Une banque tout terrain

Ils forment le binôme de tête du Crédit Agricole Martinique et Guyane. Carole Foulard, nouvelle présidente du conseil d’administration et Thibault Reversé, directeur général en poste depuis février 2025, partagent la vision d’une banque au service des habitants ainsi que des moyens pour avoir un réel impact sur le territoire.

Thibault Reversé, directeur général et Carole Foulard, présidente du conseil d’administration © Jean-Albert Coopmann
Thibault Reversé, directeur général et Carole Foulard, présidente du conseil d’administration © Jean-Albert Coopmann

Une banque tout terrain

Ils forment le binôme de tête du Crédit Agricole Martinique et Guyane. Carole Foulard, nouvelle présidente du conseil d’administration et Thibault Reversé, directeur général en poste depuis février 2025, partagent la vision d’une banque au service des habitants ainsi que des moyens pour avoir un réel impact sur le territoire.

Mathieu Rached

En 1988, Carole Foulard ouvrait son premier compte au Crédit Agricole. Jeune commerçante, elle est alors simple cliente de la banque verte. Quelques années plus tard, elle deviendra administratrice de la Caisse Locale Départementale et de la Caisse Locale du Lamentin. « J’ai une longue histoire avec le Crédit Agricole », sourit celle qui en est devenue la présidente du conseil d’administration le 30 mars dernier. Un titre et une mission au sein de la 1re banque/assurance européenne sur le marché des particuliers (9e au niveau mondial), qui s’inscrivent comme une évidence pour Carole Foulard, engagée de longue date auprès des entreprises et acteurs économiques en Martinique. 

Avec le directeur général, Thibault Reversé, aux commandes du Crédit Agricole en Martinique et en Guyane, ils forment désormais le binôme de tête pour déployer la stratégie de la banque en Martinique et en Guyane, porter les évolutions nécessaires et permettre à la banque de conserver ses engagements et de trouver les moyens de les conduire à bien. Un an après sa nomination, le DG garde intacte sa vision et sa motivation à œuvrer en tant que structure bancaire sur les territoires. « C’est passionnant de faire un métier de dirigeant de banque sur les deux territoires de Martinique et de Guyane parce que les défis sont de taille et qu’on est constamment au contact de porteurs de projets déterminés, qui ont le territoire chevillé au corps. »

Comment vont s’organiser vos missions respectives, de présidente et de directeur général ?

Carole Foulard, présidente : C’est vraiment une organisation propre au fonctionnement d’une banque mutualiste, avec d’un côté un conseil d’administration et une présidente qui représentent nos 67 000 sociétaires sur les territoires de Martinique et de Guyane, et de l’autre une direction qui, elle, met en œuvre la stratégie de l’entreprise au service des territoires et de ses 138 000 clients. Car la finalité, à travers nos agences, nos équipes, nos solutions bancaires et d’assurances, est bien d’amplifier le développement du territoire. C’est l’essence de notre groupe et l’objectif du conseil d’administration en Martinique et Guyane.

Thibault Reversé, directeur général : Dans notre duo, nous avons en effet des responsabilités un petit peu spécifiques mais nous avons surtout une responsabilité commune, c’est de pouvoir, le jour où l’un et l’autre quitteront nos fonctions, rendre l’entreprise dans un état et une performance supérieure à celles dans lesquelles on l’a trouvée. Et c’est cette trajectoire d’amélioration qui nous guide au quotidien.

Si la banque dispose d’une orientation nationale, c’est donc bien localement que se déploie la vision pour les clients et les territoires ?

C.F. : Absolument ! Mon prédécesseur, Alex Rosette, qui était quelqu’un de très inspirant pour moi, le répétait régulièrement, c’est ici dans nos instances régionales que se prennent les décisions pour le développement de la Martinique et de la Guyane. Je pense que c’est très important, en termes de légitimité, d’engagement et d’actions réelles. C’est ce qui fait tout le défi et l’intérêt de nos métiers.

T.R. : Concrètement, un des enjeux premiers est sans doute d’ordre technique pour pouvoir garantir la même qualité de service et de suivi pour l’ensemble de nos clients en Martinique et en Guyane que dans l’Hexagone avec le décalage horaire. De même il existe un enjeu à propos des compétences où, afin d’apporter le même niveau que dans les 38 autres caisses régionales du Crédit Agricole, nous avons créé une filière de formation en matière patrimoniale avec l’Université des Antilles. Cette continuité de qualité de service fait partie de l’ADN de la banque.

« C’est ici, dans nos instances régionales, que se prennent les décisions pour le développement de la Martinique et de la Guyane »

Carole Foulard, présidente

Récemment, le Crédit Agricole a développé une solution digitale permettant aux clients d’ouvrir un compte de manière autonome et entièrement à distance, quel bénéfice identifiez-vous sur nos territoires ?

T.R. : Le territoire est très jeune avec une partie importante de la population qui n’est pas « bancarisée ». D’abord parce que, au vu de l’étendue géographique, tout le monde n’a absolument pas accès à une agence près de chez lui, il n’y a pas beaucoup d’agences bancaires en Guyane, tout simplement. Donc, nous avons pu développer, avec l’appui du groupe, des offres commerciales 100 % en digital, similaires à certains concurrents purement digitaux. Au cours des dernières semaines, ce service a permis des dizaines et des dizaines d’entrées en relation qui ont été opérées uniquement en digital et autant de clients qui peuvent s’appuyer sur les compétences et ressources d’une banque traditionnelle.

L’appui à la filière agricole fait également partie de vos fondamentaux. Comment cela s’incarne-t-il ici ?

