Habitué à batailler entre les bouées dans les eaux caribéennes, Sacha Daunar s’apprête à réaliser son rêve de course au large sur La Route du Rhum, pour sa première transatlantique en solitaire. À la barre du Class40 Viking Forever, l’ex-président de la Ligue de voile de Guadeloupe porte un projet sur deux ans, qui doit le mener à la Transat Jacques Vabre en 2023.

Fort d’un physique détonnant dans le monde de la voile, le rugbyman Sacha Daunar enchaîne depuis plus de vingt ans les ronds dans l’eau et les succès au rythme de ses plaquages d’antan. Mais le bassin caribéen est devenu un terrain de jeu trop étroit pour ses larges épaules. « J’ai quasiment parcouru un tour du monde ici ! », s’amuse le Martiniquais de naissance, Guadeloupéen d’adoption.

Bercé par les flots dans le ventre de sa mère, navigatrice, le jeune Daunar fait ses armes sur les plans d’eau de l’île sœur, d’abord en Optimist, puis en Laser, en Surprise, etc. Un cheminement classique pour tout marin en herbe, qui l’amène à découvrir, il y a peu, les joies de la Class40 (monocoque de 12,19 m). « Lorsque je faisais encore partie de l’association Clipper, le skipper Olivier Magré (25e de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe en 2018) nous a fait l’honneur de nous offrir son bateau. J’ai alors eu tout plaisir à naviguer sur ce type de support, notamment lors de notre victoire sur la Heineken Regatta, en 2020, face à des concurrents expérimentés comme Morgane Ursault-Poupon. » Mais l’ancien président de la Ligue guadeloupéenne de voile, 32 ans, prend vite conscience que « ce type de bateau n’est pas fait pour tourner autour des îles, entre trois bouées ». Ses rêves de transatlantique commencent alors à le chatouiller sérieusement. Il est temps de mettre les voiles. « J’avais vraiment envie de découvrir autre chose, de faire de la distance. »

« Ce bateau a une âme »

Deux ans après ses premiers regards vers le large, Sacha Daunar s’active au bout du quai 7 de la marina de Pointe-à-Pitre. Nous sommes à la mi-mai et le récent vainqueur de l’Antigua Sailing Week se prépare à quitter la Guadeloupe pour vivre, aussi surprenant que cela puisse paraître, sa première traversée de l’océan, à moins de six mois du départ à Saint-Malo. « D’abord en équipage jusqu’aux Açores, puis en solitaire pour rejoindre la Trinité-sur-Mer (Morbihan). Cela va me permettre de boucler ma qualification pour La Route du Rhum et de mieux apprivoiser mon bateau. »

Car la monture a changé. « Il s’agit d’un Pogo S2, construit en 2010. Il n’est pas de nouvelle génération, mais c’est un bateau robuste, qui a été éprouvé, qui a une vie. Il a déjà participé à plusieurs Route du Rhum et Transat Jacques Vabre, avec de beaux résultats à ses débuts. J’ai vraiment ressenti une âme lors de ma première montée à bord », s’enchante le nouveau barreur de Viking Forever, baptisé du nom de son association d’aide à l’inclusion sociale.

Sacha Daunar, marin de la Route du Rhum 2022

« Être marin, on sait ou on ne sait pas »

Un bateau au joli pédigree qui pourrait faire naître de belles ambitions ? « Finir dans les deux premiers tiers serait déjà très bien ! Disons qu’avec un budget de 260 000 euros, j’ai pu acquérir le matériel nécessaire pour, je l’espère, vivre la course sereinement. Après, je reste un compétiteur, je vais tout donner avec comme objectif d’arriver avant mon anniversaire, le 25 novembre. Ce serait mon plus beau cadeau », professe cet ingénieur en aéronautique chez Air Caraïbes.

Pourtant, il le sait, son inexpérience ne plaide pas en sa faveur sur une course aussi exigeante. Parmi les 55 skippers engagés dans la catégorie Class40, beaucoup sortent du Figaro et comptent plusieurs traversées à leur actif, notamment la Transat AG2R. « Je suis méconnu du circuit, c’est vrai, mais j’espère tout de même pouvoir titiller les “Gwo Mòdan”, comme on dit dans la voile traditionnelle ! »

Après deux ans de préparation physique et mentale, aux côtés de son acolyte Alain Reynaud, ce passionné de théâtre affiche une belle sérénité. L’insouciance de la jeunesse sans doute.
« Ça me fait penser à la citation de Shakespeare : “Être ou ne pas être, telle est la question”. Tabarly l’avait reprise par : “Être marin, on sait ou on ne sait pas” ».

Malgré son statut de bizut, Sacha Daunar se sent marin. Et il compte bien transformer l’essai.

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Hisser haut les couleurs de trois associations

Par le biais de son association Viking Forever, créée en 2020, le skipper antillais partage au quotidien sa passion pour la voile et fait découvrir les joies de la navigation à un public en situation de handicap.

Engagé depuis de nombreuses années dans des actions soutenant l’inclusion sociale, Sacha Daunar portera les couleurs de trois associations, dont il est le parrain :
Tous en Bleu Solidarité Autisme vise à mieux informer le grand public sur les réalités de ce trouble du développement.
Serac (Solidarité – Entraide – Rencontre – Accessibilité – Communication), centre de formation unique spécialisé dans la Langue des signes et destiné à faciliter l’accession des sourds et des malentendants à la vie sociale, culturelle et professionnelle en Guadeloupe.
Képis de Pescalunes vient en aide aux enfants malades et aux orphelins de la Gendarmerie.