Emprunter aujourd’hui pour anticiper les risques à venir
Le changement climatique est un paramètre que les collectivités et acteurs économiques ne peuvent plus ignorer. La Banque des Territoires de la Caisse des Dépôts (CDC) est là pour les accompagner en proximité, comme l’explique Loïc Rolland, directeur régional Antilles-Guyane.
- Article en partenariat
- Territoire
Loïc Rolland, directeur régional de la Banque des Territoires Antilles-Guyane © Lou Denim
Emprunter aujourd’hui pour anticiper les risques à venir
Le changement climatique est un paramètre que les collectivités et acteurs économiques ne peuvent plus ignorer. La Banque des Territoires de la Caisse des Dépôts (CDC) est là pour les accompagner en proximité, comme l’explique Loïc Rolland, directeur régional Antilles-Guyane.
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Qu’est-ce qui différencie la Banque des Territoires d’une banque classique ?
La Banque des Territoires intervient là où les banques commerciales ne vont pas, en proposant des prêts dont la durée peut aller de 25 à 60 ans, à des taux très compétitifs, indexés sur le taux du Livret A. Par ailleurs, ces taux sont les mêmes pour tous (collectivités, bailleurs sociaux…) et partout en France. La Caisse des dépôts et consignations est tiers de confiance. À ce titre, l’État nous a confié la bonne utilisation de l’argent déposé sur le Livret A par les épargnants. Nous disposons donc d’une capacité de financement importante sous forme de prêt. Nous pouvons aussi, sur nos fonds propres, financer de l’ingénierie ou investir dans des sociétés de projet.
Quel rôle la Banque des Territoires aux Antilles-Guyane peut-elle jouer dans l’adaptation au changement climatique ?
Nous allons des Îles du Nord jusqu’en Guyane. Les enjeux en termes d’adaptation au changement climatique sont multiples, avec un risque cyclonique accru pour les Antilles, une hausse des températures, un recul du trait de côte, mais aussi de nombreux défis en matière de gestion de l’eau potable et de traitement des eaux usées, etc. Notre rôle est de conseiller et de financer les dynamiques lancées par les élus et les acteurs économiques, et compte tenu de nos capacités de financement, nous pourrions faire beaucoup plus pour accompagner la transformation de ces territoires que ce que nous faisons aujourd’hui.
Vous voulez dire que les collectivités ne vous sollicitent pas à la hauteur de l’aide que vous pourriez leur apporter ?
Beaucoup d’élus craignent de s’endetter à long terme. Or l’adaptation au changement climatique nécessite de réaliser des investissements de long terme essentiels pour maintenir l’attractivité et l’habitabilité de nos territoires. Ces investissements peuvent être en partie financés par des subventions mais peuvent aussi s’appuyer sur des emprunts en cohérence avec la durée d’amortissement des actifs financés. Prenons l’exemple d’une école aux normes parasismiques et anticycloniques. Elle pourra être utilisée pendant 40, 50 et même 60 ans. Sa construction peut donc être financée sur ces mêmes durées. Le recours à des financements de long terme permet de réduire les annuités et de libérer des capacités budgétaires pour mener d’autres projets. Il ne faut pas avoir peur d’endetter les générations futures puisqu’elles bénéficieront de ces investissements. En bref, les solutions de la Banque des Territoires permettent d’adapter le profil d’annuité de l’emprunt afin d’optimiser l’impact budgétaire de ce dernier.
Des projets « vertueux »
L’adaptation au changement climatique est un enjeu que personne ne peut plus ignorer aujourd’hui, et la Banque des Territoires accorde une attention toute particulière aux projets qui comportent un volet « transition écologique ». Lorsqu’il s’agit de rénovation urbaine, elle s’appuie sur des critères correspondant aux objectifs nationaux et européens, cependant « un travail est réalisé pour adapter ces critères au climat tropical, tels que la résistance à la chaleur, la performance des façades, le recours aux brasseurs d’air, etc. », explique Jean-Marie Guillien, directeur territorial de la Banque des Territoires.
Les projets « vertueux » peuvent par exemple bénéficier de prêts à un taux plus intéressant que celui accordé pour un projet sans dimension « verte ». Mais la Banque des Territoires peut aussi accompagner les collectivités et acteurs économiques en ingénierie, voire investir dans certains projets, comme elle l’a fait pour la centrale géothermique de Bouillante, par exemple.
3 projets emblématiques soutenus par la Banque des Territoires
Parasismique, anticyclonique… Reconstruit après le passage de l’ouragan Irma sur Saint-Martin, en 2017, le collège 900 est un modèle de résilience face au changement climatique, unique dans les outre-mer (cf. encadré ci-dessous).
« Avec le déménagement du CHU, l’Audra (Association pour l’utilisation du rein artificiel) se retrouvait sans centre de dialyse. Et comme il s’agit d’une association, il n’était pas évident pour eux de se faire accompagner », constate Jean-Marie Guillien. « Or, la santé, c’est de l’intérêt général. Nous leur avons donc accordé un prêt de 16 millions d’euros sur 40 ans, au taux du livret A + 0,4 point. Ils ont pu réaliser leur projet et la durée longue a permis d’adapter les annuités. »
Par ailleurs, ce tout nouveau centre de dialyse intègre plusieurs dimensions environnementales. Il s’agit d’une construction respectueuse de l’environnement, qui inclut des mesures écologiques, avec une autonomie énergétique d’environ 95 % : protection solaire de la toiture, des murs et de la dalle afin de réduire les échanges thermiques avec l’extérieur, contrôle du débit d’insufflation et d’extraction d’air en fonction de l’occupation des locaux, récupération des eaux de pluie et de l’eau rejetée par les osmoseurs pour les sanitaires et l’arrosage des espaces verts, etc.
« Il ne s’agit pas encore d’un bâtiment à énergie positive, mais nous n’en sommes pas loin », conclut Jean-Marie Guillien.
« Nous sommes entrés au capital de Géothermie Bouillante à travers deux prises de participation successives, la première en 2016 et la deuxième en 2025, dans le cadre de notre soutien à la transition énergétique des zones non interconnectées », explique Jean-Marie Guillien. « Aujourd’hui, la géothermie représente 6 % de la production d’électricité du territoire, et l’idée est de monter à 12 %. Une nouvelle usine est en projet. »
Le collège 900, un modèle de résilience
Coût total : 42 millions d’euros
31 salles de classe équipées de tableaux numériques
Plateforme satellitaire pour assurer la continuité des moyens de communication
Transition énergétique et écologique – Normes parasismiques – Normes anticycloniques
- 4 logements de fonction
– Un gymnase de 2 000 m2
– Un centre de documentation multimédia
– Peut abriter 600 personnes en cas de cyclone
– Capacité d’accueil de 250 véhicules d’urgence (services techniques, pompiers, gendarmerie) capables d’intervenir dès la levée de l’alerte cyclonique
– Extérieurs végétalisés pour garder la fraîcheur
– 200 m2 de panneaux photovoltaïques = > Autonomie énergétique de plus ou moins 70 %
– Récupération des eaux de pluie
– Ventilation naturelle traversante