Un microbiote caribéen ?

Aux Antilles, nos traditions culinaires d’antan ne sont pas seulement savoureuses. Elles nourrissent et protègent notre microbiote en lui offrant exactement ce dont il raffole.

Un microbiote caribéen ?

Aux Antilles, nos traditions culinaires d’antan ne sont pas seulement savoureuses. Elles nourrissent et protègent notre microbiote en lui offrant exactement ce dont il raffole.

Noa Dorocant, naturopathe

Le microbiote, c’est quoi ?

Le microbiote intestinal regroupe l’ensemble des bactéries et micro-organismes qui tapissent notre système digestif, jouant un rôle essentiel dans la digestion, l’immunité, et même la santé mentale. Concrètement, le microbiote, c’est comme une armée invisible : des milliards de bactéries qui vivent dans nos intestins et travaillent pour nous. Elles transforment ce que nous mangeons, fabriquent des vitamines, boostent notre immunité, et même notre humeur ! Alors, ce que nous lui donnons à manger est essentiel !

Que mangeait-on avant ?

L’alimentation de nos anciens reposait sur un modèle simple, local et peu transformé. Des produits issus du jardin ou du marché : racines et tubercules, fruits frais, légumes et légumineuses. Les racines telles que les ignames, les madères, les patates douces et le manioc servaient de base, notamment grâce à leur disponibilité quasi-constante sur l’année. Particulièrement, la farine de manioc était consommée par une grande partie de la population. De récentes recherches ont démontré que la farine de manioc est riche en amidons complexes, source d’énergie stable et fortement rassasiante. De plus, lorsqu’il est refroidi, le manioc regorge d’amidon résistant, favorisant certaines « bonnes » bactéries intestinales (Chia Chen, et al. 2025).

Pourquoi c’était mieux ?

En adoptant l’alimentation d’antan, très riche en fibres et en amidon résistant, on offre aux micro-organismes ce qu’ils préfèrent : des prébiotiques nourrissants ! Nos légumineuses, légumes et racines-pays (giraumon, concombre, patate douce, igname, gombo, pois d’Angole…) sont donc de véritables alliés pour le ventre. Des études réalisées sur des populations traditionnelles, comme les chasseurs-cueilleurs Hadza de Tanzanie, montrent qu’une alimentation riche en racines, fruits et légumes locaux augmente considérablement la biodiversité microbienne. Par extension, ce type de régime, fortement semblable à notre alimentation caribéenne ancestrale, permettrait, selon cette étude, une biodiversité microbienne jusqu’à 40 % plus importante que celle d’un Européen moyen !

Que disent les scientifiques ?

Les scientifiques le confirment : les fibres, largement contenues dans les fruits, légumes et céréales, sont le « fuel du microbiote ». Selon l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), plus l’apport en fibres est élevé, plus le microbiote contient une grande diversité d’espèces de bactéries, plus il est sain et performant.

Et aujourd’hui, on mange quoi ?

Attention à l’alimentation moderne transformée ! L’IRD (Institut de recherche pour le développement) observe que depuis quelques années, aux Antilles-Guyane, on consomme moins de glucides complexes et fibres, mais plus de protéines animales, d’aliments gras et sucrés. La conséquence ? Un microbiote appauvri et fragilisé. Peut-être serait-il temps de renouer avec nos racines et légumes d’antan !

Inrae 2017 – Microbiote intestinal : un organe à part entière. Dossier de presse, Institut national de la recherche agronomique.

Schnorr S. L. et al., 2014 – Microbiome intestinal des chasseurs-cueilleurs Hadza/Gut microbiome of the Hadza hunter-gatherers. Nature Communications.

Méjean C. et al., 2020 – Alimentation et nutrition dans les départements et régions d’Outre-mer. Marseille, IRD.

Chia-Chen L. et al., 2025 – Caractérisation d’un amidon résistant de tapioca et de son rôle dans la prévention de l’obésité grâce à son action sur le microbiote intestinal. International Journal of Biological Macromolecules.

Microbiote & saveurs : 3 recettes péyi

Bien manger, c’est aussi se faire plaisir. Voici trois recettes locales à la fois nourrissantes et réconfortantes réalisées par la cheffe Audrey, d’Andémik Soul Food.

Qui est Audrey ?

Audrey est une cheffe engagée. À travers son concept Andémik Soul Food, elle propose une cuisine saine, gourmande, authentique, connectée au corps, une cuisine qui revient à l’essentiel, à ce qui nous nourrit vraiment, redonne vitalité et énergie. « Je suis animée par le vivant sous toutes ses formes, avec la volonté d’être à l’écoute de l’existant. Je compose avec les richesses de notre nature, guidée par l’alchimie des couleurs, des saveurs, des textures. »

→ Retrouvez ses plats sur @andemik_soulfood

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Salade de concombre fraîcheur et alcaline © Lou Denim

Salade de concombre fraîcheur et alcaline

1. Éplucher les concombres et les couper en dés. 2. Ciseler les feuilles de menthe fraîche. 3. Ajouter le jus d’un citron vert. 4. Ajouter une gousse d’ail râpée. 5. Saler légèrement, mélanger et déguster.

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Chiquetaille de dorade au zèb a fè et baies roses © Lou Denim

Chiquetaille de dorade au zèb a fè et baies roses

1. Nettoyer, citronner et assaisonner les darnes de dorade. 2. Les cuire à la vapeur ou les faire revenir dans de l’huile d’olive. 3. Laisser refroidir, puis émietter dans un bol. 4. Ajouter un bon jus de citron. 5. Hacher finement un bouquet garni (cives, persil, piment doux, ail, thym, basilic frais) et mélanger. 6. Déguster avec des racines au choix, après les avoir épluchées, rincées, coupées et cuites.

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Pois d’Angole façon houmous au lait de coco © Lou Denim

Pois d’Angole façon houmous au lait de coco

1. Faire tremper les pois toute la nuit. 2. Rincer et plonger dans une casserole d’eau bouillante agrémentée d’oignons, de piment doux, d’ail, de bois d’Inde et de thym. 3. Ajouter une cuillère à café de bicarbonate. 4. Laisser cuire à feu moyen jusqu’à ce que la peau soit molle et le pois tendre. 5. Mixer avec un peu de lait de coco jusqu’à ce que la texture soit homogène. 6. Ajouter de l’huile d’olive, un jus de citron et un peu d’ail râpé sur le dessus.