NUMÉROS VERTS : DE L’IMPORTANCE DES RELAIS LOCAUX !
Ils sont courts, faciles à retenir et peuvent être d'un grand secours pour une prise en charge des situations de détresse : violences, cyberharcèlement, protection de l'enfance, prévention du suicide ou encore hébergement d'urgence. Aux Antilles-Guyane, l'efficacité de ces numéros verts repose beaucoup sur l'existence ou non de relais locaux.
NUMÉROS VERTS : DE L’IMPORTANCE DES RELAIS LOCAUX !
Ils sont courts, faciles à retenir et peuvent être d'un grand secours pour une prise en charge des situations de détresse : violences, cyberharcèlement, protection de l'enfance, prévention du suicide ou encore hébergement d'urgence. Aux Antilles-Guyane, l'efficacité de ces numéros verts repose beaucoup sur l'existence ou non de relais locaux.
Au fil des ans, l’État a lancé une liste de numéros gratuits, dits « numéros verts », facilement mémorisables. Parmi les plus connus : le 31 14 pour la prévention du suicide, le 39 19 dédié aux violences sexistes et sexuelles, le 119 pour la protection de l’enfance en danger, le 115 (Samu social) pour l’hébergement d’urgence et l’urgence sociale et, plus récemment, le 30 18 destiné aux cas de cyberharcèlement et violences numériques. Tous reposent sur le même principe : un accès unique sur l’ensemble du territoire, y compris en Outre-mer, avec la possibilité d’orienter les appelants vers des solutions locales.
Il existe toutefois quelques exceptions. Le 115, par exemple, qui peut répondre à la demande d’une personne sans abri ou d’une femme avec enfants en situation de rupture brutale, est, par la force des choses, géré localement. Accessible 24 h/24 et 7 j/7, le Samu social est coordonné via les SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation) de chaque département. Ce dispositif public est porté par des associations ou des structures locales : la Croix-Rouge pour la Guadeloupe, le groupement de coopération social et médico-social Martinique (CGSMS) et le Samu social pour la Guyane. Des travailleurs sociaux sont chargés de l’écoute, de l’évaluation et de l’orientation des appelants.
31 14 — Prévention du suicide.
Accessible 24h/24 et 7j/7. Gratuit et confidentiel. Aux Antilles : réponse locale de 9h à 21h, puis relais assuré par Montpellier.
Le cas du 31 14, dédié à la prévention du suicide, constitue également un dispositif à part. En cohérence avec la feuille de route « santé mentale et psychiatrie 2028 », il a été lancé en 2021, dans le contexte post-Covid 19. Il marque une véritable rupture : pour la première fois, le gouvernement a décidé de déployer des centres de réponses professionnels sur l’ensemble du territoire, Outre-mer compris. Il en existe 33 à ce jour. Ces centres, accessibles 7 jours/7 de 9 heures à 21 heures, ont vu le jour en mars 2024 en Guadeloupe et dans les Îles du Nord, puis en juin 2025 en Martinique. En dehors de ces horaires, la continuité du service est assurée par le centre de Montpellier.
En Martinique, le 31 14 est porté par quatre infirmiers en psychiatrie du centre hospitalier Maurice Despinoy du Lamentin, spécifiquement formés à l’écoute active et bienveillante et à l’évaluation du risque suicidaire. Idem pour le centre de Guadeloupe, composé de six professionnels de l’EPSM (Établissement public de santé mentale) de Saint-Claude.
« L’ouverture de centres régionaux marque un vrai progrès », souligne le Dr Edouard Godier, médecin psychiatre, coordinateur du 31 14 en Guadeloupe. « L’écoute est assurée par des professionnels et non des bénévoles, avec une véritable évaluation et orientation. Le recours à l’appel téléphonique facilite aussi le premier contact. L’anonymat garantit la confidentialité sans jugement et permet de toucher des personnes qui n’oseraient pas franchir la porte des soins. »
Ce dispositif présente aussi un avantage linguistique essentiel : la souffrance s’exprime souvent dans la langue maternelle. Les écoutants étant créolophones, la parole est donc facilitée et plus juste. « L’existence de centres locaux permet aussi d’aller au-delà de la ligne téléphonique avec des actions de prévention et de sensibilisation sur le terrain », poursuit le Dr Godier. Selon la direction générale de la Santé (DGS), le nombre d’appels est en hausse constante : 10 000 appels en 2025 contre 6 000 en 2024 en Guadeloupe, et 4 900 en 2025 contre 600 en 2024 pour la Martinique. « Cela ne signifie pas forcément qu’il y a davantage de personnes en souffrance », remarque le Dr Godier. « Mais plutôt que l’information circule autour de ce nouveau service. » Concernant l’ouverture prochaine d’un centre en Guyane, la DGS reste prudente en précisant que « le besoin d’une plateforme d’appel est en cours de réévaluation, de façon à s’assurer que les actions déployées soient appropriées à la situation locale. »
39 19 — Violences faites aux femmes.
