Cassidy Sydol « Je veux être mon propre modèle »

© Aubane Nesty
© Aubane Nesty

Cassidy Sydol « Je veux être mon propre modèle »

Mathieu Rached

« Si je devais citer un moment clé pour moi, ça serait lorsque j’ai dû annoncer le lauréat du Goncourt des lycéens devant les médias, la ministre de l’Éducation nationale et le président de la FNAC. Quelques semaines plus tôt, mon lycée à Fort-de-France, avait été sélectionné pour participer au jury du concours annuel. Les élèves du Séminaire Collège Sainte-Marie ont donc lu et débattu, et j’ai été choisie pour représenter mon établissement. Puis, à l’issue des rencontres avec les auteurs, à Rennes, et des débats avec des lycéens de toute la France, de la Réunion, du Canada, de Chicago où l’on devait défendre nos livres préférés, argumenter, trouver un terrain d’entente, il a fallu élire un président. C’est mon nom qui est sorti. Ce jour-là, au moment de prendre la parole pour annoncer que le Goncourt des Lycéens 2024 récompensait le livre de Sandrine Collette, Madelaine avant l’Aube (éditions JC Lattès), j’ai découvert une partie de moi que je ne connaissais pas. En fait, ce qui m’a marquée, c’est cette responsabilité soudaine, ce mélange d’adrénaline et de fierté. En réalité, cette expérience m’a appris à oser, à me faire confiance, même quand je ne me sens pas tout à fait prête. Elle m’a montré que j’avais une voix, et que cette voix pouvait porter celle des autres.

Jusqu’à la maison de la radio où j’ai été invitée sur France Inter avec l’autrice primée et un professeur de lettres. C’était impressionnant, mais j’ai adoré ça. Rencontrer les auteurs, poser des questions préparées par les élèves, comprendre leur processus d’écriture, c’était magique. J’ai réalisé à quel point j’aimais la littérature, à quel point j’étais passionnée.

Tout ça s’est passé lors de mon année de terminale, en Martinique, alors que j’ai grandi en banlieue parisienne. J’ai passé mon enfance entre la France et les vacances annuelles en Martinique, sans m’imaginer y vivre un jour. Aussi, à l’adolescence, lorsque j’ai atterri au lycée, ça a d’abord été un choc, forcément, mais j’ai appris à m’adapter. Aujourd’hui, je me dis que cette capacité à naviguer entre deux mondes est une force et je sais que cette dualité me définit. Après l’épisode du Goncourt des lycéens et l’obtention de mon bac, je suis retournée à Paris où j’étudie maintenant le coréen à l’INALCO. Je suis en première année et la Corée est mon autre grande passion, j’ai découvert ce pays et cette culture pendant le confinement, quand ma mère me forçait à regarder des séries et des films coréens (rire). La première année est très générale et très dense, on pourra se spécialiser en affaires étrangères, média ou commerce. Mon choix n’est pas fait, mais j’ai ce rêve de créer un pont entre la France et la Corée, peut-être dans le milieu de la mode, un domaine qui me fascine. J’aime l’idée de communiquer, de rencontrer des gens, de raconter des histoires. Parfois j’ai aussi la tentation de basculer vers quelque chose de plus littéraire. Je sais que 18 ans c’est encore très jeune, que j’ai le temps et que c’est normal d’hésiter, de se chercher.

Surtout, je crois que je veux être mon propre modèle, je ne m’inspire pas d’une personnalité en particulier. Je crois que l’ambition, c’est de transformer une envie en objectif, et de s’en donner les moyens. Même si parfois, j’ai le syndrome de l’imposteur, surtout après le Goncourt, quand j’ai reçu tant de compliments et d’opportunités. Un an après, en vous le racontant à nouveau, le souvenir de cette période est toujours intense et je me rends compte qu’il me donne un élan pour construire ma vie de jeune adulte, entre la Martinique où je suis née, la France où j’ai grandi, et la Corée où j’irai un jour. »

Dans quel domaine te vois-tu réussir plus tard ?

« J’ai ce rêve de créer un pont entre la France et la Corée, peut-être dans le milieu dans la mode, un domaine qui me fascine »