Traditour : la Caraïbe comme horizon
Après l’expérience marquante de la Dominique en 2025, le Traditour poursuit son ouverture vers la Caraïbe. Carl Chipotel, skipper et président de l’ANASA revient sur cette ambition à long terme qui vise à faire de la voile traditionnelle un vecteur de coopération régionale.
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Carl Chipotel, skipper et président de l’association nautique de Sainte-Anne (Anasa), organisatrice du Traditour © Mattéo Nativelle
Traditour : la Caraïbe comme horizon
Après l’expérience marquante de la Dominique en 2025, le Traditour poursuit son ouverture vers la Caraïbe. Carl Chipotel, skipper et président de l’ANASA revient sur cette ambition à long terme qui vise à faire de la voile traditionnelle un vecteur de coopération régionale.
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Le départ depuis la Dominique en 2025 a marqué une étape importante dans l’histoire du Traditour. Quelles étaient vos ambitions en donnant à l’événement cette dimension caribéenne ?
Dans le cadre de sa candidature à l’organisation du Traditour, l’association nautique de Sainte-Anne (ANASA) a proposé une ouverture progressive de la manifestation vers son environnement caribéen à l’horizon 2028. Cette orientation, validée par la Classe des canots saintois de voile traditionnelle repose sur une conviction simple : nous partageons avec nos voisins une histoire, une culture et une tradition maritime. L’idée est de recréer ces passerelles et de ne plus considérer la mer comme une frontière mais comme un lien.
Au-delà du défi sportif, nous sommes convaincus que l’avenir de nos territoires se construira aussi avec leurs voisins caribéens. Le Traditour n’est qu’une modeste contribution à cette dynamique. Cette ouverture doit aussi permettre à la course de toucher un public plus large et d’accompagner son développement dans les années à venir.
Un an après cette expérience, quels enseignements tirez-vous de cette ouverture vers la Caraïbe ?
Cette première expérience a demandé beaucoup de travail, mais le bilan est extrêmement positif. Nous avons vécu quelque chose d’unique avec cette liaison maritime entre la Dominique et la Guadeloupe. Ces images resteront gravées dans nos mémoires et dans l’histoire de la voile traditionnelle. Surtout, des contacts ont été noués et des échanges se sont engagés. Nous avons suscité l’intérêt de nombreux acteurs de la région et donné une première impulsion à des coopérations qui vont se poursuivre. Même les plus sceptiques ont reconnu que cette aventure avait du sens.
« L’idée est de recréer ces passerelles et de ne plus considérer la mer comme une frontière mais comme un lien »
En 2026, l’esprit caribéen reste présent, mais sous une autre forme. Comment souhaitez-vous faire vivre cette dimension régionale dans les prochaines éditions ?
Nous espérions accueillir davantage de participants venus de la Caraïbe dès cette année, notamment de la Dominique, d’Antigua ou d’Anguilla. Mais constituer un équipage, disposer du bon support de navigation et organiser toute la logistique demandent du temps et des moyens importants. Ce qui est encourageant, c’est l’intérêt manifesté par les acteurs de la voile traditionnelle de ces pays. Certains responsables ou représentants de fédérations sont d’ailleurs invités à venir assister à la compétition.
L’édition 2026 devrait compter toutefois un équipage martiniquais masculin. D’ici à 2028, notre ambition est de voir concourir des représentants de la Dominique, d’Antigua, d’Anguilla, mais aussi de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Il faut simplement laisser le temps à ces projets de se construire et aux marins d’acquérir l’expérience nécessaire.
Selon vous, quel rôle le Traditour peut-il jouer dans le rapprochement des territoires de la Caraïbe autour d’un patrimoine maritime commun ?
Nous nous considérons un peu comme des militants de notre culture et de notre identité caribéenne. La mer qui nous entoure ne doit pas être perçue comme un obstacle, mais comme une richesse et une opportunité que l’on se doit d’exploiter davantage.
Cette volonté n’est pas simple à concrétiser. Le rapprochement des territoires caribéens soulève des questions politiques, économiques et culturelles parfois complexes. Mais aucune barrière n’est infranchissable. D’autres régions du monde, comme l’Europe, ont démontré qu’il était possible de construire des coopérations durables malgré les différences. La Martinique, par exemple, a rejoint récemment la CARICOM communauté caribéenne.
Le Traditour est une fête populaire et une compétition sportive. Mais nous voulons aussi en faire une manifestation intelligente et consciente, qui ne se limite pas au divertissement et qui participe, à sa manière, à l’élévation collective de notre territoire.