Numéro national, gratuit et confidentiel. Accessible 24h/24 et 7j/7.
L’utilité du relais local se vérifie aussi dans la prise en charge des violences faites aux femmes. Si le 39 19, devenu accessible 24 h/24 et 7 j/7 en août 2021, constitue une porte d’entrée nationale essentielle, il ne s’agit pas d’un numéro d’urgence – rôle dévolu aux forces de l’ordre. Son action, assurée par des professionnels formés, repose sur l’écoute, le repérage des victimes et leur orientation vers des associations locales, notamment celles agréées par le ministère de la Justice.
En Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, ces structures — Guadav France Victimes 971, l’ADAVIM France Victimes Martinique et France Victimes 973 — font partie du réseau fédéral France Victimes, ce qui facilite le relais sur place et permet un accompagnement des victimes sur le plan juridique, social et psychologique. « Nous n’intervenons pas dans l’urgence immédiate, mais dans la prise en charge des victimes sur la durée », souligne Ruth Thaly-Contrôle, directrice de France Victimes Martinique.
En Guadeloupe uniquement, un système d’astreinte permettait, jusqu’en août 2025, aux forces de l’ordre de contacter l’association à tout moment selon les besoins, mais il a été interrompu faute de subventions. « Dès lors qu’une victime était identifiée par la police ou la gendarmerie, nous étions contactés dans la foulée pour faire un état des lieux : informations sur les droits, recherche d’hébergement, orientation vers le 115 ou mise en place d’un taxi social », explique Patrice Carvigant, directeur adjoint de Guadav.
Deux autres lignes nationales sont principalement destinées à la jeunesse. Le 119, Allô Enfance en danger, n’est pas récent. Le principe d’un service national d’accueil téléphonique remonte à 1989. Un numéro vert simplifié a vu le jour en 1997. Au fil des lois, le service s’est renforcé et il est aujourd’hui joignable 24 h/24 et 7 j/7, y compris en Outre-mer. Ses 45 écoutants, professionnels spécialisés (travailleurs sociaux, psychologues et juristes en protection de l’enfance) évaluent chaque situation avant de la transmettre aux services départementaux compétents. Un tchat en ligne est également à disposition sur le site allo119.gouv.fr.
30 18 — Cyberharcèlement et violences numériques.
Numéro national gratuit et confidentiel. De 9h à 17h (Hexagone), de 4h à 16h ou de 5h à 17h (Guyane), de 4h à 16h ou de 3h à 15h (Antilles).
À l’heure où les jeunes passent beaucoup de temps sur internet, ils ne sont pas épargnés par les violences : harcèlement sur les réseaux sociaux, diffusion de contenus sexistes ou humiliants, chantage, usurpations d’identité, rumeurs numériques, etc. Face à ces risques, une ligne nationale a été lancée en 2021 : le 30 18, géré par l’association E-enfance, reconnue d’utilité publique, avec des psychologues, juristes et spécialistes des outils numériques. Le cyberharcèlement nécessite, en effet, des réponses multiples : soutien psychologique, démarches juridiques et suppression de contenus préjudiciables. Le 30 18 est accessible par téléphone, tchat, messagerie instantanée ou formulaires.
Aux Antilles-Guyane, son utilité est réelle, mais son efficacité dépend de sa visibilité et de relais locaux. Le décalage horaire constitue aussi un frein : ouvert de 9 heures à 23 heures (heure de Paris), cela correspond chez nous à la fin d’après-midi ou au début de soirée, alors que les situations de cyberharcèlement surviennent souvent le soir, après l’école, lorsque les jeunes sont connectés. Barrière linguistique et service limité peuvent entraîner une perte de réactivité, ou à un renoncement à contacter le service. Cela souligne la nécessité d’une adaptation territoriale : élargissement des horaires, prise en compte des langues régionales et renforcement des relais sur le terrain. Localement, plusieurs associations agissent sur le harcèlement scolaire, comme J’M Jade, en Martinique, qui organise des ateliers dans les établissements scolaires ou Shield, en Guyane, qui mène des campagnes de sensibilisation et accompagne les victimes.