Jade Volmar, militer pour l’essentiel

© Mathieu Delmer
© Mathieu Delmer

Jade Volmar, militer pour l’essentiel

Floriane Jean-Gilles

Jade Volmar « J’ai eu un « down » pendant la COP30 quand je me suis rendu compte que les pays qui étaient rassemblés à cette occasion prenaient des décisions sans garantie de les appliquer. Je me suis dit « C’est ça la COP ? » ; et puis en discutant avec les uns et les autres, même si les chiffres sont alarmants, j’ai fini par me dire que les choses seraient sans doute bien pires si on ne faisait rien. Aujourd’hui on se situe entre deux scénarios possibles pour le climat, selon les spécialistes du GIEC : un scénario pessimiste et un scénario moyen. Le scénario optimiste n’est plus envisageable. On dit souvent que tout repose sur la jeunesse, mais les décisions n’émanent pas de nous. J’ai souvent l’impression que le monde court à sa perte, c’est sans doute cela qui me donne envie de m’engager encore plus.

Je me souviens de tout ce que m’a transmis ma grand-mère, j’ai vécu et grandi avec elle jusqu’à la fin du collège : son jardin, la tisane du soir, elle évitait la surmédication et donnait toujours la priorité aux plantes. Ce n’est qu’aujourd’hui que je mesure la puissance de tout ça. En réfléchissant, c’est peut-être de là que vient ma volonté de défendre cette richesse. Les cultures des peuples autochtones et afrodescendants ont tellement été dévalorisées, piétinées, effacées qu’elles sont devenues impuissantes. Pourtant les savoirs ancestraux sont des guides pour mieux consommer et mieux vivre. C’est aussi lié à l’autonomie alimentaire, l’idée n’est pas de se détacher du monde, mais d’avoir le choix de consommer ce qui vient d’autres pays. Je n’ai pas beaucoup voyagé, mais j’ai le sentiment qu’on a tout ce qu’il nous faut ici.

Je ne me vois pas vivre ailleurs qu’en Guyane. Ce que j’aime le plus, c’est qu’on est multiculturels. On vit en harmonie. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de discriminations mais on apprend à vivre ensemble depuis toujours. Je crois qu’on devrait tous se demander ce dont on a vraiment besoin en tant qu’être humain. Tant que nous avons de quoi vivre en harmonie avec la nature, nous avons de quoi vivre tout court. A-t-on vraiment besoin de tout ça ?

On gagnerait aussi peut-être à être moins dépendants du travail. Ça ne devrait pas être une honte de ne pas être une acharnée du travail. C’est important de prendre du temps pour soi. On devrait s’occuper de sa sécurité émotionnelle et psychologique avant de s’inquiéter de sa sécurité financière. Aujourd’hui, dans mon cercle d’amis en tout cas, on cherche un travail qui nous plaise et on veut pouvoir garder la liberté de gérer notre quotidien comme on le souhaite, sans dépendre d’un CDI. C’est pour ces raisons que j’ai un projet de création d’entreprise dans la gestion de projets, communication et événementiel. J’avais beaucoup apprécié ça quand je travaillais chez Bio Stratège. D’ailleurs, c’est là que j’ai vraiment eu le déclic, j’ai beaucoup appris sur le pouvoir des plantes en travaillant aux côtés du Dr Royer. Mais ce qui compte pour moi c’est d’avoir le temps de faire ce dont j’ai envie, comme participer à la COP31 par exemple. Ça a peut-être même plus de sens que le travail en soi : donner sa voix pour représenter les autres. »

Quel est ton souhait le plus cher ?

« Je ne sais que répondre… Je ne pense pas à moi quand je souhaite quelque chose. C’est plus grand que moi. Je souhaite que la conscience collective se réveille. On est tous endormis, dans une sorte de transe. Mon souhait le plus cher est qu’on se réveille. Que tout le monde se sente concerné. Que la Guyane puisse avoir une vraie place dans les décisions nationales. C’est cet endormissement qui me fait peur… Mais j’ai confiance. »