T.R. : Cette question est symbolique de la façon dont on veut travailler en Guyane, car aujourd’hui, une grande partie de l’agriculture guyanaise est informelle, ce qui pose un problème sur la trajectoire de « souveraineté », de comment on alimente la population guyanaise à long terme ? La situation étant assez figée, nous avons choisi de travailler avec la SAFER, la Chambre d’agriculture et la Fondation Farm, qui est la fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde. Leurs travaux pour déterminer les modalités d’une agriculture de performance sur le plateau des Guyanes sont réunis dans un livre blanc qui pose les priorités de l’agriculture guyanaise sur les 30 prochaines années. C’est une trame commune pour tous les acteurs du territoire, qui devra être incarnée par des porteurs de projets.

C.F. : Le Crédit Agricole s’inscrit dans cette perspective de très long terme, on sait qu’il y a un potentiel énorme sur cette agriculture des plateaux de Guyanes (le pays voisin Guyana est déjà autonome et souverain d’un point de vue alimentaire). Nos collaborateurs travaillent directement avec les comités techniques de la SAFER, pour appuyer les agriculteurs qui s’installent et porter cette vision de prospérité.

Et en Martinique ?

T.R. : Nous portons notre attention sur le tissu des coopératives agricoles qu’il nous semble important de pouvoir encourager. À l’échelle de la CODEM par exemple, nous avons apporté notre soutien dans le cadre de la présentation de la vache brahmane au salon international de l’agriculture. Mais aussi, nous conseillons et amenons nos clients agriculteurs à se regrouper et rejoindre les structures coopératives qui existent déjà. 

C.F. : De la même manière, nous sommes à l’écoute d’importants projets de startups dans le domaine agricole. Nous étudions actuellement le projet d’une jeune startup qui prévoit un nouveau développement de produits à partir de l’agriculture locale qu’elle positionnera sur l’international, sur tous les marchés présentant des produits agroalimentaires de bonne qualité. Nous regardons son dossier avec beaucoup d’attention (sourire).

Ce soutien du Crédit Agricole aux entrepreneurs rayonne-t-il au-delà du secteur de l’agriculture ?

C.F : En réalité, de par notre champ d’intervention, nos engagements, notre stratégie territoriale, nous incarnons en quelque sorte une « banque universelle », c’est-à-dire qui ne se restreint pas à une ouverture de compte ou une souscription d’assurance. La mission est plus grande que ces indicateurs.

T.R. : Pour illustrer le propos de Carole, je citerai notre politique en matière de microcrédits, qui sont destinés aux entreprises en difficulté voire parfois qui n’ont pas accès au crédit bancaire. À l’échelle des Antilles et de la Guyane, cela représente une enveloppe du groupe de 3 millions d’euros remis à l’ADIE qui, elle, se charge d’étudier les projets et d’octroyer les microcrédits. Soit quelques centaines à quelques milliers d’euros qui vont être déterminants dans la vie et le succès d’une entreprise, avec un impact réel et un taux de succès de 84 % au bout de 2 ans.

En tant que banquier très implanté auprès des entreprises de Martinique et Guyane, comment percevez-vous la situation économique ?

T.R. : À l’évidence notre position n’est pas que d’observer l’économie locale ! Nous la vivons au quotidien avec nos clients et, effectivement, les tensions de trésorerie des entreprises sont fortes. Délais de paiement trop longs, carnets de commande réduits, investissements d’avenir reportés, ce sont clairement des éléments qui traduisent une crise économique, sans doute plus forte en Martinique qu’en Guyane.

C.F. : Des entreprises pourtant historiquement solides ont besoin de reprendre leur souffle mais ont surtout besoin que leurs prestations rendues soient réglées rapidement. C’est un cercle infernal que malheureusement tout entrepreneur connaît, les délais de paiement s’allongent, le banquier joue son rôle de financement de la trésorerie … jusqu’à une certaine limite. Et la situation de notre territoire sur ce sujet des délais de paiement est connue comme étant atypique, disons même anormale. Or, la banque ne peut pas tout compenser. Que se passerait-il si finalement les paiements n’étaient pas effectués ?

« Comme pour les particuliers, nous déployons progressivement une solution d’entrée en relation pour les professionnels et agriculteurs “PRO BY CA” qui sera 100% digitale… »

Thibault Reversé, directeur général

Justement à propos des entreprises, les attentes sont également fortes en matière de digitalisation et l’inquiétude monte sur la facturation électronique. Comment approchez-vous ces évolutions et ces nouveaux besoins ?

C.F. : En tant que gérante de société, il est important que ma banque me permette de gagner du temps du point de vue administratif. Nous sommes particulièrement attentifs au sein du conseil d’administration pour que notre caisse régionale aussi bien en Martinique qu’en Guyane déploie des solutions innovantes du groupe sur nos territoires.

T.R. : Je confirme ! Comme pour les particuliers, nous déployons progressivement une solution d’entrée en relation pour les professionnels et agriculteurs PRO by CA qui sera 100% digitale… si c’est ce que souhaite le client ! Bien sûr nous conservons nos équipes commerciales dédiées aux professionnels et agriculteurs mais pour les entrepreneurs qui manquent de temps pour se rendre dans nos agences, nous leur offrons également la possibilité d’entrer en relation avec nous à distance, le dimanche soir sous leur carbet s’ils le souhaitent ! (sourire) 

C.F. : Et l’ensemble de ces offres intègre Kolecto, permettant aux professionnels et agriculteurs d’être en conformité avec la réforme de la facturation électronique, tout en pilotant simplement leur facturation, leur trésorerie, leurs flux financiers via la plateforme agréée par l’administration fiscale

T.R. : Je précise que tout cela est déjà disponible en agence et le sera en 100% digital à compter de septembre, encore un peu de patience !