les évacuations sanitaires et répondre aux besoins de la population ;
- former localement afin de limiter la dépendance aux ressources externes, indispensables mais insuffisantes seules. L’enjeu est de stabiliser les compétences sur le territoire grâce à la formation initiale et continue, pour mieux ancrer les professionnels dans la durée ;
- décider ici, en renforçant les capacités financières et en réduisant la dépendance aux financements extérieurs. Le déficit constaté implique cette nécessité de transformation.
Enfin, cette feuille de route s’inscrit aussi dans la continuité des coopérations avec les établissements de Martinique et Guadeloupe, indispensables pour renforcer les complémentarités régionales.
Quels futurs soins renforceront l’offre de santé ?
Il y en a beaucoup, mais j’en citerai trois principaux :
- la réanimation pédiatrique, avec le renforcement de l’offre de réanimation pédiatrique de recours. L’objectif est de finaliser les travaux du service d’ici la fin de l’année afin d’obtenir l’autorisation de prise en charge pédiatrique en plein exercice ;
- la cardiologie interventionnelle. Il s’agit de garantir une permanence des soins 24 h/24 sur le territoire en renforçant les capacités d’accueil sur le plateau technique, notamment grâce à de nouveaux équipements (coronographie) et à des recrutements adaptés qui assureront la prise en charge des urgences cardiologiques.
- la création d’un institut de cancérologie au sein du CHU. Grâce aux autorisations obtenues par l’ARS, l’offre sera complétée en radiothérapie, médecine nucléaire, chirurgie cancérologique. Le patient pourra être soigné en souveraineté sur place sans être obligé d’être évacué sur un autre territoire.
Un dernier mot ?
Merci pour l’accueil ! Les équipes peuvent compter sur mon engagement total pour réussir le projet historique du CHU de Guyane. Les deux à trois prochaines années seront décisives pour construire un établissement à la hauteur des besoins de la population. Nous avons de nombreuses forces vives qu’il faut mobiliser au service du territoire et de l’épanouissement professionnel de chacun.
Bio express
Formé en gestion et marketing, Ahmed El Bahri est aussi diplômé de l’EHESP (École des hautes études en santé publique). Il dispose d’une solide expérience dans le pilotage et la transformation des établissements de santé. Il a exercé au ministère de la Santé comme chef de bureau de l’efficience des établissements publics et privés de santé, avant d’occuper des fonctions de direction des finances au sein des CHU de Nancy puis de Montpellier. Il a également conduit plusieurs missions au sein de l’ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur, en tant que directeur de l’organisation des soins.
Son parcours s’étend également à l’international, notamment au Maroc, où il a été directeur délégué de la Fondation Cheikh Khalifa Ibn Zaid, pilotant le développement de structures de soins, de biologie médicale et de formations. Il a également dirigé ELSAN Maroc, acteur majeur de l’hospitalisation privée.