Monique Milia-Marie-Luce : les Antilles, une histoire singulière dans l’histoire de France ?
Comment les trajectoires individuelles des Antillais s'inscrivent-elles dans le récit national ? Chercheuse à l'université des Antilles en Martinique, Monique Milia-Marie-Luce met en lumière le parcours méconnu des femmes, des ouvriers et des migrants de la Caraïbe au XXe siècle. Rencontre avec une historienne qui reconnecte mémoire familiale et histoire collective.
Monique Milia-Marie-Luce © Jean-Albert Coopmann
Monique Milia-Marie-Luce : les Antilles, une histoire singulière dans l’histoire de France ?
Comment les trajectoires individuelles des Antillais s'inscrivent-elles dans le récit national ? Chercheuse à l'université des Antilles en Martinique, Monique Milia-Marie-Luce met en lumière le parcours méconnu des femmes, des ouvriers et des migrants de la Caraïbe au XXe siècle. Rencontre avec une historienne qui reconnecte mémoire familiale et histoire collective.
Quelle est votre thématique de recherche ?
Monique Milia-Marie-Luce : Je travaille sur le XXe siècle aux Antilles. Mon actualité tourne autour de deux axes de recherche : les migrations des Guadeloupéens et des Martiniquais entre 1880 et 1939 vers Panama, le Canada, Cuba, la France et le Venezuela, et le vote des femmes en Martinique avant 1944.
Si vous deviez résumer vos travaux en une seule phrase ?
Je montre la place singulière des Antilles au sein de l’empire colonial français, puis de la République, et les enjeux liés à leur maintien dans l’espace national.
Quelles sont les applications concrètes de votre étude ?
J’aborde souvent des faits historiques méconnus, comme les recrutements de domestiques guadeloupéennes pour le Canada en 1910-1911. Je nomme les actrices et les acteurs de l’histoire, notamment celles des migrations, ce qui présente un intérêt pour les familles antillaises qui réalisent leur arbre généalogique. Je rends surtout visible une histoire sociale, celle des femmes, des ouvriers et des domestiques. J’imbrique leurs trajectoires individuelles dans l’histoire collective, reconstituée à partir de sources archivistiques, d’archives privées (photographies, lettres, etc.) et de la mémoire familiale.
Mes recherches donnent lieu à des conférences, colloques et séminaires. Le volet consacré aux recrutements de domestiques guadeloupéennes pour le Canada sera présenté dans une exposition dévoilée, à Montréal, fin 2026. Cette recherche s’inscrit dans le programme international « Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) ». J’ai reçu le prix du meilleur article en histoire sociale pour ce travail. Concernant mes recherches sur le vote des femmes, une publication paraîtra à la rentrée 2026.
Que faites-vous aujourd’hui ?
Je suis maître de conférences en histoire contemporaine à l’université des Antilles, pôle Martinique. Je suis également responsable de la licence d’histoire et directrice adjointe de l’unité de recherches AIHP-GEODE. Depuis l’an dernier, j’ai mis en place un programme d’auditeurs libres au département d’histoire pour des adultes souhaitant approfondir l’histoire des Antilles sans suivre de cursus diplômant. Au-delà des liens intergénérationnels qu’il favorise avec les étudiants, ce dispositif constitue une autre manière de développer l’histoire publique. Nous avons également organisé une manifestation au domaine de Fonds Saint-Jacques, à Sainte-Marie, en lien avec mon projet « Actrices et acteurs de l’histoire ». Il s’agissait de montrer comment on coconstruit l’histoire.