Dans les pas d’Orlane et Célian

Leurs vidéos défilent chaque semaine sur nos écrans. Mais que se passe-t-il vraiment derrière ? Intriguée par leur manière de raconter la Guadeloupe, j’ai suivi Orlane et Célian le temps d’un tournage aux Abymes. Une immersion dans les coulisses de l’influence.

Orlane et Célian © Stéphane Jumet
Orlane et Célian © Stéphane Jumet

Dans les pas d’Orlane et Célian

Leurs vidéos défilent chaque semaine sur nos écrans. Mais que se passe-t-il vraiment derrière ? Intriguée par leur manière de raconter la Guadeloupe, j’ai suivi Orlane et Célian le temps d’un tournage aux Abymes. Une immersion dans les coulisses de l’influence.

Sarah Balay

Je surveillais d’un œil… Mais Orlane et Célian m’ont devancée. Dimanche 15 mars, je scrolle mollement sur mon téléphone, quand tout à coup, surprise ! Je tombe sur la dernière vidéo du jeune couple d’influenceurs guadeloupéens. Quelques secondes suffisent pour me replonger quatre jours en arrière, au cœur du tournage auquel j’ai assisté.

Le rendez-vous était donné mercredi 11 mars, à 8 heures, aux Abymes, dans les locaux des Jus de maman. Sur place, difficile de se garer : à Dugazon de Bourgogne, la circulation est déjà saturée à cette heure matinale. L’activité bat son plein. À mon arrivée, Orlane et Célian sont déjà là… Tout sourire, face à une livraison impressionnante d’abricots pays. En pleine discussion avec l’équipe, ils peaufinent le déroulé du tournage : une trame souple, volontairement laissée ouverte pour faire la part belle à « l’improvisation ». « Nous avons déjà quelques idées en tête, mais pas de script précis, avance Célian. Nous savons quels plans nous voulons absolument… D’autres s’imposeront en cours de route, en fonction du discours des intervenants ».

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Orlane et Célian © Stéphane Jumet

Ce qui les intéresse ? Pas tant les coulisses de la confection artisanale des jus – pourtant au cœur du savoir-faire de l’entreprise familiale fondée par Marielle, aujourd’hui épaulée par ses deux enfants, Mélodie et Brandon – mais plutôt le petit bar à fruits ouvert il y a deux ans au sein du laboratoire, avec une façade ouverte sur l’extérieur et une petite terrasse aménagée. Un lieu discret, en pleine zone industrielle, mais déjà validé par le couple – comme pour chacune de leurs collaborations. Dans quelques heures, cette adresse confidentielle s’apprête à changer d’échelle, propulsée sous le feu des réseaux sociaux. Car aujourd’hui, Orlane et Célian, c’est plus de 230 000 abonnés et des posts qui peuvent dépasser le million de vues !

Pour cette vidéo promotionnelle, aucun cachet n’est prévu, une exception dans leur manière de travailler. « En échange, l’enseigne offre une remise de 50 % à destination des abonnés du Pass Orlane et Célian », m’explique Célian. Un modèle qu’ils ont développé pour diversifier leurs revenus. Car dans le milieu de l’influence, trois principales sources coexistent : les partenariats avec les marques, la monétisation en fonction du nombre de vues via les plateformes comme YouTube ou TikTok, et plus marginalement, les droits d’auteur. « Dans notre cas, comme nous ne pouvions pas compter sur la rémunération TikTok, pas disponible en Guadeloupe, et que les droits d’auteur sont peu significatifs, nous dépendions surtout des partenariats avec les marques, explique Célian. Or, cette activité est assez saisonnière : certaines périodes, comme les fêtes en Guadeloupe, sont très dynamiques, tandis que d’autres, comme le mois de septembre, sont beaucoup plus calmes ». Pour ne pas dépendre uniquement des collaborations, le couple a donc lancé son propre Pass inspiré de concepts similaires découverts lors de leurs études à Paris. Le principe : proposer à leurs communautés des réductions importantes – jusqu’à 50 % – dans une sélection d’adresses locales, en échange d’un abonnement. Une manière de générer des revenus directement auprès de leur audience, tout en permettant à des petites structures, sans budget communication, de gagner en visibilité.

« Nous, ce qu’on aime, c’est raconter des histoires »

 Orlane

« Capter l’attention dès les premières secondes »

Il est 9 heures : direction la salle de découpe. Pour des raisons d’hygiène, chacun enfile sa charlotte. À la manœuvre, Allan s’active entre abricots pays et goyaves. Orlane et Célian, eux, ont déjà dégainé leur téléphone. Ils filment à tour de rôle, parfois simultanément, tout en prenant des notes directement sur leur clavier. À leurs côtés, Mélodie et Brandon jouent le jeu avec enthousiasme, répondant aux questions, précisant chaque étape et chaque choix.

« Nous, ce qu’on aime, c’est raconter des histoires, explique Orlane. On n’est pas juste là pour dire que c’est joli ou que c’est bon. Les Jus de maman, c’est avant tout une aventure familiale qui valorise les fruits du terroir, parfois oubliés, et le travail des agriculteurs ». Dans cette logique, le petit bar à fruits prend tout son sens. « Il répond à un vrai besoin, poursuit-elle. Et surtout, il propose autre chose que les barquettes déjà toutes faites qu’on voit ailleurs, avec toujours les mêmes fruits et pas toujours très frais ».

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Orlane et Célian © Stéphane Jumet

Il est 10 h 30 passées quand Orlane et Célian tournent la dernière séquence : celle de la dégustation. Une parenthèse gourmande soigneusement préparée par Marielle. Un passage obligé pour éveiller l’appétit des abonnés et leur donner envie de venir découvrir par eux-mêmes. « Pour une vidéo qui dépasse rarement les 50 secondes, on tourne, en moyenne, une à deux heures, remarque Célian. Et le montage peut nous prendre jusqu’à 5 heures. Aujourd’hui, on sait ce qui fonctionne ou non. On affine chaque détail pour capter l’attention dès les premières secondes ».

Tournage, montage, prospection, négociation, partenariat, gestion… Orlane et Célian pilotent leur société créée en mars 2024, avec rigueur et ambition. Présents sur les réseaux depuis une dizaine d’années, ils vivent de leur activité depuis juillet 2024 et espèrent franchir un cap : devenir une référence en Outre-mer dans la production de contenus touristiques.