À la conquête de la santé sexuelle

On se dépiste plus fréquemment en Martinique que dans l’Hexagone mais des progrès restent à faire pour « l’après dépistage ».

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À la conquête de la santé sexuelle

On se dépiste plus fréquemment en Martinique que dans l’Hexagone mais des progrès restent à faire pour « l’après dépistage ».

Mathieu Rached

À l’occasion de la semaine de la santé sexuelle qui s’est déroulée du 1er au 7 juin 2026, l’Agence régionale de santé (ARS) Martinique et le Comité régional de santé sexuelle (CoReSS) avaient réuni les acteurs de la santé publique dans les locaux de l’association AIDES à Fort-de-France, à proximité immédiate de la Maison des femmes, en centre-ville de Fort-de-France. Cette conférence de presse permit de dresser un état des lieux où d’excellents taux de dépistage coexistent avec des indicateurs épidémiologiques préoccupants, ce qui impose une intensification des politiques de territoire. En plaçant la jeunesse au cœur de cette édition 2026, les autorités entendent lever les freins culturels et géographiques pour installer une culture de l’autonomie et de la prévention durable sur l’ensemble de l’île. Le directeur général de l’ARS a ainsi émis un point de vigilance concernant le recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) non pas comme l’exercice d’une pleine liberté, mais comme un moyen de contraception de premier recours. De même qu’il a rappelé la réalité des violences sexuelles qui touchent 28,1 % des femmes, souvent dès le plus jeune âge. Autant d’enjeux « aux confins du sanitaire et du social, face auxquels la médecine restera relativement impuissante tant que des déséquilibres sociétaux et économiques resteront profonds », souligna-t-il.

Un dépistage soutenu

L’analyse des données de surveillance présentées par Santé publique France illustre une situation épidémiologique contrastée. Le taux de dépistage du VIH est particulièrement élevé en Martinique, atteignant 249 pour 1 000 habitants (soit près du double de la France hexagonale), pour un volume stable de 71 nouvelles découvertes de séropositivité en 2024, touchant majoritairement des personnes nées sur le territoire français (75 %) lors de rapports hétérosexuels (64 %). En revanche, les infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes connaissent une augmentation significative qui touche principalement les 15-25 ans. Le diagnostic des chlamydiæ et des gonocoques y est deux fois supérieur à l’Hexagone, touchant fortement les jeunes femmes, mais aussi les jeunes hommes qui se font moins dépister mais affichent des taux de positivité plus élevés. L’autre point d’alerte majeur concerne la recrudescence de la syphilis récente chez les jeunes femmes en âge de procréer. C’est pour mieux coordonner les réponses à l’ensemble de ces défis qu’en décembre 2025, le Comité régional de santé sexuelle (CoReSS) a été créé. Cette structure élargie doit « faire de la santé sexuelle un levier essentiel de prévention, d’égalité et d’émancipation pour tous, et en particulier pour les jeunes ».

Le numérique à la rescousse

Parmi l’arsenal du territoire, le dispositif « Mon test IST », élargi depuis 2024 au dépistage gratuit et sans ordonnance de cinq IST pour les moins de 26 ans, connaît une très forte augmentation atteignant environ « 500 patients dépistés par semaine » sur l’ensemble du réseau, estime un responsable de laboratoire d’analyses. Malgré cela, reste le défi du suivi thérapeutique, avec des jeunes patients réorientés vers la médecine de ville ne prenant pas leur traitement ou ne modifiant pas leurs comportements et habitudes sexuelles. Face à cela, des outils numériques innovants ont été lancés pour précisément faciliter l’interruption des chaînes de transmission. Les plateformes « Préviens-moi » (portée par AIDES) et « Notifications partenaires » permettent ainsi aux personnes diagnostiquées de prévenir anonymement leurs partenaires, par SMS, pour les inciter à se faire tester.

50 nuances de prévention contre le VIH

On a tendance à l’oublier l’usage du préservatif ne constitue plus l’unique rempart dans la lutte contre le VIH. La stratégie de prévention diversifiée repose sur une palette de dispositifs médicaux complémentaires : 

– La PrEP (Prophylaxie Pré-exposition) : destinée aux personnes séronégatives fortement exposées au risque de transmission. Outre la prise classique de comprimés (en continu ou à la demande avant une période de prise de risque), la PrEP est aussi disponible sous forme injectable à action prolongée (une injection sous-cutanée tous les deux mois). Des formulations ne nécessitant qu’une injection tous les six mois ou une fois par an arriveront bientôt sur le marché.

– Le TPE (Traitement Post-exposition ou traitement d’urgence): traitement antirétroviral d’une durée d’un mois, il doit être initié le plus tôt possible (au maximum 48 heures après une prise de risque) afin d’empêcher le virus de s’installer dans l’organisme.

– Le TasP (Treatment as Prevention ou traitement comme prévention) : ici, le traitement antirétroviral parvient à une charge virale indétectable dans le sang au bout de quelques semaines. La personne vivant avec le VIH ne transmet plus du tout le virus à ses partenaires sexuels.