À bord du Cibuqueira

Contrôle des bateaux, lutte contre la pollution, le braconnage et les trafics illégaux, investigations sous-marines, et 650 km de côtes à surveiller… La brigade nautique de la gendarmerie nationale est un maillon essentiel de la sécurité en mer et de la protection de l’environnement.

Brigade Nautique gendarmerie © Lou Denim
Brigade Nautique gendarmerie © Lou Denim

À bord du Cibuqueira

Contrôle des bateaux, lutte contre la pollution, le braconnage et les trafics illégaux, investigations sous-marines, et 650 km de côtes à surveiller… La brigade nautique de la gendarmerie nationale est un maillon essentiel de la sécurité en mer et de la protection de l’environnement.

Caroline Bablin

Quand le major Julien, commandant de la brigade nautique de la gendarmerie nationale de Guadeloupe, et ses hommes embarquent à bord du Cibuqueira amarré à Fouillole, au port de Pointe-à-Pitre, rien ne laisse présager le déroulement de la journée, tant leurs missions sont variées : police de la pêche, police de l’environnement, lutte contre les trafics, missions de sauvetage… S’ils sont trois à bord ce jour-là, avec l’adjudant Nicolas et le gendarme Maxime, neuf militaires composent la brigade. Tous ont suivi le cursus maritime et fluvial de la gendarmerie nationale, et huit d’entre eux sont aussi plongeurs, techniciens en investigations subaquatiques.

« Permis et papiers du bateau ? »

La veille de notre reportage, ils étaient à La Désirade. Cette fois-ci, c’est du côté de la Rivière-Salée qu’ils vont patrouiller et faire du contrôle d’embarcations, plaisanciers et professionnels. L’œil averti des gendarmes permet aussi de repérer les bateaux en excès de vitesse. « Dans le chenal, la tolérance est de 8 nœuds, mais dans la Rivière-Salée, c’est 5 nœuds, pas plus », explique le commandant de la brigade. En mer, pas de radar pour contrôler la vitesse. Mais un bateau relevé à l’avant, sillon et mousse à l’arrière sont les signes d’un excès de vitesse.

Ce jour-là, pas de remous excessifs, tous les bateaux naviguent tranquillement. Un « NUC » (navire à utilité commerciale) s’apprête à passer sous le pont de l’Alliance quand les gendarmes lui font signe. Simple contrôle de routine pour ces derniers : permis du pilote, carte de circulation, permis d’armement du bateau… Tout est en règle et l’ambiance est détendue. Les touristes, eux, emporteront un souvenir de plus de leurs vacances dans l’archipel. « Les contrôles se passent souvent mieux en mer qu’à terre. Nous faisons beaucoup de prévention. Avec les plaisanciers, la plupart des infractions relevées sont l’absence de matériel de sécurité à bord, souvent par méconnaissance », note le major Julien.

Gare aux pollueurs et braconniers

La protection de l’environnement est aussi une part importante de leur travail. Dans le Grand Cul-de-Sac Marin, par exemple, il s’agit de vérifier que personne ne débarque sur l’îlet Caret ou l’îlet Blanc, fermé depuis le 15 avril pour protéger la nidification des sternes. Dans ce domaine, ils peuvent travailler de concert avec les agents du Parc national, notamment dans le cadre du « Groupe d’action de l’État sur le littoral » créé pour faciliter la coopération entre les différents services.

Au cours de leurs patrouilles, les gendarmes tâchent aussi de détecter tout signe de pollution de l’eau, traces d’hydrocarbure, ou autre. Et pas seulement en mer d’ailleurs. « Nous avons été amenés à verbaliser des personnes qui lavaient leur voiture dans la rivière Moustique, par exemple », note le commandant de la brigade nautique. Dans son équipe, deux enquêteurs environnementaux sont tout particulièrement formés à ces missions.

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Brigade Nautique gendarmerie Lou Denim

Un casier non identifié ? « Nous plongeons pour libérer les poissons et nous saisissons le casier », poursuit le commandant. En effet, tout casier doit porter, en surface, une étiquette avec l’immatriculation du bateau de pêche à qui il appartient.

Le braconnage existe. La preuve, les gendarmes ont saisi, l’an dernier, 14 kg de lambis débarrassés de leur coquille dans le Grand Cul-de-Sac Marin. Même si on imagine facilement la brigade nautique contrôler un bateau de pêche et sa cargaison en mer, on le sait moins, elle est aussi habilitée à contrôler les poissonneries, depuis le pêcheur qui vend à quai jusqu’au rayon du supermarché. « On vérifie la provenance des poissons et crustacés, la taille, l’espèce, si la vente est bien autorisée… », explique l’adjudant Nicolas.

Pour ces missions, on parlera de police administrative, comme lorsqu’ils contrôlent un centre de plongée sous-marine ou toute autre structure commerciale proposant des activités nautiques ou la location de bateaux avec ou sans permis, jet-skis, etc.

Enquête dans les profondeurs

Mais si le Cibuqueira est équipé du deux tons et d’un gyrophare, ce n’est pas pour rien. À tout moment, la brigade nautique peut être sollicitée pour un débarquement de produits stupéfiants ou cigarettes de contrebande. « Nous intervenons en mer, en renfort des équipes à terre, pour faire le “bouchon”, c’est-à-dire pour empêcher le bateau de repartir, explique le major Julien, puis pour saisir et remorquer l’embarcation. » L’an dernier, à Deshaies, les gendarmes ont ainsi mis la main sur un stock de cigarettes de contrebande d’une valeur de plus d’un million d’euros.

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Brigade Nautique gendarmerie Lou Denim

Une arme jetée du haut d’un pont ? C’est à eux qu’on fait appel. Et plus largement, pour tout ce qui se passe sous le niveau de la mer. En tant que techniciens d’investigations subaquatiques, ils sont amenés à faire toutes les constatations sur une victime immergée – photos, mesures, relevés d’indices qui pourraient être altérés au moment de la remontée en surface… –, comme lors de l’accident d’autogire survenu en février, au large de Saint-François.

Mais heureusement, rien de tel cet après-midi-là. Fait le plus marquant : la visite d’une raie léopard – inscrite sur la liste rouge des espèces menacées d’extinction – venue nager près du bateau, juste sous la surface, comme si elle savait que les gendarmes sont aussi là pour la protéger…

Une deuxième brigade nautique à Gourbeyre

Un décret vient d’entériner les création d’une seconde brigade nautique en Guadeloupe, opérationnelle à partir du 1er août 2026. Celle-ci sera basée à Gourbeyre et sera composée de huit gendarmes.