Apigua : Les miels de Guadeloupe, une richesse à protéger

Au sein de l’Iguavie, l’Apigua(1), association des apiculteurs de Guadeloupe, contribue à développer la filière apicole. Sa priorité aujourd’hui : faire reconnaître les spécificités des miels de Guadeloupe par une Indication géographique protégée.

Tony Prudent contrôle ses ruches à Marie-Galante Baptistine Notte
Tony Prudent contrôle ses ruches à Marie-Galante Baptistine Notte

Apigua : Les miels de Guadeloupe, une richesse à protéger

Au sein de l’Iguavie, l’Apigua(1), association des apiculteurs de Guadeloupe, contribue à développer la filière apicole. Sa priorité aujourd’hui : faire reconnaître les spécificités des miels de Guadeloupe par une Indication géographique protégée.

Caroline Bablin 

Depuis la création du Concours général agricole au Salon international de l’agriculture de Paris, les miels de Guadeloupe ont été distingués à 52 reprises, témoignant du savoir-faire et de l’engagement des apiculteurs de l’archipel. Cette réussite s’appuie sur deux structures clés : l’Apigua, qui fédère 140 adhérents – dont une cinquantaine de professionnels – représentant près de 8 000 ruches, et la SICA Myel Péyi Gwadloup, en charge de la commercialisation des miels et de l’approvisionnement collectif en matériel apicole.

Mais ces médailles distinguent aussi les spécificités du terroir guadeloupéen auquel nous devons une si grande variété de miels. « On recense quelque 3 500 plantes à fleurs dans l’archipel dont environ 350 sont butinées par les abeilles. C’est ce qui va donner cette grande variété de miels, tant par le goût que par la couleur », explique Benoit Foucan-Perafide, docteur en chimie biologique et conseiller technique de la filière apicole. Ce dernier est notamment l’auteur d’une thèse consacrée aux miels de Guadeloupe qui sert de base de travail pour une demande d’IGP, Indication géographique protégée. Car si l’excellence des miels de l’archipel est reconnue, la filière n’en reste pas moins fragile, soumise aux aléas climatiques, aux pressions humaines (déforestation, pollution, bétonisation…) et doit surtout faire face à la concurrence des miels importés.

Des miels typiques par leur saveur, leur couleur…

En effet, près de 400 tonnes de miel sont consommées chaque année dans l’archipel, alors que les bonnes années, la production locale se situe entre 100 et 150 tonnes. « Nous produisons environ 30 % du miel consommé en Guadeloupe », note Tony Prudent, président de l’Apigua, soulignant la nécessité de rassurer le consommateur qui peine parfois à faire la différence entre un miel produit en Guadeloupe et un miel importé – voire un simple mélange de glucose et fructose qui n’a rien à voir avec du miel –, surtout quand l’étiquetage est tendancieux.

« L’IGP permettra de valoriser les spécificités de nos miels », précise Benoit Foucan-Perafide, qui connaît parfaitement le dossier puisque dans le cadre de sa thèse, il a lui-même effectué des analyses botaniques « pour identifier les plantes à l’origine de nos miels », mais aussi des analyses physico-chimiques « pour montrer les spécificités en termes de pH, humidité, couleurs… » Et actuellement, des analyses sensorielles, ou organoleptiques, sont en cours « pour en définir les arômes et saveurs ». Autant d’étapes obligatoires pour prétendre à l’IGP.

« Ce sont les trois aspects “scientifiques” qui nous permettent de démontrer la typicité de nos miels, explique ce dernier. Et là, on est quasiment prêts à déposer le dossier auprès de l’INAO (Institut national des appellations d’origine, N.D.L.R.). » Mais le chemin sera encore long avant d’obtenir le label, d’ici trois à cinq ans.

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Tony Prudent, président de l'Apiqua Baptistine Notte

Protéger la biodiversité

En attendant l’obtention de l’IGP, l’Apigua continue d’accompagner les apiculteurs en organisant des réunions techniques mensuelles et des formations pour ceux qui souhaitent s’installer ou monter en compétences. Un séminaire est organisé chaque année, avec la participation d’une sommité du monde apicole. L’objectif est aussi de gagner en productivité pour tendre vers les 200 tonnes de miel produites en Guadeloupe.

Mais pour ce faire, il faut aussi préserver la ressource, les abeilles et les plantes mellifères. Un autre combat mené par l’Apigua qui tente de sensibiliser la population et les pouvoirs publics à l’importance de protéger la biodiversité. « Si l’IGP est la priorité de la filière apicole aujourd’hui, c’est aussi pour cette raison. Car si on ne protège pas nos arbres mellifères, avec les changements climatiques et le déboisement – les campêches(2) coupés pour faire du charbon par exemple –, la filière pourrait disparaître », met en garde Tony Prudent.

(1) L’Apigua est un des membres fondateurs de l’Iguavie (Interprofession guadeloupéenne de la viande et de l’élevage) et constitue, en son sein, la filière de production apicole. À ce titre, elle contribue à la structuration et au développement de cette filière au sein de l’interprofession.

(2) Le miel de fleurs de campêche est un des miels mono floraux de Guadeloupe, le premier miel produit en début de saison apicole, à une période où cet arbre est le seul à fleurir.